La troisième révolution industrielle est pour demain

Publié Par Contrepoints, le dans Économie générale

Grâce à de nouvelles technologies remarquables comme les logiciels intelligents ou de nouveaux matériaux, une troisième révolution industrielle est en passe de bouleverser le monde.

Par The Economist(*), traduction Steven S.

La troisième Révolution Industrielle

La première Révolution Industrielle commença en Grande-Bretagne vers la fin du XVIIIème siècle avec la mécanisation de l’industrie du textile. Des tâches qui étaient effectuées de manière laborieuse, à la main, dans des centaines de maisons de tisserands furent regroupées dans une seule filature de coton. Et ainsi est née l’usine. La deuxième Révolution Industrielle est arrivée au début du XXème siècle, lorsqu’Henry Ford maîtrisa le concept de chaîne de montage et introduisit ainsi l’ère de la production de masse. Les deux premières Révolutions Industrielles eurent pour effet d’enrichir et d’urbaniser davantage les populations. Maintenant, une troisième révolution est en cours. L’industrie se digitalise. Notre dossier spécial de cette semaine tente de montrer que cela pourrait affecter bien plus que le monde des affaires.

Plusieurs technologies remarquables sont en train de converger : des logiciels intelligents, des matériaux nouveaux, des robots plus habiles, de nouveaux procédés (en particulier l’impression 3D) et toute une gamme de services en ligne. L’usine de jadis était basée sur la production de masse d’un nombre incalculable de produits identiques. Ford avait fait la remarque célèbre que « les acheteurs d’automobiles pouvait avoir la couleur qu’ils souhaitaient, à condition que celle-ci soit noire ». Mais le coût de production de plus petits lots de produits plus variés, chaque produit étant calibré exactement selon les désirs du client, est en train de s’effondrer. L’usine du futur se concentrera sur la personnalisation de masse, et pourrait avoir plus en commun avec les tisserands à domicile qu’avec la chaîne d’assemblage fordiste.

Vers une troisième dimension
Jadis, fabriquer un produit impliquait de prendre tout un tas de pièces et de les visser ou de les souder ensemble. Désormais, un produit peut être conçu sur un ordinateur et « imprimé » avec une imprimante 3D, qui crée un objet solide en accumulant des couches successives de matériaux. Le modèle digital peut être modifié en quelques clics de souris. L’imprimante 3D peut fonctionner sans supervision humaine et concevoir de nombreux objets dont la production est trop complexe pour une usine traditionnelle. Un jour, ces machines formidables pourraient bien fabriquer pratiquement n’importe quoi, n’importe où : de votre garage jusqu’à un village en Afrique.

Les applications de l’impression en 3D sont particulièrement bluffantes. Des appareils auditifs et des pièces de technologie de pointe pour avions de chasse sont déjà imprimés dans des formes personnalisées. Les considérations géographiques liées à la chaîne d’approvisionnement évolueront. Un ingénieur travaillant au beau milieu du désert, découvrant qu’il lui manque un outil spécifique, n’aura plus à se le faire livrer depuis la ville la plus proche. Il pourra simplement télécharger le plan et l’imprimer. L’époque où des projets pouvaient s’immobiliser à cause d’une pièce manquante et où des consommateurs se plaignaient de ne plus pouvoir trouver des pièces de remplacement pour leurs produits nous semblera un jour ringarde.

D’autres changements sont pratiquement aussi importants. Les matériaux nouveaux sont plus légers, plus forts et plus durables que leurs prédécesseurs. La fibre de carbone est en train de remplacer l’acier et l’aluminium pour toute une gamme de produits allant de l’avion au VTT. De nouvelles techniques permettent aux ingénieurs de façonner des objets à une échelle minuscule. La nanotechnologie perfectionne des produits, tels que des pansements qui aident à cicatriser une coupure, des moteurs qui tournent plus efficacement ou encore de la vaisselle qui se nettoie plus facilement. Des virus modifiés génétiquement sont en voie de développement pour faire des objets tels que des piles ou des batteries. Et puisqu’Internet n’a jamais permis à autant de créateurs de collaborer sur de nouveaux produits, les barrières à l’entrée sont en train de tomber. Henry Ford avait eu besoin de tonnes de capitaux pour mettre en place l’usine colossale de River Rouge. Son homologue contemporain peut débuter avec pour ainsi dire rien d’autre qu’un ordinateur portable et une soif d’invention.

