En attendant le troisième tour
Publié le 23/04/2012
C’est la personne et le style Sarkozy qui ont été désavoués par l’immense majorité des électeurs français. Sarkozy est sans conteste victime de lui-même. Ne pas faire ce pourquoi on a été élu est une promesse de débâcle électorale.
Par Guy Sorman.
Le premier tour de l’élection présidentielle française aura été un referendum contre Nicolas Sarkozy. Il est tout de même rare qu’un Président sortant, qui n’a pas commis pendant son mandat d’erreur politique majeure ou impardonnable, ne parvienne pas à atteindre un tiers des voix alors même qu’il ne se présentait contre lui aucun autre candidat dissident de la droite modérée.
Ses partisans ont immédiatement attribué à la crise économique la raison première de cet échec. Certes, dans toute l’Europe occidentale, en dehors de la Pologne, tous les candidats sortant, depuis 2008, ont été évincés et remplacés par le parti opposé mais aucun n’a subi pareil affront. C’est donc la personne, le style Sarkozy qui ont été désavoués par l’immense majorité des électeurs français. Sarkozy est sans conteste victime de lui-même : élu brillamment il y a 5 ans sur le programme de réformes le plus libéral qui jamais ne fut offert aux Français, il n’a pas appliqué ce programme (on pense aux 35 heures toujours présentes et à l’inflexibilité du marché du travail), ce qui a mécontenté les libéraux et les anti libéraux puisque les réformes n’ont pas été accomplies, mais que la crainte de ces réformes a subsisté. Ne pas faire ce pourquoi on a été élu est une promesse de débâcle électorale.
Ce refus de Sarkozy bénéficie à ceux qui de tradition lui sont le plus radicalement hostiles, communistes, trotskistes, anti capitalistes, qui rejouent le mélodrame de la révolution de 1789 et les réactionnaires, issus de la même mémoire, le Front national épicé de la rhétorique anti immigration. Ces mouvements additionnés se partagent les électeurs dans un refus commun du régime démocratique, de l’économie libérale et de la rationalité économique : ensembles, ils y substituent des mythes et constituent un front du refus énorme, sans équivalent dans les autres démocraties occidentales, soit un tiers des Français.
Certes, ces refuzniks de la démocratie libérale, porteurs de piques, bonnets phrygiens et écologistes profonds se reclasseront sagement au second tour pour l’essentiel derrière le candidat socialiste et pour partie, par réflexe anti communiste - derrière Nicolas Sarkozy. Il n’empêche que chez tous, la rancœur du premier tour restera intacte et qu’ils sauront dans l’avenir se manifester par la grève et autres mouvements sociaux de manière à rendre difficile voire impossibles les réformes rationnelles qu’exigerait la faillite imminente des finances publiques.
Cette faillite, il reviendra à François Hollande, vainqueur par défaut au premier tour et vainqueur probable du second tour, de la gérer. Le Non à Sarkozy du premier tour deviendra, le 6 mai, un "Moui" sans ferveur mais inévitable pour Hollande. Comment Hollande, mandaté mais guère porté par une vague enthousiaste et sans programme, saura-t-il rendre l’État français opérationnel et moins prédateur tout en restaurant l’esprit de compétition des entrepreneurs ? L’avantage pour Hollande sera de n’avoir rien promis en dehors de ne pas être Sarkozy. Mais a-t-il pensé la forme de l’État futur ? Ce n’est pas certain : ce qui laisse présager un troisième tour douloureux, dans la rue ou sur les marchés financiers, ces grands électeurs ultimes.
----
Sur le web
Article publié initialement dans La Presse, Montréal.
Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=80468



Si, comme on l'attendait, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont bien qualifiés pour s'affronter au second tour de l'élection présidentielle, les résultats du premier tour ont tout de même réservé quelques surprises...
Nicolas Sarkozy et François Hollande semblent contraints à de grands écarts pour s'attirer les faveurs d'un électorat dispersé. Mais dans cette élection atypique, le choix porte davantage sur la personnalité des candidats que sur leurs orientations politiques...
Pour le second tour de la présidentielle, objectivement, le suspense est relancé : tout dépendra du comportement des électeurs de Marine Le Pen et François Bayrou. Alors, que voter ?...
Le recul de l'abstention, le fait que Hollande ne dépasse pas les 30% qui lui auraient permis de faire levier, et le modeste score de Mélenchon permettent de penser que nous allons vers une cohabitation avec un Sarkozy qui gagne...
Ils ne sont que menaces, déni et angélisme mou. Ils ne sont que chaînes autour des poignets des entrepreneurs, de l’emploi et des richesses à construire. Ils ne sont que liberticides. Ne devrais-je voter que pour le moins pire ?...
S’abstenir, dans l’arithmétique électorale actuelle, c’est voter Hollande, c’est pratiquer la politique de la terre brûlée. Faute du meilleur, voulons-nous avoir le pire ?...
La pantalonnade entre le PS et les Verts ainsi que les votes du Sénat font l’affaire du Président...
Au premier tour on choisit... et au second on élimine. Pourtant, qu'on soit libéral ou qu'on ne le soit pas, le choix dimanche sera singulièrement restreint, puisque les programmes sont tous désespérants. Un grand vainqueur probable, l'abstention....
RT @Contrepoints: En attendant le troisième tour: http://t.co/QArHq2zI
Ne faisons pas le jeux des gauchistes. Sarkozy reste le meilleur rampart face aux gaucho.
"Sarkozy reste le meilleur rampart face aux gaucho..."
Correction : Sarkozy reste le meilleur rampant face aux gauchos. Paske celui qui a fait le jeu des gauchos pendant 5 ans, c'est bien le Sarkoko.
Alors quitte à veauter pour un socialiste, pourquoi préférer la pâle copie UMP à l'original PS ?
Pas sûr, s'il veut maintenir le "modèle social que le monde entier nous envie tellement que personne ne le copie" (sauf l'Argentine), dérivé du concept d'universalité de l'exception française, Hollande aura besoin d'un capitalisme dynamique et devra être conciliant avec le "monde de la finance". Personnellement, j'ai tendance à avoir plus de respect pour un ennemi déclaré que pour un traitre.
Et puis, ne pas oublier la joie intense que doit procurer à tout libéral l'annonce de retraite d'un politicien.
Pauvres de nous!
Hollande candidat socialiste à cause d'un vote anti Aubry, président à cause d'un vote anti Saykozy. Voilà un président bien élu et entrainant un enthousiasme à soulever un gravier.
RT @kamokireol: "En attendant le troisième tour" http://t.co/G9TDpXl3 via @Contrepoints
je ne vois pas l'intéret de remettre au pouvoir un individu qui ne cherche qu'une chose : se mettre à l'abris de la justice ;
"élu brillamment il y a 5 ans sur le programme de réformes le plus libéral qui jamais ne fut offert aux Français,"
C'est une plaisanterie?
Non, c'est du Sorman.