Présidentielles françaises : Retour vers le Futur

Publié Par Stephane Montabert, le dans Politique

Et si l’on comparait la campagne présidentielle actuelle à la précédente ? Les couleurs et les personnes changent mais les programmes restent les mêmes : fiscalité, protectionnisme, omniprésence de l’État, promesses irresponsables et sans lendemain, absence de toute remise en question du modèle socio-démocrate en faillite.

Par Stéphane Montabert, de Renens, Suisse.

Les publicités inondent les boîtes aux lettres, mais toutes ne sont pas sans valeur. Ainsi, en tant que Français de l’Étranger, j’ai reçu il y a quelques années – cinq ans exactement – une petite liasse de documents promotionnels tous plus farfelus les uns que les autres, concernant les élections présidentielles françaises.

J’aurais pu envoyer le tout directement à la corbeille, mais j’ai eu une meilleure idée: mettre soigneusement ce courrier de l’ambassade de côté pour le ressortir un peu plus tard, histoire de voir, avec le recul, ce que valaient les promesses de nos candidats. À quelques jours du premier tour de la présidentielle, le moment semble tout à fait approprié pour se remémorer ces documents, scannés au format PDF.

Accordons-nous donc un petit voyage dans le temps, à l’aube d’un 22 avril plus ancien…

——

 

Le N’importe Quoi d’Abord – Frédéric Nihous, inconnu au bataillon, nous a gratifié en 2007 du slogan le plus fantaisiste, « la ruralité d’abord ». Bien que dénué de sens, le terme fut payant: en glissant ce mot-clef, les maires des petites communes se précipitèrent. La récolte des fameuses 500 signatures était dans la poche.

Et puisqu’on parle de campagne – la vraie, les champs qui fument au petit matin, les tracteurs poussifs sur les départementales, les expéditions de chasse avec béret et bottes – Frédéric Nihous nous a présenté d’authentiques priorités: Garantir la liberté de chasser et de pêcher, mettre en place une politique du bien-être et du bien vivre, c’est du lourd ! On sent les vrais défis de la France du XXIe siècle

 

Gentleman Farmer – en 2007, le rôle convoité de Gentleman Farmer BCBG était tenu par Philippe de Villiers. Il assuma son rôle avec force passages photographiques obligés: posture champêtre en bras de chemise avec le chien qui gambade aux côtés, avec les jeunes du club sportif en maillot, avec sa femme en bord de mer, le regard tourné vers l’horizon…

Le programme est un peu plus sérieux que la moyenne: propositions chiffrées, paragraphe « comment financer » (beau geste, même s’il reste lapidaire)… Le candidat mentionne le danger du communautarisme islamique, propose de baisser les charges et même d’aligner les retraites du secteur public sur celles du privé! Que de belles manifestations en perspective! Mais bon, modérons notre ardeur, M. de Villiers fait aussi l’éloge du volontarisme étatique et du protectionnisme.

Malgré tout, ériger la Vendée en modèle de réussite n’a pas suffit à convaincre l’électorat, qui n’a crédité M. de Villiers que de 2,23%.

Astérix chez les Français – mais oui, il y était, notre José Bové national! 2007, c’était vraiment l’élection de tous les possibles. Entre deux procès pour destruction de propriété privée, le révolutionnaire moustachu eut le temps de se fendre d’un programme fleurant bon l’extrême-gauche de terroir. La brochure est agrémentée de jolies images façon Martine : José à Roubaix, José avec les Pauvres d’Amérique du Sud, José Va En Prison « pour avoir dénoncé la mal-bouffe »…

Niveau propositions, on s’en doute, c’est un feu d’artifice de cadeaux: des services publics en-veux-tu-en-voilà, du partage de richesses à toutes les sauces (qui les produit ? On s’en fiche !), des droits et des subventions comme s’il en pleuvait… Le tout avec un zeste, que dis-je, un soupçon de brutalité sous-entendue, comme la réquisition des logements ou une fiscalité qu’on imagine très douce pour financer tout cela, mais qu’importe, l’objectif est de fédérer les forces révolutionnaires !

On notera que M. Bové propose aussi la taxation des transactions financières que notre bon président de « droite » s’est empressé de reprendre.