Comme toutes les révolutions, celle-ci ne manquera pas de déranger. Les technologies digitales ont déjà ébranlé les secteurs des médias et de la vente au détail, de la même façon que les filatures de coton avaient mis à mal le métier à tisser ou que le Model T de Ford avait mis les maréchaux-ferrants au chômage. Bien des personnes frémiront lorsqu’ils jetteront un coup d’œil aux usines du futur. Celles-ci ne seront pas bourrées de machines sinistres et d’ouvriers en bleus de travail sales. Nombre d’entre elles seront impeccablement propres et quasiment désertes. Certains producteurs automobiles fabriquent déjà deux fois plus de véhicules par employé qu’il y’a une dizaine d’années de cela. La plupart des emplois seront non pas dans l’usine de production mais dans les bureaux avoisinant. Ces bureaux seront remplis de modélistes, d’ingénieurs, d’informaticiens spécialistes, d’experts en logistique, de personnel du marketing et autres professionnels. A l’avenir, les emplois dans la production exigeront davantage de compétences. De nombreuses tâches ennuyeuses et répétitives seront devenues obsolètes : il n’y a nul besoin de poseurs de rivets si le produit n’en a pas.

La Révolution n’affectera pas seulement la manière dont les objets sont produits, mais aussi l’endroit où ils sont produits. Les usines délocalisaient vers des pays à bas salaire pour réduire le coût de la main d’œuvre. Mais ces derniers sont de moins en moins importants : sur un iPad de première génération vendu à 499$ (377€), la main d’œuvre ne représentait que 33$ (25€) et l’assemblage final en Chine ne comptait que pour 8$ (6€). Si la production est de plus en plus relocalisée vers les pays riches, ce n’est pas parce que les salaires chinois augmentent mais parce que les entreprises veulent désormais être plus proches de leurs clients. Elles peuvent ainsi être plus réactives face aux changements de demande. De plus, certains produits sont si sophistiqués qu’il est utile d’avoir leurs créateurs et leurs producteurs au même endroit. Le Boston Consulting Group estime que dans des domaines tels que les transports, les ordinateurs, la transformation de métaux et la machinerie, 10 à 30% des biens que l’Amérique importe actuellement depuis la Chine pourrait être produits dans le pays d’ici 2020. Cela stimulerait de 20 à 55 milliards de dollars (de 15 à 41 milliards d’euro) supplémentaires la croissance annuelle américaine.

Le choc de la nouveauté
Les consommateurs n’éprouveront que peu de difficulté à s’adapter à cette nouvelle ère de meilleurs produits qui sont livrés rapidement. Cependant, les États pourrait trouver ce processus plus difficile. Leur instinct est de protéger les secteurs et les entreprises qui existent déjà, pas de protéger les petits nouveaux qui veulent les détruire. Ils arrosent les vieilles usines avec des subventions et des patrons voyous qui souhaitent délocaliser la production. Ils dépensent des milliards pour soutenir des nouvelles technologies dont ils estiment, avec toute leur sagesse, qu’elles l’emporteront. Les États s’accrochent à la croyance romantique que l’industrie est supérieure aux services, sans même parler de la finance.

Tout cela n’a aucun sens. La frontière entre l’industrie et les services s’estompe. Rolls-Royce ne vend plus de réacteurs d’avion, l’entreprise vend le temps que chaque réacteur permet de propulser un avion dans le ciel. Les États ont toujours été nuls quand il s’agit de sélectionner les gagnants. Il est probable qu’ils empireront encore dans ce domaine lorsque des armées d’entrepreneurs et de bricoleurs s’échangeront des modèles en ligne, les transformeront en produits depuis leur maison et les commercialiseront depuis leur garage. Lorsque la Révolution fera rage, les États feront mieux de s’en tenir aux fondamentaux : de meilleures écoles pour une main d’œuvre qualifiée, des lois plus claires et un cadre favorisant une concurrence équitable pour toutes sortes d’entreprises. Il faudra laisser tout le reste aux révolutionnaires.

