Droite et Gauche, bonnet blanc et blanc bonnet

Publié Par Anton Wagner, le dans Édito

Dans Tak, Pierre-André Taguieff signe une analyse en tout point parfaite de l’instrumentalisation politique du racisme par la Gauche. Il en montre la généalogie historique et la logique opératoire. Il déplore que la Droite se laissât enfermer dans cette nasse, incapable d’assumer simplement les valeurs qui sont les siennes.

Malheureusement, l’intelligence des uns ne prévenant guère la bêtise des autres, c’est tout naturellement qu’un individu vint déposer un commentaire des plus stupides. Un de ces commentaires gauchistes comme on les aime : ignorant mais pétri de suffisantes certitudes.

Voici l’abjection :

« la droite est *à jamais* maudite » pour plusieurs raisons :
- elle était royaliste et cléricale au 19eme ;
- elle était antisémite dans les années ’30 ;
- elle a trahi la France en collaborant et l’humanité en faisant la rafle du vel d’hiv (et autres crimes….) ;
- elle a été à l’origine de l’horreur coloniale (en y entrainant bien sûr beaucoup de gens prétendument de gauche) ;
- elle promeut aujourd’hui la haine raciste anti-arabe.

Elle a ainsi déshonoré les valeurs qui l’habitaient dans la fange du fascisme. Elle n’est plus qu’un groupement de défense d’intérêts économiques soutenu par la frange du peuple qu’elle réussit à effrayer après l’avoir parquée dans les ghettos périurbains.

Reprenons succinctement chacune de ces affirmations si péremptoirement faites.

*     *     *

1. La Droite était royaliste et cléricale au XIXème siècle

Oui, et la Gauche n’était politiquement pas socialiste… Ce que notre bon monsieur semble ignorer, c’est que la Droite d’alors n’était pas celle d’aujourd’hui. S’il avait lu Thibaudet, dans Les Idées politiques de la France, il aurait découvert le sinistrisme dont on peut tirer cette conclusion affriolante : la Droite d’aujourd’hui c’était la Gauche d’alors !

2. La Droite était antisémite dans les années 1930

J’irai plus loin : il y eut des antisémites de droite bien avant… Mais c’était aussi bien le cas parmi les socialistes. Ah ! Un petit détail que notre donneur de leçon semble bien méconnaître. Il devrait lire Michel Dreyfus, L’Antisémitisme à gauche. Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours. De bonnes lectures rendent savant.

3. La Droite est responsable de la Collaboration et de la sinistre rafle du Vel d’Hiv’

À n’en pas douter, Pétain était antisémite et de droite (celle de « la terre qui ne ment pas »). Néanmoins, autour de lui, à Vichy, il y avait moult personnalités de gauche. Nous pouvons recommander la lecture des travaux de Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l’Occupation et Un Paradoxe français, qui fournit des listes interminables d’hommes de gauche, souvent anciens dreyfusards, qui par pacifisme, ou bien qu’ils virèrent finalement antisémites, ou bien qu’ils furent subjugués par les moustaches du Führer, choisirent le « mauvais » camp.

À contrario, nombre de personnalités de droite, voire d’extrême-droite, agirent dans la résistance contre l’envahisseur. Dieu, que l’Histoire est compliquée ! (Et ce n’est pas parce que cet odieux Zemmour clame tout ça tout fort partout que c’en est moins vrai.)

4. La Droite fut colonialiste

Ce n’est pas faux. Mais pas entièrement vrai non plus. Ici aussi, l’Histoire s’amuse à interdire les idées simples. Raoul Girardet, dans L’Idée coloniale en France, nous apprend que la Droite, au XIXème s., n’était pas très enthousiasmée par la colonisation. Les monarchistes avaient d’autres soucis en tête, et on les comprend ; la majeure partie des libéraux la rejetaient (sauf, il est vrai, Paul Leroy-Beaulieu à la fin du siècle) ; les nationalistes regardaient la ligne bleue des Vosges et voulaient qu’on en parlât, on connaît bien la fameuse réponse de Déroulède à Jules Ferry : « J’ai perdu deux sœurs, et vous m’offrez vingt domestiques. » Bref, au XIXème s., l’idée coloniale fut plutôt une belle idée de gauche, en tout cas républicaine.

Mais fut-elle une idée socialiste ? Là encore, il faut bien admettre que oui, en partie. Alors, bien sûr, notre commentateur filou réfute que ceux-là appartinssent à la Gauche. Évidemment, c’est très commode : à ce compte, on est toujours sûr d’avoir raison. Jean Jaurès semble avoir évolué d’un franc soutien à une critique de plus en plus vive. Léon Blum, en revanche, reprit à son compte les idées de Ferry. Quant au PCF, il faisait la girouette selon les intérêts de Moscou. Enfin, des gouvernements SFIO conduisirent aussi les guerres d’Indochine et d’Algérie…. Toute personne honnête conviendra aisément qu’il s’agissait-là de gens bel et bien de gauche.

5. La Droite promeut aujourd’hui la haine raciste anti-arabe

Soyons juste : pourquoi seulement les Arabes ? Pas de discrimination : les Nègres, aussi, ont le droit d’être haïs…

On peut estimer que l’immigration massive ne pose aucun problème. On peut n’avoir aucune espèce d’attachement à l’idée de nation française, de culture française, voire même de civilisation occidentale. Mais c’est une profonde malhonnêteté intellectuelle de prétendre que toute personne portant un intérêt à ces questions est nécessairement un raciste anti-arabe (et anti-nègre aussi, ne les oublions pas). La pensée grossière est toujours laide.

