Libérer les pauvres des monopoles

Publié Par Audace Institut Afrique, le dans Afrique

Aujourd’hui encore la privatisation est  toujours perçue comme une gangrène par les citoyens africains au vu de toutes les dérives qui les accompagnent. Cependant n’y a-t-il pas lieu  de se demander pourquoi la privatisation, qui ailleurs dans le monde a apporté la prospérité, a plutôt accentué la misère des pays africains ?

Par Aquila Yao.
Article publié en collaboration avec Audace Institut Afrique.

Monopoles

Monopoles

Le début des années 1990 a été marqué par la privatisation des grandes sociétés d’Etat en Côte d’Ivoire et dans la plupart des pays Africains. Par ces reformes, les populations étaient dans l’attente de meilleures conditions de vie. Mais, très vite, le désenchantement s’est emparé d’elles et les politiques de privatisations sensées leur être bénéfique se sont avérées être, aux yeux des populations concernées, un remède pire que le mal. Aujourd’hui encore la privatisation est  toujours perçue, à juste titre, comme une gangrène par les citoyens au vu de toutes les dérives et des nombreux mensonges qui les accompagnent. Cependant n’y a-t-il pas lieu  de se demander en quoi la privatisation, qui ailleurs dans le monde a apporté la prospérité, a plutôt accentué la misère des pays africains ?  Dépasser les idées reçues, écarter les fausses privatisations telles que pratiquées actuellement, et qui ne sont que des transferts d’un monopole à un autre, pourrait permettre de comprendre ce que la politique de privatisation pourrait réellement apporter à l’Afrique.

Idées reçues sur la privatisation

Après les périodes de conjonctures connues par la plupart des pays Africains à la fin des années 80, les différents gouvernements ont mené des reformes tendant à transférer le capital des sociétés d’Etat aux entreprises privées ; c’est la privatisation. L’une des raisons était la mauvaise gestion et la gabegie qui régnaient au sein des entreprises publiques. Cependant, les entreprises nouvellement privatisées, sensées relancer l’économie, n’étaient en réalité que des monopoles protégés issus de contrats brumeux entre les gouvernements et une poignée de sociétés privées ; on ne pouvait donc pas parler de privatisation puisqu’il s’agissait de simples transferts quasi-oligarchiques. Les Etats ont simplement transféré leur capital à des entreprises « amies » ce qui, à juste titre, a fait naître dans l’esprit des populations la phobie de la privatisation. Dans la plupart des pays africains, parler de privatisation suscite de l’antipathie. Les secteurs privatisés bénéficiant de la protection des Etats asservissent depuis toujours  les populations qui restent les grandes victimes de ces pratiques immorales, ce qui est d’autant plus grave que dans la situation de monopole protégé, les entreprises privées récupèrent les positions dominantes et imposent des modes de vie aux populations par le biais de la fixation de prix exorbitant qui ne tiennent pas compte des réalités quotidiennes. Ainsi, le prix du gaz, de l’électricité, de l’eau  et des denrées de premières nécessités augmente selon les humeurs des sociétés sous les regards complices des gouvernements « amis ». Toutes ces conditions de vie pénibles engendrées par ces situations monopolistiques auraient pu être évitées si les privatisations avaient réellement débouché sur un marché réellement concurrentiel.

Les bienfaits de la privatisation

Une économie libérale avec un environnement de libre concurrence permet une nette amélioration  des conditions de vie des populations ; il y a, en effet, un lien étroit entre l’amélioration de la liberté économique et le développement des libertés sociales. La privatisation étant le fait que des particuliers gèrent des entreprises pour faire du profit, ceux-ci ont une contrainte morale qui se résume en la satisfaction du client. De ce fait les différentes structures privées en concurrence améliorent leurs prestations de service afin  d’optimiser leur potentiel clientèle (avoir le plus de clients possible). La privatisation vient ainsi combler et respecter le droit naturel des individus de choisir ce qui leur semble bon en  disposant de leur libre arbitre. A contrario, s’ils sont contraints dans des conditions de monopoles protégés à se soumettre aux dictats des entreprises protégées par l’Etat, leur libre arbitre, et leur droit naturel à choisir, n’est pas respecté. La privatisation pourrait même être le moteur du petit entrepreneuriat, gage du développement économique d’une Afrique qui a tout pour être une puissante économie de rayonnement mondial. Par exemple la privatisation dans le domaine de la banque pourrait  pousser les acteurs du système bancaire à proposer des prêts à des taux d’intérêts intéressants, et dans des délais de remboursement, raisonnables ce qui permettrait d’endiguer le chômage en donnant la possibilité aux jeunes d’emprunter plus facilement et, ainsi, de mettre en place des activités qui leur permettraient de vivre.

