Pourquoi on ne peut pas ignorer l’oeuvre de Mario Vargas Llosa

Publié Par Institut des Libertes, le dans Lecture

La défense de toutes les libertés se retrouve dans les principaux ouvrages de l’oeuvre de Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature.

Par Thierry Guinhut.

Article publié en collaboration avec l’Institut des Libertés.

On ne peut séparer Vargas Llosa, essayiste et politique, du romancier, prix Nobel de litterature en 2010.

« Tant pis pour le Pérou, tant mieux pour la littérature », dit-on lorsqu’il fut battu à la présidentielle de 1990. On sait que le pays se vit imposer les pleins pouvoirs par un Fujimori qui termina sa carrière en débandade… Narrant sa campagne électorale avec le Poisson dans l’eau, l’écrivain précisa le sens de son libéralisme tempéré :

« Le principe de la redistribution de la richesse a une force morale indiscutable, mais aveugle bien souvent ses défenseurs en les empêchant de voir qu’il ne favorise pas la justice sociale si les politiques qu’il inspire paralysent la production, découragent l’initiative, font fuir les capitaux, autrement dit, accroissent la pauvreté. »

Le « désenchanté du marxisme et du socialisme » réunit cinquante essais dans les Enjeux de la liberté, dont un éloge d’une Margaret Thatcher controversée, pourfendant « purs » islamistes et corrompus de tous bords, nationalismes et nationalisations, prônant l’économie de marché et la mondialisation, ce qui ne lui attire pas l’amitié de maints bienpensants et autres intolérants…

Les Libertés sont également le maître mot du romancier. Sans jamais se clôturer dans le récit engagé, à thèse, pas un de ses romans n’omet de réclamer la liberté des peuples et des consciences, la liberté des Lettres et de l’Éros… Après “Conversation à  la Cathédrale  (1969)», qui conspirait contre la dictature militaire péruvienne, vint “La Guerre de la fin du monde” (1982), plus largement connu du public, en territoire brésilien cette fois çi. Un illuminé  y parcourt le Sertao brésilien, quand s’installe une république musclée. Si les méthodes et l’ampleur de la répression effrayent légitimement le lecteur, qu’en est-il du phalanstère fondé par ce prophète christique où s’épanouit la liberté des gueux ?

Du moins croient-ils se libérer de l’impôt, du recensement et de l’économie de marché. Car c’est pour trouver dans cette fanatique cité de Dieu une pire oppression, une « utopie archaïque » fermée, intolérante, suicidaire… Un souffle narratif fabuleux emporte ce roman-fleuve, dont la conclusion remettra en cause les espérances de l’anarchiste écossais qui tente de rejoindre ce paradis libertaire, cet enfer sur Terre.

C’est encore un terrible prophète qui, dans “Pantaleôn et les Visiteuses” (1986), galvanise les indigènes, poussant à crucifier animaux et humains. Frère Francisco croit ainsi conjurer le « Mal » : la pacification sexuelle des troupes, au moyen d’un bordel géant que Pantaleôn dirige d’une main de fer, pour le bien du Pérou. Machiavel de l’Amazonie, il détruit corps, coeurs et âmes. Burlesque et tragique tableau du fanatisme religieux et de la bureaucratie militaire… Comme lorsque dans la Ville et les Chiens, vaste métaphore de la société péruvienne, un cadet de collège est tué pendant l’exercice de tir : la hiérarchie, malgré ses principes d’honneur affichés, tente d’étouffer le scandale… (…)

La Fête au Bouc , (2000) s’inscrit dans la tradition latino-américaine des portraits de dictateurs.

