Alcool et excès de la vie nocturne, que faire ?

Publié Par Stephane Montabert, le dans Police et armées, Sujets de société

Lausanne doit faire face à des émeutes nocturnes régulières. Ces émeutes régulières et l’incapacité des autorités lausannoises à y faire face sont peut-être simplement la marque de l’échec d’une vie nocturne planifiée d’en haut ? La comparaison avec les habitudes libérales de Zurich est éclairante.

 Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

« J’ai failli y rester ». C’est par ces mots qu’un policier décrit les scènes de guérilla urbaine qui émaillent les nuits lausannoises :

« Ça courait dans tous les sens. Mais à deux contre plusieurs dizaines nous ne pouvions interpeller personne. » Les bagarres reprennent de plus belle, et sur plusieurs fronts. « Des groupes de 5 à 10, de-ci, de-là. Un à notre droite, rue des Terreaux, l’autre à notre gauche, terrasse Jean-Monnet. Lequel choisir? »

Trente-six policier face à des émeutiers par dizaines. Des jets de bouteilles et des armes d’autodéfense chez les agitateurs. Des balles en caoutchouc tirées par les forces de l’ordre. « Je ne comprends pas pourquoi ces jeunes nous en veulent » admet le policier. Cela n’a pas d’importance – les agresseurs, eux, le savent, et ça leur suffit. Les affrontements ne donnent lieu à aucune arrestation, ce qui renforce encore le sentiment d’impunité des agresseurs. « On voit une bouteille qui part de la foule mais on ne voit pas le bras qui la lance. Et encore moins l’individu qui est dessous » ajoute-t-il.

Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police, confirme : « C’est le triple effet du groupe, de l’alcool et de l’anonymat. »

L’altercation n’a rien d’exceptionnel. D’autres affrontements similaires ont fait les titres de la presse ces dernières semaines, avec le retour des beaux jours.

Depuis l’abolition de la clause du besoin, un grand nombre de boîtes de nuits a vu le jour à Lausanne, au point de faire de la capitale vaudoise un centre d’activités nocturnes. La ville comporte 40 établissements susceptibles de rester ouverts jusqu’à 5h. Mais la sale ambiance régnant dans les rues à la fin de la nuit refroidit même les fêtards. Comme l’expliquent deux jeunes interviewés par Lausanne Cités :

Lausanne, on adore y venir pour faire la fête, aller de bar en bar et finir en boîte de nuit entre amis. Mais, avec toutes ces bagarres et ces débordements, on réfléchit avant de venir. Quand on n’opte pas pour une soirée à Vevey ou Fribourg, on sort en groupe et on évite de discuter avec d’autres car, l’alcool aidant, cela débouche souvent sur des malentendus, des provocations voire des injures.

Les autorités ont bien essayé de réagir en instaurant « l’heure blanche », une période entre 5h et 6h30 du matin où les commerces ont interdiction de vendre de l’alcool. D’autres essayent d’étendre cette interdiction à tous les commerces après 22h – hormis les boîtes de nuit, où le prix des cocktails est déjà un puissant dissuasif.

Ces mesures pourraient-elles fonctionner ? Ce n’est pas sûr. Une récente étude du psychologue Emmanuel Kuntsch et son équipe d’Addiction Suisse, à Lausanne, montre que les jeunes adultes boivent plus que ce que l’on pensait – et que ce qu’ils affirment – à cause de « l’apéro avant de sortir ». Le concept revient à boire chez soi, en privé, avant de se rendre dans des établissements à l’extérieur. Mais le résultat n’est pas au rendez-vous, bien au contraire.

Les jeunes adultes sont nombreux à pratiquer « l’apéro avant de sortir » : ils achètent au supermarché de l’alcool, qu’ils boivent ensuite en privé ou dans les lieux publics, avant de se rendre dans un club où l’alcool est nettement plus cher. Mais cette pratique n’entraîne pas chez les jeunes une réduction de leur consommation d’alcool pendant le reste de la soirée, au contraire: la consommation d’alcool était deux fois plus importante que d’habitude lors des soirées où les participants avaient commencé par un tel « apéro ».

Voilà qui jette un froid sur les pistes de travail visant à restreindre le commerce d’alcool à certaines heures, préconisée par la gauche locale. Nombre des individus visés par la mesure se contenteront de boire chez eux, partiront en ville déjà éméchés, et ne réduiront en rien leur consommation – ni leur violence.