Nécessité d’une prise de conscience des populations

Aujourd’hui, plus que jamais, les Africains en général, et la jeunesse en particulier, doivent prendre conscience que l’Etat ne pourra jamais les faire sortir de la misère, bien au contraire ; l’histoire démontre aux Ivoiriens, par exemple, que l’augmentation croissante de la taille de l’Etat, c’est-à-dire de l’étendue de ses prérogatives, n’a, en rien, amélioré la qualité de vie des populations ou leur situation économique. Ainsi, les populations gagneraient à exiger plus de libertés plutôt que d’attendre désespérément que l’Etat redistribue une richesse qui ne vient jamais. Elles devraient exiger l’abolition des monopoles protégés pour permettre une libre concurrence entre les entreprises privées. Les populations doivent aller plus loin en exigeant aussi le contrôle de la concurrence, par une autorité indépendante de l’Etat, pour s’assurer du respect de la souveraineté des individus. Ces mesures permettraient un recul certains de la misère en Afrique.

Après plus de 50 ans d’indépendance marquée par les guerres et la négation des individus, il est temps pour les populations de prendre leurs responsabilités si elles veulent s’affranchir. Seule leur détermination à faire avancer les choses pourra leur redonner la dignité qui leur a longtemps été arrachée par les Etats dits forts qui en fait ne font qu’affaiblir leurs populations. Aucune répression aussi redoutable qu’elle soit ne peut empêcher la liberté d’avancer et un peuple déterminé à être libre peut y arriver sans passer par les armes.  Pour preuve, les plus grands hommes et les plus grands peuples ont donné à l’humanité de véritables leçons à travers leurs idées ; c’est par elles, et avec elles, que les révolutions profitables à tous ont pu se réaliser.

Sur le web

Lire aussi : Privatisaton et Monopole sur Wikibéral, l’encyclopédie libérale

  1. « Les populations gagneraient à exiger plus de libertés plutôt que d’attendre désespérément que l’Etat redistribue une richesse qui ne vient jamais ».

    Belle phrase, à l’universalité remarquable.

  2. Les monopoles privés ne peuvent ni perdurer ni exister sans la complicité active de l’Etat et de ses fonctionnaires. Les monopoles privés, c’est une posture théorique pour expliquer certains phénomènes mais en réalité, ils n’existent pas : ils ne sont que des excroissances de l’Etat et n’ont de privé que le nom. On attend encore l’exemple d’un monopole privé dans un marché libre et concurrentiel.

    1. Et les ententes ne durent pas non plus. Vu qu’elles créent les opportunités pour chacun de ses membres de ramasser les PDM de l’autre.

    2. Pourtant, l’expérience démontre le contraire.
      Les monopoles se créent dès que vient l’intervention, la réglementation de l’état, qui sont autant de concurrence déloyale qui favorise les siens.

      Qu’il y ait des monopoles privés n’est pas dérangeant en soi. Une boulangerie a souvent le monopole de sa rue, de son village. Un inventeur a le monopole sur son invention le temps que d’autres le copient.
      Le fait qu’il y ait des monopoles libres signifie surtout que l’entreprise qui en bénéficie arrive à satisfaire les besoins des consommateurs mieux que quiconque.
      De plus, un monopole ne peut pas vendre à un prix infini comme on tend à le faire croire. Il est toujours soumis aux lois du marché. C’est juste que la concurrence met une pression supplémentaire.
      Concernant Rockefeller, sa position dominante était en train de s’effondrer au moment du procès.

    3. Il y a une différence importante entre pas d’Etat du tout et l’Etat régalien arbitre. Dans le monde réel, l’absence d’Etat (au sens d’un pouvoir social organisé) est aussi hypothétique que les monopoles privés.

