Délocaliser en Chine, une décision de moins en moins rentable selon une nouvelle étude

Publié Par Alexis Vintray, le dans Asie, Économie internationale

Une étude du think tank Civitas souligne que de plus en plus d’entreprises britanniques ayant délocalisé en Chine envisagent de relocaliser leur production au Royaume-Uni.

Par Alexis Vintray.

Selon une nouvelle étude du think tank britannique Civitas, de nombreuses industries britanniques qui avaient délocalisé en Chine sont déçues des résultats et relocalisent leur production au Royaume-Uni. Une conclusion en ligne avec ce que vous annonçait Contrepoints dès l’an dernier dans un article « vers la fin du Made in China« .

Dans cette étude, The Boomerang Economy, David Merlin-Jones s’intéresse uniquement au cas britannique, et à étudié les entreprises, nombreuses, qui ont franchis le pas de la relocalisation.

Le made in China n’est plus intéressant

Alors que les « experts » estimaient que la perte de l’industrie était une fatalité pour le Royaume-Uni qui devait se spécialiser dans les services financiers, la situation évolue nettement. Comme l’écrit David Merlin-Jones, « When labour costs were so low that Chinese goods were being sold for less than the production cost of UK manufacturers, our producers outsourced, offshored and some simply shut down. Now, this is no longer the case. »

Cela tient en bonne partie aux problèmes causés par le Made in China. En premier lieu, la hausse très rapide des salaires causée par le développement économique handicape la compétitivité coût du pays. Entre 2005 et 2010, les salaires chinois ont cru en moyenne de 19% par an, contre une baisse de 0,2% par an au Royaume-Uni. En particulier, sur le littoral oriental chinois, les salaires sont de 10 à 15% supérieurs au reste de la Chine.

En outre, la part des coûts salariaux dans les coûts de production ne cesse de baisser, ce qui réduit mécaniquement l’avantage des pays à bas coûts salariaux. Selon l’auteur de l’étude, ils ne représentent désormais plus que 22% des coûts de production dans le cas britannique. Alors que les problèmes de la délocalisation sont nombreux, l’économie devient de plus en plus mince et discutable.

Parmi les problèmes autres causés par les délocalisations selon les entreprises interrogées, figurent :

  • des problèmes récurrents de qualité, avec des impacts négatifs sur les ventes et des coûts de refabrication très conséquents.
  • une main d’oeuvre insuffisante en Chine, qui impacte négativement la production et les coûts salariaux. Guangzhou manquerait ainsi de 150 000 travailleurs. Caldeira UK, une entreprise interrogée par l’auteur, explique par exemple que ses salariés en Chine ont refusé une hausse de 30% des salaires et exigé 50% de hausse
  • des taux de changes défavorables, avec l’appréciation du Yuan/Renminbi et la dépréciation de la livre sterling

Les coûts cachés de la délocalisation

Outre ces problèmes, délocaliser impose des coûts conséquents :

  • les frais de transports, en hausse nette avec le renchérissement du baril de pétrole, pèsent très négativement contre la délocalisation
  • la faible productivité des usines chinoises est incomparable avec celle des usines britanniques, qui bénéficient des gros investissements en capital et d’une main d’oeuvre mieux formée
  • le vol de propriété intellectuelle récurrent dans les usines des groupes occidentaux en Chine, avec de nombreux exemples cités par l’auteur

Enseignements

Il s’agit d’une nouvelle pierre blanche dans le jardin des antimondialisation, qui estimaient que les industries occidentales doivent être protégées par des barrières douanières pour survivre, au détriment du consommateur. Comme les conclusions de l’étude le soulignent, les « vieilles industries » ont des atours sur lesquels s’appuyer : proximité, qualité, stabilité.

Cela ne signifie pas pour autant que le Royaume-Uni devient le choix par défaut mais qu’il peut retrouver la faveur des investisseurs, si les conditions fiscales et réglementaires favorables sont présentes: « It is clear that China is no longer the default option when a British company is looking for a location from which to produce goods, but it would be wrong to think this means Britain is now the default choice instead: it is not. Businesses still need to be motivated into retaining British production or repatriating it.  »

Malheureusement, ce contexte fiscal ou réglementaire est loin d’être favorable en France actuellement, ce qui incite à la prudence avant d’imaginer une duplication du cas britannique chez nous. Mais parions que notre ministre du redressement productif national saura tirer à son profit la vague de relocalisation des industries qui pourrait avoir lieu, alors qu’il n’y est pour rien et aura plutôt un effet dommageable sur cette vague…

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  1. On peut mettre en doute cette étude. Plus une entreprise pratique les délocalisations, plus elle tentera d’en cacher les avantages. Il s’agit en effet de « lancer une pierre blanche dans le jardin des antimondialisation », mais il manque des faits concrets.