Comment la Gauche ampute la démocratie dans la bataille des extrêmes

Publié Par Acrithene, le dans Politique

Au prétexte d’une gangrène fascistes, la gauche a amputé la démocratie d’une partie de sa représentativité, de sa liberté d’expression et de son pluralisme.

Par Acrithène.

D’un côté de l’Atlantique, l’évocation du socialisme est une outrance au drapeau ; de l’autre le marché est personnifié en espèce de glouton dévorant les peuples. Quand la république bicentenaire américaine regarde vers l’autre rive de l’océan, elle s’étonne du bestiaire trotskyste qui s’étripe à chaque élection française, tandis que la France laïque observe les yeux écarquillées ces pieux politiciens brandissant la Bible à la droite du Parti Républicain.

Chaque pays à sa culture politique incluant tout un champ d’interdits qui structurent le débat public. Ces interdits dérivent d’idées reçues qu’on considère comme acquises, qu’on ne justifie plus par la raison mais par une répulsion pavlovienne, et qui, lorsqu’elles sont parties du débat politique d’autres nations, suscite le dédain et un soupçon de barbarisme. Or, l’étonnement réciproque devrait être une source de curiosité et de recul vis-à-vis de nos propres préjugés.

D’une génération à l’autre, ces préjugés évoluent et leur construction est un des enjeux de long terme du débat politique. Ces trente dernières années, la droite française a laissé la gauche gagner cette bataille en laissant s’imposer l’idée que son extrême serait d’une nature fondamentalement différente de celle de l’extrême droite.

Alors qu’au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Espagne, la gauche pris acte de l’écroulement du bloc socialiste et des révolutions conservatrices pour se déplacer vers le centre, la droite chiraquienne accepta tout à la fois l’opprobre jetée sur l’extrême droite par le Parti Socialiste, et l’onction accordée à la si sympathique extrême gauche. Ce faisant, elle s’est tiré une balle dans le pied.

L’importance électorale des extrêmes

Les élections se jouent toujours au centre, un résultat anticipé en économie par le modèle de Hotelling qui explique pourquoi les programmes des finalistes tendent à être si similaires et le résultat des urnes proches du 50/50. Imaginez deux vendeurs de glace sur une même plage, chaque vendeur attire les vacanciers qui sont plus proches de lui que de son concurrent. Le modèle de Hotelling montre que si l’un des deux vendeurs ne se place pas au centre de la plage, il attirera toujours moins que son concurrent placé au centre. La présence des deux concurrents au centre est alors l’unique équilibre de Cournot-Nash, la seule situation dont aucun protagoniste n’a d’intérêt à dévier.

En sciences politiques, le résultat de Hotelling est appelé « théorème de l’électeur médian » qui prévoit que le parti emportant l’élection est celui qui convainc l’électeur qui scinde le spectre politique en deux parts égales. En somme, dans le jeu électoral, il est attendu qu’un finaliste réunisse sur son nom des inscrits dont les opinions sont paradoxalement bien plus éloignées des siennes que celles de son adversaire du second tour. Ainsi, lorsque les commentateurs soulignent que les positions de l’UMP sont plus proches du PS que du Front National, ils énoncent une vérité qui n’est pas pertinente au regard des mécanismes d’un scrutin majoritaire.

Une très mauvaise interprétation de ce théorème serait de conclure qu’au fond, seuls les électeurs centristes font une élection. En effet, d’après vos souvenirs de géométrie, le point médian d’un segment est précisément défini par ses extrémités.

Dans cette analyse, la mise en quarantaine de l’extrême droite par la droite, associée au mariage de la gauche à son extrême, a une incidence au centre du débat politique. Non seulement conduit-elle le centre droit à une équation impossible dans laquelle il se doit de se déplacer vers la gauche pour compenser les pertes de son extrême, mais en plus ses représentants doivent-ils assumer eux-mêmes des positions d’extrême droite afin de compenser les dissymétries d’allégeance des deux extrêmes à leurs centres respectifs.

