Trois mythes sur le capitalisme

Publié Par Yann Henry, le dans Non classé

Être en faveur des entreprises est-ce la même chose qu’être en faveur du capitalisme ? Le capitalisme génère-t-il une distribution injuste des revenus ? Le capitalisme est-il responsable de la crise financière récente ? Le professeur Jeffrey Miron de l’Université de Harvard répond à ces questions, en décrivant les trois mythes les plus communs sur le capitalisme.

Présentation de la vidéo par Yann Henry.

Le professeur Jeffrey Miron de l’Université de Harvard réfute trois idées reçues sur le capitalisme.

1. Être en faveur des entreprises est la même chose qu’être en faveur du capitalisme.
Dans un système capitaliste, les entreprises se font librement concurrence. Elles ne peuvent bénéficier d’aucune protection de l’État, ce dont profitent les consommateurs.

2. Le capitalisme génère une distribution injuste des revenus.
Le capitalisme récompense ceux qui sont productifs par leur travail, leur ingéniosité ou leur talent.
Une redistribution vers ceux qui n’ont pas ces facultés peut s’opérer, mais ne doit pas interférer dans le système capitaliste, par une fixation des prix ou de la sur-réglementation par exemple.

3. Le capitalisme est responsable de la crise financière récente et de la récession.
Le risque était largement subventionné par l’État, ce qui a entraîné un sur-investissement dans l’immobilier. Dès que l’État sauve ceux qui ont pris des risques excessifs, il encourage les gens à en prendre davantage dans le futur.

Une vidéo de l’Institute for Humane Studies traduite par l’Institut Coppet.


Source : Institut Coppet TV

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  1. Ce n’est pas vraiment crédible, aucun des trois points. Le plus important est le premier: la liberté ce n’est pas d’avoir le droit d’empêcher la liberté des autres. Ainsi ce n’est pas parce que l’état ne se mêle pas de la concurrence entre les entreprises que les entreprises ne faussent pas elles-même les règles du jeu: le capitalisme n’est pas le libéralisme. Disons-le clairement: aujourd’hui les acteurs qui œuvre de manière la plus efficace contre le libéralisme ce sont les entreprises elles-même (et c’est en totale cohérence avec leur structuration, y a pas de souci, la morale est hors-jeu dans cette histoire: c’est comme ça).

    Par rapport au deuxième point, soit c’est très naïf, soit c’est de la mauvaise foi. On peut expliquer les choses sans faire, encore, de référence à la morale. Ici il faudrait sans doute éviter de faire le lien avec la notion de justice, à moins d’accepter le fait qu’elle soit négociée avec l’ensemble de la société (que celle-ci soit structurée en État-Nation ou non). De plus on ne peut pas parler de capitalisme dès qu’il y a rémunération du travail, mais plutôt dans le rapport au capital (si je mets un capital au service d’une production je suis utile, mais je ne m’inscris ni dans le travail, l’ingéniosité ou le talent). De même l’idée de « sur-réglementation » est totalement subjective, il s’agit le plus souvent d’une rhétorique de la part des dirigeants d’entreprises pour qui une règlementation en leur faveur est légitime et ne l’est pas quand elle dessert leurs intérêts. Mais encore une fois un vrai libéralisme se retrouverait en de nombreux points en concurrence avec le capitalisme.

    L’état est garant de la continuité du système économique. D’une part la financiarisation et la prise de risques des banques ne s’expliquent pas par le filet de sécurité de l’état (c’est plutôt une profonde dynamique du développement industriel, qui n’a à voir avec aucun gouvernement: notons qu’ils sont absolument tous touchés, Allemagne, Japon, Angleterre, USA, France…), d’autre part si on avait laissé certaines entreprises s’écrouler la population n’aurait sans doute pas laissé le système intact. Au niveau économique il y a un certain nombre d’innovations performantes qui sont empêchées par de grandes entreprises qui ont acquis une masse critique et qui ne sont plus capables de faire fructifier leur capital que par leur capacité de nuisance. La survivance de l’organisation mafieuse à travers les siècles, pourtant inefficace, démontre les limites de l’idée d’une concurrence pure, d’une liberté entraînant la liberté.
    La modélisation d’un certain nombre d’économistes est incomplète en considérant que certaines règles sont universelles, d’autres complètement statiques, sous prétexte que la construction historique ait eu lieu sur plusieurs siècles. Ce serait simple et pratique. Je comprends aussi qu’on puisse ne pas vouloir être transparent sur ce genre de choses, mais c’est sans doute une erreur. Enfin, on verra bien.