Ces émeutes régulières et l’incapacité des autorités lausannoises à y faire face sont peut-être simplement la marque de l’échec d’une vie nocturne planifiée d’en haut ?

Les réglementations de Lausanne ont évolué à de nombreuses reprises. L’heure de fermeture des clubs a été progressivement repoussée, jusqu’à cinq heures du matin aujourd’hui. Résultat, des dizaines d’établissements ferment plus ou moins au même moment, jetant dehors des centaines de clients éméchés et coupés de la réalité. Incapables de rentrer chez eux par leurs propres moyens, ils errent en ville en attendant les trains et transports en commun du petit matin.

Tout est donc prêt pour une explosion à la moindre étincelle. La foule, l’alcool, l’attente. Et ce n’est pas le retour d’un article du règlement de police qui permettrait d’intervenir contre les fêtards en état d’ivresse sur la voie publique qui contribuera à calmer les aubes lausannoises.

Serait-il possible de faire mieux en s’inspirant de ce qui a été fait ailleurs ?

Zurich n’est pas réputée pour ses affrontements nocturnes. La ville a pourtant la plus forte densité de boîtes de nuit en Suisse. Et quand les publicités pour la « métropole européenne de la fête » affirment que la ville sur les rives de la Limmat ne dort jamais, ce n’est pas qu’une vue de l’esprit : la réglementation zurichoise est infiniment plus libérale que celle qui étrangle Lausanne. Les gens peuvent faire la fête jusqu’à point d’heure. La latitude laissée aux établissements nocturnes fait tout simplement disparaître un grand nombre de problèmes.

Pour commencer, tous les clubs ne ferment pas au même moment : l’effet « heure de pointe » est évité. La continuité entre les clubs et les afters garantit que les fêtards auront toujours un endroit où s’abriter en attendant le bus ou le taxi qui les ramènera chez eux. De plus, l’extension des horaires rend caduque tout comportement visant à s’accrocher exagérément à la piste de danse jusqu’à la fermeture : si on peut comprendre les gens souhaitant rester jusqu’à la fin si celle-ci a lieu à trois, quatre ou cinq heures du matin, le défi perd toute signification si la fête se poursuit théoriquement jusqu’à midi, ou si on peut poursuivre dans un autre établissement. Même le plus acharné des fêtards devra simplement regagner son domicile à un moment donné. C’est d’autant mieux s’ils prennent chacun cette décision à des moments différents.

Suivant l’exemple de Zurich, la libéralisation des horaires et la légalisation des afters permettrait d’éviter bien des débordements liés à l’arrivée simultanée de centaines de noctambules désœuvrés, éméchés et excités à cinq heures du matin sur les pavés lausannois. Mais reproduire cette approche dans la capitale vaudoise impliquerait l’abandon de l’attitude dirigiste des autorités locales sur la question, ce qui est sans doute trop leur demander.

Dommage pour les innocents pris dans les émeutes et les jets de bouteilles vides au petit matin.


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    1. Non, le libéralisme ne se limite pas qu’à cela. Pour une réelle liberté, le libéralisme doit s’appliquer à toutes les sphères de notre société ; économie et moeurs.

  1. Franchement je ne vois pas le rapport entre ces problèmes et le libéralisme, c’est juste une coïncidence. Le problème de fond reste intact, des types éméchés, agressifs. La seule chose qui diffère est qu’il ne se croisent plus.

    1. Le principe c’est que encore une fois, malgré les meilleurs intentions du monde, les étatistes aggravent un problème en essayant d’y apporter des solution.

  2. C’est évident et mon expérience le confirme. La ville ou j’ai eu le plus de ce genre de tentions est Sans Francisco. Tout y est pourtant contrôler, les bars ferment à 2 heures et les rares qui ont le droit de rester ouvert ne peuvent plus vendre d’alcool. Les gens se retrouve tous sur le trottoir et frustré de soirées décevantes. Ils peuvent juste aller ce coucher et bosser le lendemain! Par contre à Buenos Aires, Berlin, Istanbul ou Beirut par exemple je n’ai jamais eu aucun problèmes… des villes bien plus libéral ou il y a parfois d’autre problème à gérer que la fermeture des bars.