Le Facteur Rouge – Nos Vies Valent Plus Que Leurs Profits. Eux. Nous. Choisis ton camp, camarade! A gauche, ça se bousculait au portillon avec une pléthore de candidatures plus unitaires les unes que les autres, dont celle d’Olivier Besancenot, le facteur qui sonne toujours deux fois, mais aussi faux, l’un n’empêchant pas l’autre.

Quand on est d’extrême-gauche, la difficulté de l’exercice tient à se distinguer. Entre anarchistes, écologistes, trotskystes, maoïstes, alternatifs, libertaires, marxistes et j’en oublie, pas facile de se poser en meneur. La stratégie habituelle consiste à verser dans la surenchère. Olivier Besancenot, outre les classiques – réquisition des logements, retraite à 60 ans, services publics « gratuits » ou interdiction de licencier pour les entreprises profitables – proposa également des pistes plus audacieuses encore, comme la sortie du nucléaire, la semaine de 32 heures, voire l’indépendance de la Corse!

Malheureusement, le public n’a pas suivi. Il faut dire que l’extrême-gauche est traditionnellement réfractaire au scrutin universel (« élections, piège à cons ! »), une posture qui offre aussi l’avantage de masquer l’indigence de sa popularité effective.

En Vert et Contre Tout – en 2007, on avait les moyens. Du coup, tout le monde était écologiste: on se souvient du Pacte Écologique de Nicolas Hulot et de l’empressement de tous les candidats à le signer, histoire de profiter de la popularité supposée du présentateur de télévision. La pauvre Dominique Voynet, candidate du Parti Écologiste Officiel, faisait un peu tapisserie.

Le programme de la Verte ne fit rien pour contredire cette impression: que du grand classique de gauche, quasiment photocopié d’un candidat à l’autre. Eradication de la pauvreté, construction d’un million de logements sociaux, création d’emplois sortis du chapeau, fiscalité « plus juste et plus efficace », preuve qu’un autre monde est possible… Étonnamment, la partie anti-nucléaire du programme jure par sa modestie: non seulement c’est le quinzième point sur quinze, ce qui en dit long sur les priorités des prétendus défenseurs de la nature, mais l’objectif n’est qu’une humble sortie du nucléaire d’ici 2030. Aujourd’hui, avec un gouvernement de « droite », l’Allemagne prétend faire mieux dès 2022 ! Mais qui vivra verra, bien entendu.

La France Présidente – La candidature de Ségolène Royal nous a offert de beaux morceaux de bravitude bravoure, avec un slogan à l’échelle de la prétendante socialiste officielle. La France Présidente, ça en jette, imaginez, soixante millions de personnes se bousculant au portillon de l’Élysée ! Mais en fait, il s’agissait surtout d’une figure de style, et le reste est du même acabit.

Le programme nous offre du classique, à savoir un gloubiboulga de termes totalement insipides mais qui font bien (« gagnant-gagnant », « donnant-donnant », « démocratie participative ») et qu’on évitera soigneusement de détailler, des mesures sorties de nulle part (création de 500’000 (!) emplois tremplins [qu’on ne me demande pas vers quoi] pour les jeunes…) ou tellement consensuelles dans la société française qu’elles ne démarquent même pas la candidate du reste du peloton, comme l’engagement pour les énergies renouvelables, quelle audace!

Bref, de l’évanescent, une touche de sentimentalisme, du flou – finalement, une contradiction surprenante de la part d’un mouvement politique se faisant fort de planifier le fonctionnement de la société dans les moindres détails pour parvenir à une situation idéale.

Ensemble Tout Devient Possible – And the winner is… Nicolas Sarkozy, of course. Ensemble tout devient possible, vous vous rappelez? Ah, que de belles promesses! Le Président du Pouvoir d’Achat! Le Président de la Valeur Travail! C’était audacieux, de la part d’un individu qui avait été ministre sous Chirac mais faisait tout son possible pour faire passer le bilan lamentable de cette présidence sur les épaules de son prédécesseur. En 2012, l’exercice sera plus difficile… Ce qui n’empêche pas notre hyper-président d’essayer.