    De manière générale la morale kantienne est hors-jeu, nous sommes à une époque où nous avons redéfini en profondeur les fondements de la morale, reste à expliciter des références et en déduire une nouvelle éthique. Il s’agit, comme toujours, de chercher de la performance à un moment donné (ça ne sert à rien d’être performant de manière moyenâgeuse au 21è siècle comme certains parlant de territorialisation de l’économie le souhaitent). Finalement on pourrait en déduire que le capitalisme n’est pas non plus immuable.

    1. Tout est question de définition du capitalisme. Oui, le capitalisme d’Etat est incompatible avec le libéralisme (et il est très largement dénoncé). Mais pas le capitalisme au sens de l’article.

      1. Vous ne répondez pas aux autres remarques soulevées très justement par ropib.
        Entre autres sur le fait que les entreprises peuvent fausser elles-mêmes les règles du jeu, ou sur le fait que le capitalisme ne récompense pas seulement ceux qui ont talent/ingéniosité etc.

        1. (déterrage assumé) : Les entreprises qui faussent elles-mêmes les règles du jeu le font à l’aide de l’État, c’est-à-dire, comme l’a affirmé précédemment Yann Henry, du capitalisme d’État (ou de connivence).

          Le « vrai » capitalisme (i.e. libéral) récompense en fonction de la satisfaction des consommateurs. Plus le nombre d’individus satisfaits est grand et plus l’utilité du bien/service échangé est importante, alors plus les dits-individus sont prêts à payer cher (selon la loi de l’offre et la demande). Ainsi, les entrepreneurs sont encouragés à rendre des services rares et utiles. La notion d’utilité marginale (grosso modo, la valeur d’un produit baisse avec le temps) les pousse à innover, pour sans cesse améliorer les conditions de vie de la société.

          Les patrons ont parfois de gros salaires, parce qu’ils rendent un service rare aux actionnaires (les propriétaires de l’entreprise, faut-il le rappeler), qui recherchent quelqu’un ayant une formation, un expérience suffisante pour gérer au mieux les décisions d’une entreprise (investissements, innovations etc.).

          Les spéculateurs talentueux font de gros bénéfices car ils prennent de gros risques. Ils permettent de soulager les producteurs de la fluctuation des prix, et rendent le marché plus réaliste, plus réactif.

          Les monopoles, les subventions, les législations et régulations néfastes à la concurrence, n’existent qu’à travers l’État, via des réglementations liberticides (propriété intellectuelle, etc.).

          Quant à la « redéfinition de la morale », à la « nouvelle éthique » dont vous parlez, quoi que vous puissiez penser, la morale est invariable. Elle peut parfois sembler très conservatrice (par définition) sur certains points, à certaines personnes ; il n’empêche que la morale reste ce qu’elle est. Certains points sont évidents, d’autres moins. Mais c’est ainsi.

    2. « nous sommes à une époque où nous avons redéfini en profondeur les fondements de la morale, reste à expliciter des références et en déduire une nouvelle éthique. »

      Non, sérieusement ? Croyez-vous ce que vous affirmez aussi péremptoirement, que la nature humaine a été réinventée grâce au génie de quelques surhommes ? Si c’est le cas, vous vous exposez à des désillusions cruelles.

