Traité budgétaire européen : l’Europe en question !

Publié Par Frédéric de Harven, le dans Europe

Le traité budgétaire européen doit être la première étape vers davantage de fédéralisme en vue de  défendre dans le monde notre identité européenne.

Par Frédéric de Harven.

En près de 60 ans, l’Europe a permis de passer du monde fermé du nationalisme, du totalitarisme – deux guerres mondiales – et de l’économie dirigée – le communisme – au monde ouvert de la démocratie, de la liberté et de l’économie de marché. Après une construction notamment axée autour de la paix et d’une unité monétaire, une nouvelle étape se présente au citoyen européen. Au-delà du vote du traité budgétaire européen invitant les États à supprimer leurs déficits en respectant un calendrier de retour à l’équilibre des comptes et l’adoption de la règle d’or, une question cruciale d’orientation se pose à nous : quelle Europe voulons-nous ?

La construction européenne et l’objectif poursuivi échappent de plus en plus au citoyen d’autant que nos dirigeants, loin de se faire les avocats et les pédagogues des décisions qu’ils prennent à Bruxelles, feignent de les découvrir et souvent les déplorent. La question de l’identité, aujourd’hui sur toutes les lèvres, ne se posait pas tant que l’Union européenne se composait de pays d’Europe occidentale, unis face au totalitarisme soviétique. Mais comment voulez-vous réussir la construction européenne si les seules images que les citoyens en ont sont celles de bureaucrates qui étudient le calibre des concombres et la taille des filets de pêches ?

Durant les prochaines semaines, vous allez entendre de nombreux débats d’hommes politiques – Mélenchon en tête – qui vont tous crier «  au loup » et tenter de vous faire peur en vous expliquant que la source de vos difficultés, du chômage, de la récession, de l’immigration est due à l’Europe. Les partisans du « Non » au traité constitutionnel de 2005, si heureux d’occuper à nouveau un Maroquin, vont vous expliquer avec force et vigueur pourquoi aujourd’hui il faut voter oui. Mais d’où vient cette sensation de peur, que les hommes politiques aiment brandir ? Identité, religion, histoire européenne, frontières de l’union, sont autant de sujets tabou qui posent une seule question, celle de nos valeurs. Ces valeurs sont celles qui ont été lentement élaborées sur notre continent au cours de son histoire, et qui ont été formalisées par les Lumières : les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, d’État de droit et de respect des droits de l’Homme. Ajoutons cette capacité typiquement européenne de savoir accepter la diversité (de langues, de cultures, d’États et de régions) au sein d’un ensemble plus vaste.

Notre finalité, à nous, peuples européens, est de vivre harmonieusement dans le monde en préservant notre identité et notre prospérité. Le monde est le siège d’une double concurrence des États d’une part, dont des « États continents » – Chine, Brésil, Inde – sortant de la pauvreté et prenant une importance planétaire, et des idéologies d’autre part, avec la montée redoutable de nouvelles formes de totalitarisme. Les Européens doivent faire face à ces défis politiques et idéologiques. Ils peuvent le faire dans le cadre de leurs États actuels, en ordre dispersé, sans peser réellement sur leur destin et en se mettant progressivement à la marge du monde et de l’histoire. Ou bien les peuples européens peuvent s’unir politiquement afin de pouvoir parler d’une voix et agir ensemble sur le monde de demain. Il s’agit en effet de s’organiser de manière à pouvoir défendre dans le monde notre identité européenne, donc de créer une véritable entité politique qui, vu notre diversité, ne peut être qu’une construction fédérale, c’est-à-dire la création d’un État fédéral européen chargé de remplacer l’Union Européenne et de représenter ses membres vis-à-vis du monde extérieur. Il ne s’agit pas d’une perte de souveraineté au profit de Bruxelles, mais de confier certains pouvoirs régaliens à une autorité supérieure, car les pays eux-mêmes ne peuvent plus (ou pas) aboutir à cette politique (économie, défense, énergie, immigration). Cette « Fédération de l’Union européenne », simple à comprendre, doit être démocratique, garantir les libertés des citoyens et disposer de compétences strictement limitées conformément aux idées libérales d’un État moderne.