      Toujours pas d’exemple de monopole ou d’oligopole privé dans un marché, même relativement libre et même imparfaitement concurrentiel, qui aurait été stable dans le temps ? Ne cherchez pas trop longtemps : il n’y en a pas.

  3. Un Monopole Privé, personnellement m’ulcère.
    Nous avons en France les sociétés d’Autoroutes qui font un CA de 4 Milliards/an dont 1 de bénéfice.

    Je préfèrerais que ce milliard aille pour doper la croissance Française plutôt qu’en dividendes aux actionnaires de Vinci ou autres eiffages !

    1. Autre exemple intéressant de connivence entre l’Etat et un oligopole délibérément construit dans le seul but de favoriser la collecte fiscale, avec une spécificité permettant de discuter et, peut-être, d’infirmer la notion de monopole naturel.

      1. peut etre aussi construit pour verser une commission future a « l’avocat d’affaires »villepin,instiguateur de ces privatisations.pareil avec nicole notat qui fait du conseil « socizl » en entreprises(celles la memes envers qui elle a su se montrer syndicaliste responsable)

        1. Ces attaques ad hominem sont désespérément hors sujet. Si vous disposez d’éléments de preuve de ce que vous supposez, foncez chez un juge !

  4. Le cartel français de la téléphonie est l’exemple caricatural de la connivence absolue de fonctionnaires omnipotents avec des excroissances étatiques qui font semblant de jouer au marché libre, écrasant un secteur économique par des conditions telles qu’aucune concurrence ne puisse apparaître sans qu’elle leur soit soumise. Et ne parlons pas de l’autorité de régulation qui est une gentille plaisanterie : il faut reconnaître que les hauts fonctionnaires ont beaucoup d’humour, à leur manière si particulière.

    La difficile émergence de Free comme trublion du cartel peut sembler une bouffée d’air frais. A voir… Souvenons-nous de l’opposition farouche contre son entrée dans les plus hautes sphères de l’Etat. Plus récemment, les attaques syndicales accusant Free de détruire des emplois feraient rires si elles n’étaient pas lourdes de menaces implicites. Dans un pays disposant d’une économie libre, cette affaire aurait provoqué un scandale, avec présentation du dossier devant la juridiction idoine pour décider des milliards d’amendes et des peines de prison pour les oligarques et les fonctionnaires ayant organisé l’arnaque. Mais voilà ! Nous sommes en France, pays des droits de quelques hommes et de la spoliation permanente pour tous les autres. Bon courage à Niel : souhaitons lui d’être assez malin pour ne pas finir en prison comme certains qui, avant lui, ont cru pouvoir secouer le cocotier.

    Au final, on a eu droit à un faux marché dont les prix étaient ni plus ni moins que des tarifs, fixés pour l’essentiel par des fonctionnaires organisant la spoliation des consommateurs, dont le premier bénéficiaire est encore aujourd’hui… l’Etat, à travers les fleuves de taxes qu’il prélève, Bouygues, SFR et Orange ayant pour principale activité la collecte privée des impôts et des taxes.

    Il y aurait tellement de choses à dire à propos de ce cartel imaginé, organisé et soutenu sans faillir par l’Etat. On peut espérer qu’un jour, pour l’édification des générations futures, une étude circonstanciée exhaustive montre comment un Etat collectiviste organise la spoliation des populations assujetties, tout en camouflant son action sous un vocable délibérément emprunté au « privé ». Avec un double effet quissecoule : non seulement le flouze rentre dans les caisses à gros bouillons, mais en plus les notions de « marché », « concurrence », « privé », « liberté » sont pour longtemps dévoyées dans l’esprit des Français. Partition parfaitement exécutée, n’est-ce pas ?

    Votman, vous ne pouviez pas mieux choisir votre exemple.

  5. Si je vous comprends bien, le libéralisme ne marche pas parce qu’il n’est pas assez libéral?

    1. C’est un peu ça !

    2. La privatisation est un bon point puisqu’elle libère l’économie de l’intervention néfaste de l’état mais ce n’est pas assez. En parallèle, il est nécessaire d’avoir un droit qui permette l’émergence de concurrents en éliminant les barrières à l’entrée. Le libéralisme économique sans libéralisme politique est inefficace (cf le Chili de Pinochet).

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