6. La Droite, c’est la fange fasciste

Sans doute cette personne ne sait-elle pas lire. Bien que l’article de M. Taguieff explique suffisamment qu’assimiler la Droite à son extrême est un mensonge politique, cela ne l’empêche pas de s’y livrer en toute impudence… Certaines gens sont parfaitement hermétiques à toute connaissance nouvelle, dès lors qu’elle heurte leurs convictions. Les œillères de l’idéologie.

Cela étant dit, le fascisme était-il vraiment de droite ? Vaste question.

7. La Droite est responsable des ghettos urbains

Ce n’est pas totalement faux, elle était bien au pouvoir dans les années 1960 et 1970, lorsque les grands ensembles furent bâtis. Mais Yves Lacoste, dans La Question post-coloniale, rappelle justement que ceux-ci avaient été conçus pour les classes populaires urbaines, gonflées par le baby boom et l’exode rural, et non pour les immigrés. Si ces derniers s’y retrouvèrent finalement en masse, cela ne procéda jamais d’aucune intentionnalité, malgré la loi sur le regroupement familiale de 1976. La Droite est donc involontairement responsable de l’existence des « quartiers ». (Pour un libéral, c’est un exemple supplémentaire de l’ineptie planificatoire de l’État.)

Au passage, on pourrait reprocher à la Gauche son irresponsable soutien à l’immigration de masse, puisque celle-ci ne fait qu’alimenter les « ghettos » français. Mais on se remet rarement en cause à gauche…

 *     *     *

Je pense avoir assez montré l’indigence intellectuelle du commentaire. Je me demande quand même si ce n’est pas là une plaisanterie, tant il illustre jusqu’à la caricature ce que Taguieff explique dans l’article. Enfin, voyons-nous en concentré le manichéisme primaire du gauchisme : à Gauche toute la lumière, à Droite toutes les saloperies.

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  1. Et que diront ces penseurs du politiquement correct s’ils apprenaient qu’il a existé à la fin du XIX° un courant royaliste libéral ^^? Je crains le pire.

    1. Merci pour le compliment.

      Cela dit, le titre proposé par Contrepoints n’est pas celui que j’avais initialement choisi sur mon blog et il induit un changement de perspective : mon intention première n’était pas de renvoyer dos à dos Droite et Gauche, même si le billet permet en partie de le faire (points 3 et 4 notamment).

      Je cherchais plutôt à démonter des lieux communs courants du prêt-à-penser gauchiste, caricaturalement exprimés dans le commentaire disséqué. Il ne s’agit cependant pas de prendre la défense de la Droite-UMP, mon point de vue est fondamentalement pro-libéral.

  2. Encore un qui va nous expliquer que les 80 millions de morts du communisme c’ était pour la bonne cause et que si on en avait tué un peu plus le communisme réel serait encore debout. Je me demande si le gars qui, debout au bord d’ une fosse quelquepart au fond d’ une forêt d’ Ukraine en 1934 ,attendant sa balle dans la nuque, aurait été soulagé de savoir qu’ au moins il ne serait pas tué par un Nazi d’ « extrême droite » quelques années plus tard… Sûrement puisque dans le premier cas c’ était pour le « Bien » …

  3. Comme disait Coluche: »Je ne parle pas aux cons,ça les instruit ».
    Pourquoi perdez-vous du temps à répondre à ce qui ressemble à de la provoc? La culture et le savoir sont les bases de la tolérance et l »individu à qui vous prenez la peine de répondre a juste réussi à prouver son manque total de de l’une ou de l’autre.

    1. Je m’inscris totalement en faux contre cette opinion.

      En premier lieu ce billet n’est pas une réponse, il n’est pas destiné à l’auteur du commentaire. J’ai peu d’espoir de l’atteindre dans ses convictions, du reste ce n’est pas le but.

      En second lieu, bien que l’on puisse trouver cela usant et, donc, ne pas le faire, réagir à ce genre de propos est utile. Je ne peux évaluer cette utilité, mais j’ai la faiblesse de penser que cela peut parfaitement aider des lecteurs à clarifier leurs pensées, à construire leur opinion, à apprendre des choses qu’ils ignoraient peut-être. C’est pour cela que je tiens (même si très irrégulièrement) mon blog.

      Dire les choses ne peut pas être entièrement vain.

  4. Il serait fastidieux de détailler davantage en quoi ce catalogue de billevesées est archi-faux (j’ajoute tout de même que les « grands ensembles » ont été rendus nécessaires par l’afflux imprévu des Pieds-Noirs, un million de personnes en quelques semaines dans une France de 40 millions d’habitants; or ce n’est pas la droite française qui leur laissait le choix entre la valise et le cercueil).

    Il est plus intéressant de noter cet aspect le plus terrible du conformisme de gauche: Le dogmatisme, c’est-à-dire le déni des faits, le mépris intransigeant pour le vérité.
    Ni le révisionnisme historique de la gauche, ni son déni des faits actuels ne peuvent être combattus par les faits. La vérité n’est pas un argument.

    Souvenez-vous du procès Zemmour: Chevènement écrivit une lettre expliquant, ès qualité d’ex-ministre de l’Intérieur, que ses propos pouvaient raisonnablement être considérés comme vrais (conformes aux faits).
    Sans doute le Che, comme moi, considérait-il que la véracité d’un propos le rend inattaquable: Eh! bien non.

    Nous sommes dans une époque obscurantiste: La vérité n’est pas un argument. Les propos qui gênent la classe médiatico-politique au pouvoir sont proscrits.
    Tel fut d’ailleurs, très candidement, l’argumentaire de l’accusation: On ne peut pas laisser tout dire. Même la vérité.

    Étonnons-nous ensuite que jusqu’à l’entrée de Science-Po on se désole du conformisme des candidats…