La Californie refuse toujours de faire face à ses réalités fiscales

Publié Par Contrepoints, le dans Amérique du Nord

La Californie est devenue experte dans l’art de ne pas résoudre ses problèmes fiscaux. Peut-elle apprendre quelque chose du Wisconsin ?

Par Steven Greenhut.

Le Sénat de Californie

Au cours de récents voyages à Madison et à Milwaukee pour me documenter sur le gouverneur Scott Walker, un réformateur qui a survécu à une procédure de rappel demandée par les syndicats, j’ai trouvé assez peu de colère résiduelle parmi les gens du coin, malgré d’interminables batailles rangées politiques divisant les familles et menant à des discussions amères autour de la machine à café.

Peut-être la question centrale, le plan « Act 10 » de Walker qui annulait certaines conventions collectives abusives, a-t-elle été résolue, ou peut-être les Wisconsinois se sont-ils juste lassé de deux élections de rappel, des législateurs qui ont boulonné le statu quo pour éviter de se prononcer sur les réformes, d’une attention médiatique nationale sans relâche et de manifestants syndiqués grouillant autour du Capitole en criant dans leurs mégaphones.

La culture du Midwest valorise la communauté et la gentillesse, alors que les évènements en cours dans le Wisconsin ont mis à mal le tissu social. Les habitants de la Californie, qui ignorent généralement ce qui se passe à l’Est de la Sierra Nevada, doivent une fière chandelle à cet État du Midwest. Si les électeurs du Wisconsin avaient remplacé leur gouverneur et d’autres élus Républicains, le message aurait été entendu à travers tout le pays : la réforme des retraites et tout effort pour juguler le pouvoir des syndicats dans le secteur public qui constitue la racine du problème, aurait été enterrée pour des années.

Au lieu de ça, Walker est en train de devenir une figure montante du parti Républicain. Un autre réformateur du Wisconsin, le député Paul Ryan, est candidat à la vice-présidence sur le ticket républicain. Et le président du comité national républicain, Reince Priebus, de Kenosha (dans le même État fédéré), vantera sans doute les mérites des réformes du Wisconsin aux Républicains rassemblés à Tampa pour leur convention nationale [NdT : l’article a été écrit avant que cette convention ait lieu].

La tradition politique progressiste du Wisconsin est très comparable à celle de la Californie, ce qui ne fait que souligner la disparité entre les deux États quand les politiciens de Californie refusent même de reconnaître la réalité fiscale, sans même parler de la prendre à bras le corps. Walker et ses réformes ont été portée par un déficit budgétaire de 3,6 milliards de dollars, ce qui n’est qu’une erreur d’arrondi à l’échelle budgétaire californienne. Mais sa compréhension du problème central, les abus causés par la rapacité des syndicats du secteur public et leurs privilèges, peuvent avoir découlé de son passage en tant que directeur du comté, démocrate, de Milwaukee, où il a eu à nettoyer un scandale lié aux retraites et aux bonus fort généreux que les fonctionnaires s’accordaient eux-mêmes.

Bruce Murphy l’écrivait, dans l’hebdomadaire indépendant de Madison, The Isthmus, « Dans la période amère suivant l’élection de rappel, ratée, beaucoup ont blâmé une grande conspiration de droite, des milliardaires d’autres États comme les frères Koch, ou encore le style assez clivant et sans concessions du gouverneur Scott Walker. Mais les Démocrates et les syndicats pourraient gagner à se regarder dans le miroir. Car c’était leur volonté d’abuser des avantages octroyés par l’État, de juteuses ententes ne bénéficiant qu’à une minorité de travailleurs, qui ont directement abouti à la défaite.