Honnêtement, le fascicule de Nicolas Sarkozy mérite d’être relu, ne serait-ce que parce qu’il permet de déceler le gouffre entre les promesses d’un politicien et ses accomplissements une fois parvenu au pouvoir. Quand on lit des phrases comme « Je baisserait les impôts » « Je renforcerai les pouvoirs du Parlement » « Je ferai en sorte que l’euro devienne un outil de croissance, d’emploi et de puissance économique » « Je réduirai la dette et le déficit, qui ont été creusés par l’échec des politiques antérieures, alors que nos politiques réussiront… » On se dit qu’à l’infini de l’univers et de la bêtise humaine annoncés par Einstein, il faut sans doute ajouter la crédulité des Français.

Que du best-of.

Y’en a pas un qui manque ? – Mes lecteurs les plus affutés l’auront remarqué, aucune trace de l’infréquentable Jean-Marie Le Pen dans ce joli panel. Je ne l’ai pas oublié, mais par un petit miracle administratif comme il s’en produit parfois, sa fiche de présentation officielle était absente de l’enveloppe.

On se perd en conjectures sur les raisons de cette carence. Peut-être les diligents fonctionnaires assignés au remplissage des missives furent saisis de spasmes digestifs au contact de la feuille de l’Innommable ? À moins qu’il ne s’agisse d’un subtil clin d’œil indiquant, si besoin était, la frontière entre les candidats fréquentables et les autres ? Ou peut-être l’imprimeur officiel a-t-il littéralement appliqué la Préférence Nationale à la distribution de matériel électoral, classant les électeurs de l’étranger comme Français de seconde zone…

Quoi qu’il en soit, il manque une pièce maîtresse à ma collection. C’est fâcheux. Croyez bien que je n’avais pas plus l’intention d’épargner le national-opportunisme du père que le national-socialisme de la fille.

Y’en a pas un autre qui manque ? – Nulle trace de François Bayrou non plus. Le candidat de l’Extrême-Centre avait pourtant fait un excellent score en 2007, mais là encore, par un inexplicable mystère, aucune trace de programme dans l’enveloppe de l’ambassade. Difficile de ressortir les hypothèses justifiant l’absence de l’extrême-droite envers un candidat aussi consensuel: moins choquant que François Bayrou, tu meurs. C’est sans doute pour cela qu’il gagnerait contre n’importe qui au second tour, auquel il ne parviendra jamais.

Et j’oubliais encore : Marie-George Buffet, Gauche populaire et antilibérale, soutenue par le Parti communiste; Arlette Laguiller, Lutte ouvrière ; Gérard Schivardi, Comité national pour la reconquête des services publics, soutenu par le Parti des travailleurs…

Que de belles feuilles manquent à l’appel !

——

Je n’ai pas encore reçu les documents officiels de campagne pour l’élection présidentielle de cette année. J’espère qu’ils me parviendront sans faute, histoire de vous les ressortir en 2017. Le décalage entre les promesses et la réalité promet d’être encore plus amusant dans cinq ans. Pour le reste, les couleurs et les personnes changent mais les programmes restent les mêmes : fiscalité, protectionnisme, omniprésence de l’État, promesses irresponsables et sans lendemain, absence de toute remise en question du modèle socio-démocrate en faillite, et aucune interrogation sur la genèse de ces fameuses richesses que chacun veut tant distribuer à droite et à gauche.

Pauvre France.

—-
Sur le web.

Laisser un commentaire

  1. Ce qui est intéressant, c’est que les programmes 2007 de Le Pen, Villiers, Sarkozy ou Bayrou étaient bien plus libéraux que ceux de 2012 (et que ceux des successeurs des deux premiers nommés, i.e. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan)…

  2. La seule et unique excuse que je trouve au président sortant (un facho qui n’a fait qu’augmenter les impôts et fait voter des lois liberticides) c’est d’avoir dû diriger 64 millions de français. Vous vous voyez, vous, manager une entreprise avec des employés comme ça ?!
    Moi pas et pourtant, j’en ai managé des gens !
    D’un autre coté, malgré la difficulté, ils veulent tous y aller ! Comme quoi, ça doit quand même pas être si inintéressant….