      1. La morale se construit à peu près comme le dit Schopenhauer. Ce qu’il lui manque, je crois, c’est sa mise en perspective avec les contingences matérielles et de leurs moyens de gestion, individuels ou collectifs. Nos moyens individuels sont assez limités et dominés par la génétique dont la dynamique se comprend dans des échelles de temps assez grandes, ce qui n’est pas le cas des moyens de gestion collectifs qui s’inscrivent dans un processus historique (nous vivons la fin de la Fin de l’Histoire, même Fukuyama est revenu dessus).
        Donc oui, à partir du moment où nous avons des moyens de gestion des contingences matérielles qui évoluent, les références morales évoluent avec. Au niveau de l’Histoire nous avons des grands moments de réforme qui ne sont pas accidentels, ils se comprennent dans un contexte, parfois économique, parfois technique. Très concrètement la « libération sexuelle » de l’époque moderne, par exemple, a lieu conjointement à l’augmentation des revenus qui permettent à un individu de prendre en charge seul l’éducation d’un enfant, l’apparition de moyens techniques pour gérer le quotidien du foyer (machine à laver notamment) et des moyens de contraception efficaces.
        J’entendais dernièrement un politique parler des Lumières… c’est très bien les Lumières mais, s’il ne faut pas faire table rase, c’est quand même le 18è siècle. Nous avons eu la chance d’avoir de grands penseurs en France pendant le 20è siècle (qui assument être de modestes héritiers de ceux des siècles passés), hélas leur approche a été repoussée dans notre pays pour des raisons idéologiques, mais pas dans les autres pays. Ainsi ce travail de redéfinition de l’éthique est en cours, en particulier aux US, qui en plus sont plus enclins au pragmatisme donc plus à même de le faire. Après… nous pouvons continuer à refuser de regarder la réalité en face, ça n’a aucune importance: les choses se font quand même, sans aucune intervention du moindre surhomme justement.

        1. La morale nous dépasse et s’est imposée à toute l’humanité, avant ou après les Lumières. Ceux qui agissent en dehors de la morale peuvent avoir l’illusion momentanée qu’ils peuvent vivre en dehors de la morale mais, au final, ils s’autodétruisent et menacent autrui, car prétendre redéfinir la morale est en soi un acte immoral. Les institutions humaines immorales échouent systématiquement et conduisent à la crise, à la guerre, à la catastrophe. C’est même à ça qu’on reconnaît leur caractère immoral, pour ceux qui pouvait en douter.

          1. Les tenants d’une morale statique sont toujours prêts à faire la guerre sous prétexte d’une réalité qui ne la respecterait pas, après ils cherchent des ennemis, et les trouvent le plus souvent. Rermarquons que ça n’a aucune importance sur les faits (sur ceux qui meurent en revanche…), que les guerres n’ont jamais débouché sur quoique ce soit d’autre que des bouleversements sociologiques ou au minimum politiques profonds.
            Encore une fois il y a des grandes lignes (du type « tu ne tueras point ») qui sont basées sur notre incomplétude individuelle, physique, génétique, et qui, jusqu’à preuve du contraire, ne peuvent pas être contrebalancer par une organisation collective. Pour le reste il ne s’agit pas de prétention: nous redéfinissons les références morales de manière globalement involontaire, il ne s’agit pas de holisme évidemment, juste d’une dynamique connue depuis toujours et qu’on appelle l’Histoire. Kant n’avait sans doute pas les moyens pour accéder à un ensemble de données suffisantes pour constater que la morale n’avait rien de statique ni d’universel, il est de son époque. Enfin franchement, je ne suis pas celui qui vais démontrer tout ça, ceux qui ont essayé de démontrer le contraire dans les années 90 le font bien mieux que moi, en ce moment, tout en mangeant leur chapeau ; et sinon il y a les autres, dont la clairvoyance a été continue (mais il faut lire les penseurs français, vraiment, sans qu’il y ait de « vérité » c’est toujours intéressant, au moins au niveau de la méthode). Bref, je ne serai pas suffisamment talentueux pour convaincre, et surtout je ne suis pas certain que ça change quoique ce soit. Ce sont les moyens de gestion des contingences métérielles qui redéfinissent la morale, nous devons en déduire une éthique (ou prendre le parti de la violence… pas grave).