La stagnation actuelle de la mortalité infantile, un paradoxe du progrès

Publié Par Anton Suwalki, le dans Santé

Comparée à d’autres pays, la mortalité infantile en France pourrait encore diminuer. Or elle stagne depuis plusieurs années…

Par Anton Suwalki

Note : La mortalité infantile désigne les décès d’enfants nés vivants survenus avant l’âge d’un an. Le taux de mortalité infantile est le rapport entre le nombre d’enfants décédés à moins d’un an et l’ensemble des enfants nés vivants. Il est calculé en pour mille. La mortalité néonatale désigne les décès d’enfants âgés de moins de 28 jours.

bébé , jumelles , enfantsDans tous les pays développés en général, la mortalité infantile est devenue un phénomène rare. Au 18ème siècle, près d’un enfant français sur 3 mourrait avant d’avoir atteint son premier anniversaire. En 1900, le taux de mortalité infantile était encore de 150 pour mille, un taux à peu près équivalent à celui de l’Afghanistan aujourd’hui , l’Angola étant le pays ou la mortalité infantile est la plus élevée (175 pour mille). En 2010 , le taux de mortalité infantile est de 3,6 pour 1000 naissances en France : c’est 3 fois moins qu’en 1975.

Les causes de cette évolution spectaculaire sont connues :

  • Un des premiers moteurs de ces progrès a été l’introduction de la vaccination contre la variole qui était la première cause de décès d’enfants.
  • Les progrès dans l’art d’accoucher et dans les premiers soins
  • La généralisation des pratiques d’aseptie découlant des découvertes de Pasteur sur les microbes et les maladies contagieuses.
  • La mise en place au cours du 20ème de siècle de politiques de santé publique et l’amélioration constante du suivi de la grossesse et de l’enfance., et les succès considérables obtenus sur le plan des maladies infectieuses.

En théorie, la mortalité infantile pourrait encore diminuer en France au regard d’autres pays tels que Singapour, le Japon ou la Suède, où les taux sont désormais inférieurs à 3 pour mille. Or ça n’est pas le cas. Elle stagne depuis plusieurs années.

Cette stagnation semble paradoxalement être une contrepartie du progrès, et en particulier du progrès médical. Il nait chaque année 10.000 grands prématurés (nés avant la fin du 7ème mois de grossesse ou au début du 8ème mois) qui n’auraient pas vu le jour il y a de cela quelques décennies. Mais s’ils naissent, ils sont plus fragiles que les bébés nés à terme. Selon une étude de l’INSERM, en dépit des progrès accomplis, la mortalité et la morbidité néonatale des prématurés, ainsi que les handicaps, restent fréquents.

Une autre raison de cette stagnation est le « twin-boom ». Le nombre de naissances multiples a presque doublé en 40 ans . Un peu plus de 3% des enfants qui naissent aujourd’hui en France sont des jumeaux. Or la surmortalité des nouveau-nés jumeaux, plus de 2 fois supérieure à celles des autres bébés dans les pays sous-développés, n’épargne pas les enfants des pays développés. Les chercheurs de l’INED notent que « naître jumeau est un handicap du point de vue de la santé au moins au début de la vie. Le petit poids des jumeaux à la naissance, leur prématurité et les complications de l’accouchement, fréquentes lors des naissances multiples, font que leur mortalité est très supérieure à celle des enfants nés d’accouchements simples. À tel point que l’augmentation récente de la fréquence des jumeaux en France pèse sur l’évolution de la mortalité périnatale et infantile en ralentissant la baisse. Ce phénomène est désormais perçu comme un problème sérieux de santé publique, d’où l’intérêt d’en savoir plus sur les facteurs de la démographie des jumeaux. ».

Un tiers des naissances gémellaires sont imputables à l’élévation de l’âge moyen des mères. Les deux tiers restant viennent des traitements contre la stérilité (stimulations hormonales, assistance médicale à la procréation).

Quelquefois, le progrès a des conséquences paradoxales.
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Pour en savoir plus sur ce sujet passionnant:

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/04-disparites-p1.pd fhttp://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon06228
http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=nattef02221
http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/31664/telechargement_fichier_fr_copie.de.sd2008_t70_fm.xls
http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2000.xls
http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_france/
http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite/mortalite_infantile_monde/
http://www.ors-idf.org/index.php/ortalite-infantile?start=1
http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/excel/rmi2008.xls
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10922345
http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/focus_sur/le_boom_des_jumeaux/
http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-societe/grands-prematures-entre-progres-et-questions

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Sur le web

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  1. C’est dommage qu’il n’y ait pas d’analyse socio-économique du phénomène. L’auteur cite le Japon, Singapour… On pourrait comparer avec les Etats-Unis… La poursuite des progrès en termes de mortalité infantile – & en termes d’instruction – ne passe-t-elle pas par une certaine restriction des naissances ?

  2. Anton Suwalkiréponse de l'auteur

    J’ai utilisé ici le terme de paradoxe dans son acceptation la plus courante, c-a-d contraire à l’opinion commune. On s’attendrait en effet à ce que le progrès médical se traduise par une réduction de la mortalité infantile, ce qui serait vrai toutes choses égales par ailleurs : un même nouveau-né a beaucoup plus de chances de survivre qu’avant. Mais comme la médecine permet aussi à des êtres plus fragiles de voir le jour, la mortalité infantile globale ne diminue pas ces dernières années.
    Comme beaucoup de paradoxes, celui-ci n’a donc rien d’insoluble…