La déviance gauchère décrit mieux la présidence de Jacques Chirac, et la drague de l’extrême droite par des forces centristes correspond davantage à celle de Nicolas Sarkozy. Cela dit, les deux tendances cohabitaient sous les deux présidences.

Notons aussi que l’interdiction faite à l’extrême droite d’espérer toute responsabilité l’encourage vers des positions outrancières.

Comment la gauche blesse la démocratie pour la protéger d’un fantasme fasciste

La rumeur voudrait que l’extrême droite fasse peser une menace sur la République et la Démocratie. On se demande pourquoi le fantasme du fascisme devrait à ce point davantage nous inquiéter que la menace communiste.

Après tout, le discours du Front National est très loin d’être une copie de celui des nazis. Le contrôle des frontières et l’expulsion des résidents illégaux font partie du débat politique de toutes les grandes démocraties et à de nombreuses époques. George Marchais n’en avait-il d’ailleurs pas fait son crédo ? À ma connaissance, ces propositions, quoiqu’on en pense, n’ont fait l’objet d’aucune réserve de la part des constitutionnalistes, ni en Amérique du Nord ni en Europe. Auraient-ils négligé un débat pourtant vieux comme Athènes ou estimaient-ils que ces questions ne devaient pas nécessairement ébranler les fondements de leurs Républiques ?

En revanche, la remise en cause de la propriété privée, les atteintes à la liberté d’expression et la légalisation de l’Histoire sont autant de menaces que les Constitutions ou des textes fondateurs ont pris plus ou moins soin de prévenir.

Examinons un peu les sacrifices qu’a imposés la gauche au nom d’un péril fasciste dont Lionel Jospin eut le courage de dénoncer le fantasme.

Au prétexte d’une gangrène fascistes, la gauche a amputé la démocratie d’une partie de sa représentativité, de sa liberté d’expression et de son pluralisme.

  • Représentativité : l’exclusion du Front National du spectre politique tolérable a mis fin au fonctionnement normal de la démocratie en privant des millions d’électeurs d’une représentation au sein des pouvoirs législatifs. La mise à mal de la représentativité est telle que si l’on en croit les projections en sièges réalisées au soir du premier tour des législatives, 20% du corps électoral se verra attribuée une majorité absolue dans les deux chambres du Parlement.
  • Liberté d’expression : nous vivons dans une démocratie qui envoie les chroniqueurs radio devant les tribunaux pour délit d’opinion. Un outrage à la liberté de la presse qui pare des polémistes de bazar des habits de Voltaire. Beaumarchais disait que seuls les petits rois craignent les petits écrits. Parfois la crainte des petits rois est une louange aux petits esprits. Peut-on vraiment être dupe de ce double-jeu de la gauche consistant à mettre sur un piédestal les plus grands imbéciles de droite ? La liberté scientifique est aussi atteinte que la liberté de la presse. À la manière de l’inquisition papale, la gauche et une partie de la droite ont fait de l’Histoire un objet pénal. Nos législateurs ont par ailleurs imposé au champ des sciences sociales cette hypothèse très curieuse que la couleur de la peau ou l’appartenance religieuse n’avaient aucune pertinence statistique dans l’étude des phénomènes sociaux.
  • Pluralisme : la doctrine socialiste selon laquelle le nationalisme serait détestable tandis que le communisme et le trotskysme seraient sympathiques remet en cause le bon fonctionnement du pluralisme électoral. L’artifice du Front Républicain et les désistements vis-à-vis de l’extrême gauche ont des effets plus ou moins graves selon les circonscriptions. Certains électeurs ayant pourtant envoyé les deux partis de gouvernement au second tour, n’auront cependant pas la possibilité d’arbitrer entre PS et UMP dimanche prochain, et sont donc de facto exclus du processus de désignation de la force gouvernementale dominante. D’autres électeurs subissant le désistement du parti socialiste se verront confrontés au choix délirant du communisme ou du nationalisme. Enfin, l’ancienne secrétaire nationale du parti communiste sera honorée par la « discipline républicaine » du privilège de la candidature unique, un grand moment de nostalgie du soviétisme, dont le caractère disciplinaire est plus reconnu que ses vertus républicaines.