Le traité budgétaire européen en est la première étape. Depuis plus de 30 ans, le Parlement français vote des budgets en déficits. Droite et gauche prennent un malin plaisir tous les cinq ans à défaire et renommer ce que les précédents avaient fait avant eux (bouclier fiscal, loi Scellier en sont les derniers exemples en la matière) sans jamais s’attaquer aux problèmes de fond (déficit, fiscalité, retraites, etc.), certainement trop préoccupés par leurs réélections sous les ors de la république. La crise que traversent notre pays et l’Europe est aujourd’hui profonde et d’une ampleur sans précédent. Il n’est dès lors pas étonnant qu’au sein d’une même famille, d’une même maison – l’Europe -, les règles se durcissent. Si vous êtes père de famille et que votre enfant abuse de votre amour pour lui en vous demandant toujours plus d’argent de poche sans chercher à réduire son train de vie, allez-vous lui dire : « tiens mon grand, voilà mes derniers sous, mais attention c’est tout pour ce mois-ci ». Ou allez-vous le prendre par la main et lui expliquer comment réduire ses dépenses, le responsabiliser et le placer sur la bonne voie pour réussir sa vie. Avec ce petit exemple, j’essaie de vous montrer qu’à force d’abuser de la confiance de notre famille européenne, il ne faut pas s’étonner que les règles issues de Maastricht soient durcies. Il est temps de mettre un terme à la dépense endémique. Et cela pas pour le plaisir de l’austérité, mais parce que l’endettement excessif empêche la croissance et nous expose à une certaine dépendance des puissances étrangères… avec le risque d’une perte de souveraineté. Au-delà de la règle d’or qui obligera l’État français à plus de discipline budgétaire, c’est l’esprit du traité qui est important et vers lequel il faut tendre. Après tout, personne n’a jamais respecté les critères de Maastricht à la lettre, mais tous en ont respecté le principe.

Messieurs les parlementaires soyez cohérents, soyez responsables, faites votre mea-culpa et votez, comme un seul homme, le traité budgétaire européen !

Laisser un commentaire

  1. Bonjour,

    Très honnêtement je dois réagir à cet article. Je pense que vous faites une fausse route grave.

    1. Vous posez comme un fait l’existence d’une « identité européenne » : Je ne suis pas sûr. Pour cotoyer plusieurs nationalités Européennes de l’est et du Nord principalement, franchement, je ne vois pas en quoi j’ai la même identité que ces gens là. Je me sens plus proche très honnêtement de certains pays d’amérique Latine que de l’Allemagne ou la pologne ou la croatie. Je ne pense pas qu’il existe une identité Européenne. Une civilization peut être mais une identité, je pense pour ma part que c’est un mythe.

    2. Les bienfaits de l’Europe ? Quels bienfaits de l’Union Européenne ? C’est une machine qui n’a fait qu’accumuler les échecs. Sa construction politique est un échec qui loin de rapprocher les peuples est en train de les désunir et de raviver fortement la flamme de la haine entre les nations Européennes. Il n’y a aucune réalisation depuis Maastricht qui ne se soit soldé par un désastre, citez moi une seule réalisation. Partenariats commerciaux, oui il y a eu des réussites et c’était certainement la seule forme qui aurait pu marcher. L’Union politique est un danger pour le continent.

    3. Votre analyse sur les largesses des etats EUropéens qu’il convient de « remettre dans le droit chemin » est assez limitée. Il n’y a pas un problème unique. La France et la Grèce sont effectivement dans le cas où il faut réduire la taille de l’Etat. L’Espagne par exemple est dans une situation bien différente. L’Espagne a toujours été extrêmement vertueuse sur le plan budgétaire, ce pays a toujours été chroniquement en excédent. EN 2010 encore, son deficit était un des plus bas d’Europe. DOnc le diagnostique est faux. Le problème de ce pays est l’explosion de bulles internes qui ont contraint l’état à assumer une dette qui est née dans la sphère privée.

    3. L’euro doit il être sauvé ? Toutes les bulles ont une origine monétaire. Celle de l’Espagne tient dans l’inadéquation de la monnaie unique à la réalité économique de ce pays. La masse monétaire y a crut sans aucun lien avec la création de valeur de l’économie de ce pays. L’EURO a amené une des pire allocation du capital de l’histoire et a permis que celle ci se fasse non pas librement mais en fonction des intérêts centraux. En france par exemple, le blocage des prix a anéanti la compétitivité de notre économie et organisé la pénurie généralisée de capital. L’Euro a été sciemment construite pour favoriser la rente au détriment de l’entreprise. Et la crise actuelle n’est rien d’autre que la revanche de l’économie réelle. la question de la disparition de cette pure construction technocratique et étatique doit se poser. La maintenir revient à soutenir les efforts de ceux qui en ont profité et qui voient cette manne disparaître au risque d’enfoncer encore plus le continent dans le trou.

    4. fédéralisme et démocratie : Il ne suffit pas de dire que l’Europe doit être démocratique pour qu’elle le soit. C’est un mensonge qui est gavant à la fin. Ce traité n’a rien de démocratique, c’est un pas de plus vers le verrouillage de la tête de l’Euro dans une dérive qui a conduit ce continent à la déroute ! Où est la démocratie dans votre projet. vous dites qu’il est fédéral, il n’y a rien de plus mensonger. Aucune gouvernance solide et démocratique n’est proposée ici. C’est juste un pas toujours plus hégémonique vers ce qui ne marche pas.