(*) Les articles de The Economist ne sont pas signés. Article paru dans l’édition papier de The Economist, daté du 21 avril 2012. Traduit de l’anglais par Steven S.

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  1. Bonjour, je pense qu’il ne faut pas trop s’emballer, la pelleteuse caterpillar dont un vérin aura lâché restera bel et bien en panne un moment et on n’imprimera pas de vérin sur place.

    Et meme si on en etait capable il faudrait l’assembler, l’immense majorité des composant mecaniques aujourd’hui est issu de procedés assez complexes, de nombreux composants de voitures sont un assemblages de plusieurs pieces avec souvent une operation complexe comme le certissage, ou des choses qui a mon avis ne seront jamais imprimables, car elle necessitent des processus specifiques comme une pieces metallique qui necessite une certaines dureté a besoin d’etre trempée ou grenaillée.

    La stereolytographie reste limitée a des pièces non métalliques et ne contenant aucun électronique, ce qui limite pas mal ses applications, elle se trouve face a des process hyper eprouvés de production en serie, injection plastiques etc.

    Elle a en revanche tout son sens quand on parle de prototypage rapide, car un moule est un investissement lourd sur lequel il ne faut pas se tromper.

    Pour moi cette techno n’a rien de revolutionnaire ou ne contient pas les germes d’une telle revolution technologique, elle s’applique qu’a des pieces non metalliques sans electronique, elle ne permet de faire que des pieces et non des sous composants, elle ne remplace donc pas et ne remplacera probablement jamais des processus permettant de faire des sous composants a forte valeurs ajoutée.

    Je pense que la vrai révolution en cours est plutot celle des technologies de l’information.

    1. Au jour d’aujourd’hui l’imprimante 3D fonctionne aussi pour les métaux http://i.materialise.com/materials/titanium. Et il ne faut pas oublier que beaucoup de pièces sont conçues en fonction des techniques de fabrication.
      Rien n’empêche d’imprimer la moitié de la pièce, d’installer l’électronique et de finir d’imprimer et ainsi d’avoir une pièce solidaire mais instrumentée.
      Une fois que les imprimantes commencerons à se répandre des solutions de durcissement et de traitement de surfaces vont apparaitre. Nitruration, traitement plasma, cristallisation laser ou des technos encore inconnues.

      L’impression 3D a un énorme potentiel, ensuite qui vivra verra.

      1. Là ou je dirais qu’il faut pas s’emballer, c’est surtout que imprimer c’est bien, mais il faut de l’encre. Or sans matiere premiere on produit pas grand chose. Du coup j’ai un doute sur « la piece qui lache et qu’on imprime direct »

        1. C’est juste du potentiel, on verra bien, mais il est plus simple d’avoir 20 ou 30 prémix de poudre qu’avoir un set de pièce de rechange communes comme on a aujourd’hui. Le prix aura un impact majeur sur l’avenir de cette techno, mais avoir des doutes à ce stade est tout à fait normal, quasiment dire que ça ne décollera pas c’est exagéré.

        2. je dirai exactement le contraire
          http://blog.ted.com/2012/01/23/a-primer-on-3d-printing-lisa-harouni-on-ted-com/
          De même que les grands projets de BTP ont leur centrale à béton juste à coté, il serait à l’avenir logique qu’on trouve une « imprimerie 3D industrielle » sur tous les grands chantiers. Pour faire construire on pourrait louer une imprimante de maison aussi facilement qu’une pelleteuse de jardin aujourd’hui. Ou pas.
          Ce qui est sur c’est qu’on a des idées trop conservatrices sur ce que ça peut changer, comme à chaque fois. Des trucs qui nous semblent logiques ne se produiront pas (ex : l’aéroplane dans chaque foyer qu’on imaginait début XXeme siècle), d’autres choses qu’on n’imagine pas se produiront.