Gabriel Garcia Marquez ( “l’Automne du patriarche”), Auguste Roa Bastos ( “Moi, leSuprême “), Miguel Angel Asturias ( “Monsieur le Président) “ ont brossé de monstrueux tyrans, fantastiques ou réalistes. Sans faillir à la vérité historique, mais avec la toute puissance de la fiction, Vargas Llosa surprend Trujillo en 196l, dernière année de son pouvoir criminel à Saint-Domingue, grâce à un rythme ternaire : le retour d’Urania après trente-cinq ans d’exil aux États-Unis, les hauts faits et méfaits de « l’homme qui ne sue jamais », l’embuscade nocturne des tyrannicides. Fille chérie d’un ministre de ce Bouc qui asservit trois millions d’habitants à sa démence froide pendant trente ans, elle tente de rappeler à son père invalide l’infâme secret de sa fidélité au régime. N’a-t-il pas livré sa femme au Bouc ? Ou pire ?

Vargas Llosa, en libéral opposé à tous les totalitarismes, brocarde un généralissime fasciste que, contrairement aux légendes, les États-Unis ont contribué à renverser. Les personnages cruels, émouvants ou grotesques, la spirale impeccable de la narration font de cette « fête » un superbe monument offert à l’Histoire politique et au plaisir du lecteur… On n’attend plus qu’après avoir disséqué Trujillo, Vargas Llosa déboulonne la statue du dictateur voisin et marxiste dont est féru Garcia Marquez : Fidel Castro soi-même.

Mais quand l’Espagne porta sur la liste des meilleures ventes les Cahiers de Don Rigoberto, la France n’offrit qu’un silence pudibond, étonné qu’un libéral soit également du côté de la liberté des mœurs, de la fête d’Éros. Liberté économique (non sans respect des contrats et de la concurrence) vient alors rimer avec liberté érotique. Pensant aux libertins du XVIIIe siècle, ce livre n’est pas, comme l’affirme l’éditeur français, un hommage à Sade dont la liberté a le cruel défaut de sacrifier autrui. Monogame et néanmoins libertaire, Don Rigoberto est-il un avatar de l’auteur ? (…).

Ainsi, dans le Cahier de l’Herne qui lui est consacré, l’écrivain tire la leçon d’une quête cependant jamais reniée. C’est dans cette somme indispensable, réunissant inédits et contributions de l’Israélien Shimon Pères, du Japonais Kenzaburo Oé, du Français Jean-François Revel, des Mexicains Ignacio Padilla et Octavio Paz… où il pourfend la frileuse politique de l’exception culturelle française, que Vargas Llosa nous montre que cette liberté, ce « paradis – un peu plus loin » est à notre portée : dans la littérature, ces fictions célébrées et brillantes des grands romans du XXe siècle.

Parmi lesquelles il faut compter ceux de Vargas Llosa, romancier des libertés.

Principaux ouvrages de Mario Vargas LLosa ( publié chez Gallimard); ci aprés en collection Folio.

  •  La guerre de la fin du monde Editeur : Folio Parution : 1 Mai 1986
  •  Pantaleon et les visiteuses  Editeur : Folio Parution : 1 Avril 1990
  • La fête au bouc   Editeur Folio Parution : 6 mai 2004

Et pour aller plus loin : http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/

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  1. « Le principe de la redistribution de la richesse a une force morale indiscutable »

    Pas d’accord. C’est une remise en cause de la propriété.
    L’État ne peut pas décider qui possède quoi.
    Et il n’y a aucune justice à spolier les gains honnêtes des uns pour les transformer en la propriété des autres.
    Au contraire.

    Ce peut être vu comme nécessaire (je ne suis pas fermé au principe de l’impôt négatif uniforme) ou même charitable (mais le concept de charité publique est calamiteux, comme l’a définitivement montré Tocqueville dans Le paupérisme) – mais juste, non.

    Il faut préférer la contribution en fonction des capacités, et, bien sûr, la charité (privée va de soi).

    1. @fucius

      Je crois que vou sn’avez pas compris le propos. le propos de l’auteur est justement de dire qu’il est plus comfortable de décréter qu’il faillle partager car on se place ne bonne personne. La question posée n’était pas la légitimité de la propriété mais la force morale, le poids social d’un discours politique. ce que veut dire l’auteur est qu’il est plus comfortable de décreter « on est pour le partage » d’ou la force morale invoquée.C’est un peu comme si vous vous auto marquiez d’un striker pour dire « au fait, je sui sune bonne personne, je partage » . Vous voyez le propos?