    5. Enjeux internationaux : Vous voyez dans l’enrichissement de la chine du brésil et de l’Inde une menace. Pourquoi ? EN quoi construire l’Europe nous permettra de répondre à cette prétendue menace. Soyons clair, je suis allé au Brésil, je ne vois aucune menace chez ces gens là bien au contraire. C’est un mythe grace auquel vous avez justifié une construction politique pour maintenir les intérêts étatistes. Mais si vous étiez vraiment cohérent avec cette pensée vous voteriez FN. Soyez donc consistant, en quoi cette construction EUropéenne nous a-t-elle protégée de la menace fantôme que vous décrivez ? L’Europe a détruit notre économie, elle ne nous a protégée en rien ! Mieux les pays qui s’en sortent le mieux dans cette course internationale sont les tout petits pays. Le dogme qui sous tend votre argumentation est un mensonge pur et simple qu’il faut maintenant dénocer comme tel et qui justifie la plus grande privation de libertés que ce continent n’ait jamais connu depuis l’époque des totalitarismes.

    Vous vous dites libéral. ëtre libéral, c’est proposer un minimum de centralisme, un minimum de super état et laisser chaque personne libre de ses choix car la valeur ne peut être créée qu’à la base. Elle ne peut se décréter. la loi et l’état n’ont jamais créé la moindre valeur et contraindre le marché c’est bloquer le processus naturel de création de valeur. Créer une loi toujours plus centrale, toujours plus aveugle n’a fait que conduire ce continent à la dérive. L’Europe ne peut être rien d’autre qu’un libre marché et son objectif est de créer les conditions pour que les hommes et les femmes de talents puissent librement s’allier à la base pour créer plus de valeur. Oui il peut y avoir des complémentarités entre les peuples d’Europe et de la richesse peut naître de notre libre association. Mais en aucun cas cette richesse peut naître d’un super état centralisateur. Ce qu’il se passe aujourd’hui en est la meilleure des preuve. Maastricht et l’Europe politique sont des dangers, nous ont ruiné, il faut maintenant que nous en tirions les conséquences et non pas que nous suivions aveuglément la fuite en avant dangereuse des étatistes qui cherchent à préserver leur pouvoir envers et contre tout.

    Vous devriez changer le nom de votre parti, manifestement vous ne défendez pas la liberté mais êtes un ardent défenseur de la route vers la servitude.

  2. «Les Européens doivent faire face à ces défis politiques et idéologiques. Ils peuvent le faire dans le cadre de leurs États actuels, en ordre dispersé, sans peser réellement sur leur destin et en se mettant progressivement à la marge du monde et de l’histoire. Ou bien les peuples européens peuvent s’unir politiquement afin de pouvoir parler d’une voix et agir ensemble sur le monde de demain»

    Rhétorique habituelle de la construction européenne : parler d’une seule voix, gnagnagna.

    Cependant, si en géopolitique cela peut être intéressant d’avoir un grand territoire (et encore), ce n’est pas le cas en économie. Les petits pays s’en sortent le mieux en Europe.
    Que l’on fasse une alliance militaire et de libre-échange, pourquoi pas ? Mais je ne vois pas l’intérêt d’une europe politique.

    L’UE n’a aucune vision excepté la construction européenne. Par absence de fins, les moyens sont devenus les fins. On justifie habituellement le pouvoir pour avoir quelque chose ; concernant l’UE, on justifie finalement le pouvoir pour le pouvoir…

  3. Parfaitement d’accord avec Binitials.
    Cette Europe serait libérale ? Mais c’est au contraire un véritable carcan, une énorme technostructure qui finira par nous étouffer. Comme si on n’avait pas assez de notre propre technostructure qui nous asphyxie chaque jour un peu plus !

    On n’a pas besoin de cette Europe, on a besoin d’air.

  4. Il n’y a pas « d’identité européenne » mais une civilisation occidentale (je me sens et suis plus proche d’un nouveau zélandais que d’un bulgare). l’Europe n’est pas un « espace démocratique » car la démocratie c’est « émotionnel », cad qu’il faut être et se sentir concerné (comme pour la commune, le pays). Le parlement européen est d’ailleurs une caricature de démocratie où les fins de séries des partis sont envoyés. Quant à la Commission c’est une expression avancée bureaucratique et anti-démocratique.
    Si l’Europe n’existait il faudrait l’inventer demain mais TOUT est à y revoir !

  5. L’Europe est une prison économique. Elle n’a fait que développer les nationalismes et la violence. Elle n’a fait qu’appauvrir les peuples et renforcer le pouvoir de bureaucrates non élus par les peuples.
    Je ne comprends pas l’objectif de cet article.

  6. Le « projet européen »?
    Hérité de l’après guerre, il se résume à une gigantesque MGEN gouvernée par une Curie Romaine.

    Nous sommes très loin de l’idéal politique grec:
    « les athéniens ne sont esclaves ni sujet de personne »

    Finalement, je deviens , sur le tard, « tatchérien »

  7. J’ajoute que je me sens tout à fait en accord avec le message de « Caesar »

    Les gouvernants européens, d’ailleurs, ont sciemment banni le « beau « ( témoins les billets en « euro »), les représentations colorées, humaines, les agoras……au profit du terne, de l’anonyme, de la poudre aux yeux que constituent les « réseaux » : ils ne sont pas occidentaux, pour résumer