Tous ces accrocs au processus démocratique pour nous faire croire que l’extrême droite constituerait une plus grande menace pour notre République que des partis qui prônent très ouvertement :

  • Que la protection législative des travailleurs ne doit pas se gagner dans les urnes mais dans le combat social, ce qu’ils appellent eux-mêmes le « troisième tour ». Quoi de plus anti-républicain que d’imposer une contrainte violente à la représentation nationale ?
  • L’abolition de la propriété privée pourtant protégée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
  • Et une multiplication des contours légaux imposés au débat public.

Banaliser l’extrême droite pour faire revivre le centre

C’est une règle de bon sens qu’on ne peut pas combattre la propagation d’une idée politique en limitant sa capacité d’expression et en la privant de représentation.  Ces privations lui confèrent une parure Voltairienne et lui apportent l’appui des fantasmes conspirationnistes tandis que le transfert du débat devant les tribunaux empêche la confrontation raisonnée des idées. Or la vérité a tout à gagner au débat contradictoire, car tout au contraire de la bêtise et du mensonge, elle est par essence cohérente et infalsifiable.

L’armada antiraciste conduit tout à la fois à déplacer le centre de gravité du pays vers une extrême droite martyre et celui du Parlement vers le centre gauche. La création de ces déséquilibres constitue un plus grand danger pour la République que l’entrée d’un parti nationaliste à l’Assemblée Nationale.

Si elle ne veut pas vainement osciller entre l’altermondialisme chiraquien et la drague sarkozyste, la droite doit refuser les règles que lui a imposées la gauche. Pour faire reculer  l’extrême droite et permettre la renaissance du centre, elle doit condamner les alliances avec l’extrême gauche avec la même véhémence que la gauche critique l’extrême droite, rétablir la représentativité parlementaire, abroger les délits d’opinion et les lois mémorielles et mettre fin au financement des associations antiracistes. Les démocraties occidentales sont représentatives, et non éducatives comme leurs homologues maoïstes et soviétiques.

Enfin, il est nécessaire de ne pas condamner d’avance l’évolution de l’extrême droite vers un positionnement plus raisonnable. Je commençai cet article par une comparaison avec les États-Unis. Il n’a suffi que des années 1960 au Parti Démocrate pour à la fois cesser son soutien historique à la ségrégation raciale et devenir la première destination des votes afro-américains. Décréter a priori que la dédiabolisation de l’extrême droite française ne peut être qu’une chimère est une folie. Autant que de lui piquer ses idées populistes !

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  1. Socialisme et fascisme : une même famille ? La question peut paraître scandaleuse. Pourtant, les faits sont là. Le fondateur du fascisme, Mussolini, fut d’abord un dirigeant du parti socialiste italien. En France, les chefs des seuls partis authentiquement fascistes, Valois, Doriot, Déat, furent, le premier un théoricien d’extrême gauche, le second un des principaux responsables du parti communiste, et le troisième un député socialiste, successeur présumé de Léon Blum à la tête de la S.F.I.O.. En Angleterre, Oswald Mosley fonda un parti fasciste britannique après avoir été ministre dans un gouvernement travailliste. En Allemagne, de nombreux communistes furent séduits par les propositions socialistes du parti national-socialiste des travailleurs allemands d’Adolf Hitler.
    Socialistes et communistes sont mal placés pour donner des leçons de morale politique à la droite, quand ils traitent leurs adversaires de « fascistes » : le fascisme est une variante nationale du socialisme orthodoxe ; il partage avec lui le culte de l’État et la croyance dans les vertus de l’économie administrée. Les deux grandes familles totalitaires du XXe siècle, fascisme et communisme, sont issues d’un même tronc : le socialisme.