      2. Bonjour, pardon pour mon ignorance je n’avais pas connaissance de cette possibilité d’imprimer des pièces métalliques.
        Toutefois, ca ne change pas mon avis dans le fond :) la où je vois un vrai potentiel surtout si on parle de pièces métalliques c’est surement la fabrication de pièces à géomètres très complexes. Apres comme je le disais la question de l’assemblage d’un sous composant reste entière. J’ai du mal a voir dans l’industrie une véritable révolution en cours, sur ce genre de procédé .. je vois plutôt un genre de murissement, on révolutionne pas les choses mais on les gère nettement mieux, on les maitrise mieux, là ou l’évolution se trouve (à mon sens) c’est lorsque l’on associé cette industrie « mure » aux technologies de l’information.

  2. J’ai vu des imprimantes 3D à l’œuvre, c’est vrai que c’est super pour faire des prototypes mais encore un peu juste pour réaliser des pièces de rechange dans le Sahel :). Je pense toutefois qu’on n’en est qu’aux balbutiements et qu’on devrait voir de gros progrès dans les années à venir.

    Cependant le point le plus important dans cet article est sûrement l’automatisation toujours croissante des usines et leur « rapatriement » dans un avenir proche en Occident. C. Gave avait fait un article là-dessus il y a quelques semaines de cela où il évoquait cette tendance, notamment au Japon où une usine fabricant des TV ne compte en tout et pour tout qu’une quinzaine d’ingénieurs et de techniciens. Il y mentionnait également le coût horaire de ces robots, maintenant inférieur à $2/h soit largement concurrentiel avec un ouvrier de Foxconn par exemple.

    Pourtant pendant ce temps là, en France, on nous bassine avec le « made in France » et le fameux SMIC trop bas sans réaliser une seule seconde ce qui est train de se passer: les travailleurs non qualifiés n’auront bientôt (bon disons deux décennies max, si la France tient jusque là, ce qui n’est pas gagné) plus de boulot. Ni à l’usine, ni ailleurs. Les usines qui reviendront ne nécessiteront qu’une poignée d’employés qualifiés à minimum BAC+2) et un peu partout on se passera autant que possible des « SMICards »: on peut déjà commander son repas sur une borne dans de nombreux fastfoods, on fait son plein d’essence sois-même, les caisses automatisées envahissent les supermarchés, etc… Les exemples sont légions.

    Mais non, en France, entre deux déclarations politiques consternantes et un débat intellectuel en état de mort cérébrale, on reste encroûtés dans une vison industrielle digne de Germinal, le charbon en moins. On en rajoute même une couche avec des promesses démagogiques de salaire minimum au niveau de celui des techniciens supérieurs et d’usines subventionnées en-veux-tu-en-voilà, ne produisant bien souvent que des produits chers et de qualité médiocre (voir ce que pensent les utilisateurs d’automobiles made in France par exemple…).

    Pire encore, alors qu’à l’avenir seuls ceux qui seront suffisamment qualifiés pourront travailler, on ne fait rien pour remédier à la lente agonie du système éducatif, le niveau général baisse constamment et chaque année plus de 200,000 jeunes sortent sans diplômes. 200,000 chômeurs de plus chaque année dans un avenir proche.

    En conclusion: CPEF.

  3. Si la 1ère révolution industrielle correspond aux manufactures et aux machines a vapeur, si la 2ème révolution industrielle correspond au travail a la chaine et l’electricité.

    Alors la 3ème révolution industrielle est déjà en cours et c’est la robotisation de l’industrie.

    Avec les bons robots ont peut déjà tout produire, du Coca Cola jusqu’a L’iPhone en passant par une voiture, les seuls tâche nécessitant l’intervention humaine étant la programmation, maintenance et la logistique.

    L’imprimante 3D n’est qu’une application de la robotique.