En Californie, ces ententes juteuses sont monnaie courante. A San Francisco, les policiers et les pompiers s’octroient des chèques d’un demi-million de dollars au moment où ils quittent le service public. Le nombre de retraites à six chiffres augmente rapidement, même si Moody’s prévient qu’un tsunami de faillites municipales va s’abattre sur tout l’État. Le système de retraites des employés du secteur public de Californie (Calpers), qui a lui-même traversé un scandale repoussant de corruption, pense que Stockton, qui a fait faillite, devrait être sévère vis-à-vis des détenteurs de ses obligations (les mêmes qui ont donné à cette ville 125 millions de dollars en obligations de retraites pour l’aider à se tirer de ses promesses de retraites auxquelles elle ne pouvait pas faire face), plutôt que de rogner sur les pensions lucratives des retraités de la ville.

Pendant ce temps, des municipalités coupent des services publics et l’État exige encore davantage d’impôts pour financer ses nouveaux programmes (comme le train à grande vitesse) qui bénéficiera avant tout aux fonctionnaires et à des intérêts particuliers.

Le scandale en cours, relatif aux parcs publics, est une miniature des problèmes rencontrés ici. Comme le rapporte le San Jose Mercury News, « Tandis que les politiciens s’embrouillaient pour comprendre comment les fonctionnaires chargés des parcs publics ont pu cacher des dizaines de millions de dollars pendant plus d’une décennie, les plus hauts fonctionnaires des finances de la Californie ont reconnu Mardi qu’il pourrait y avoir un problème bien plus grand : aucun système n’est en place pour comptabiliser 37 milliards de fonds spéciaux éparpillés à travers toute l’administration. Au lieu de cela, selon les mêmes fonctionnaires, ils se reposent sur un système de parole donnée pour pister l’argent qui pourrait être caché dans des comptes non répertoriés, similaires aux fonds qui ont été révélés la semaine dernière, déclenchant un scandale dans l’administration des parcs publics ».

Les fonctionnaires s’occupant des parcs ont permis à certains de ces parcs d’être potentiellement fermés, tandis qu’ils cachaient l’argent correspondant dans des comptes non répertoriés. Grâce à ce système ne reposant que sur la parole donnée, certains fonctionnaires malhonnêtes s’octroyaient secrètement d’énormes vacances aux frais de la princesse, la comptabilité se faisant sur des Post-Its pour « éviter de garder une trace écrite », comme l’a rapporté le Sacramento Bee.

C’est la même histoire, à travers toute la Californie. L’Etat ne sert par les gens, mais les gens à l’intérieur de l’État se servent eux-mêmes. Ça tient à la nature de l’État, même si ceux qui sont trop larges et pas assez transparents sont plus sujets à une telle corruption que d’autres. Comme le formulait l’écrivain libéral Frédéric Bastiat, « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Reconnaissons au moins cette vérité, et ne nous laissons plus avoir quand on nous parle de « service public ».

Ce genre d’attitudes, le pillage des trésors publics pour des profits personnels, le refus de juguler des pensions de retraites largement plus imposantes que celles des gens du secteur privé, reflètent une « corruption » du service public, selon le mot de maire de San Jose, Chuck Reed, un réformateur progressiste. Voilà sur quoi portent ces débats, et ce que les Wisconsinois, même si ce n’est pas agréable, ont décidé de discuter point par point dans une série d’élections et de réformes budgétaires.

Malheureusement, les Californiens évitent avec la plus grande résolution ce débat nécessaire. Peut-être les électeurs sont-ils encore échaudés par l’élection de rappel de 2003, où ils ont éjecté un gouverneur exécrable pour le remplacer par un autre qui n’était pas tellement meilleur. Ou peut-être est-ce un reflet de « l’exception californienne », cette idée que les règles normales ne s’appliquent plus ici, et que l’on peut tout avoir sans devoir faire de choix difficiles. Dans les deux cas, il nous faut apprendre certaines leçons de l’État du blaireau (NdT : Badger State, le surnom du Wisconsin, tout comme Golden State, l’État doré, est celui de la Californie). Nous devons avoir enfin un débat sur les syndicats, ou bien regarder impuissants les villes sombrer et leurs services se détériorer.


Article paru sur Reason.com sous le titre California Still Refuses to Face Fiscal Reality.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints

  1. Il paraît que les américains ont horreur du socialisme..

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