Jean-Paul Sartre, de la liberté individuelle à la libération par le collectivisme

Publié Par Aleps, le dans Philosophie

Pour retrouver la liberté individuelle, il faut repartir d’un collectif. Ce sera le grand message de mai 68 de Jean-Paul Sartre. Ce n’est que par le groupe, par le rassemblement des révolutionnaires que l’on peut marcher vers la liberté.

Un article de l’aleps.

Il est certain que la popularité de Jean-Paul Sartre (1905-1980) est davantage liée à son engagement politique qu’à l’originalité de sa philosophie, même s’il a été salué, à tort, comme « le père de l’existentialisme ». Sartre doit d’ailleurs faire souvent le grand écart entre ses positions politiques et sa philosophie.

Ce n’est pas surprenant, compte tenu de la « souplesse » de ses engagements. Sous l’occupation, Sartre est censé faire de la résistance, mais il multiplie les pièces de théâtre très appréciées des officiers allemands et des officiels pétainistes. On le voit encore se déclarer ennemi de l’URSS, puis ami des communistes jusqu’à vanter la liberté d’expression en Union soviétique, puis enfin accueillir des dissidents russes au nom de la liberté.

Visiblement, pour lui l’important est d’être à la tête du mouvement des idées, d’être la référence, le « maître ». Il est donc de toutes les manifestations, de toutes les pétitions. A-t-il un tel sens du devoir de l’intellectuel (ce qu’il prétend) ou soigne-t-il sa gloire personnelle ?

Saint Germain des Prés

Sa gloire est au plus haut dans les années 1950. Sartre s’est bien sûr illustré par ses positions contre la guerre de Corée, la guerre d’Indochine, puis la guerre d’Algérie, contre la torture, contre le capitalisme, contre les Américains, mais aussi contre le gaullisme. À l’occasion de l’affaire Henri Martin, un ouvrier de l’Arsenal de Toulon communiste faisant de la propagande anti-militariste, poursuivi et condamné, Sartre se rapproche du Parti. Mais c’est surtout à Saint Germain des Prés qu’il doit sa célébrité. Dans les années 1950, au sortir de la guerre et des restrictions, la mode exige de se libérer, d’écouter du jazz, d’assister à des pièces d’avant-garde.

La mode draine donc vers Sartre tout ce que Paris compte de « libérés » de toutes sortes : l’essentiel, dit le maître, n’est-il pas d’exister ? N’est-il pas le philosophe de la liberté individuelle sans borne ?

Existentialisme et liberté

La philosophie de Sartre s’inspire dans un premier temps de la phénoménologie de Husserl : l’homme est évolution, dans son existence l’homme se transforme. Sartre emprunte aussi à Heidegger (certains disent à Nietzsche) l’idée de l’élan vital qui pousse l’homme à devenir lui-même. Comme Nietzsche, Sartre affirme que Dieu est mort, et par conséquent l’homme ne répond à aucun appel, à aucune détermination métaphysique. L’homme est entièrement libre, il est lui-même, et rien de plus. Mais cet individualisme anarchiste ne se réalise que dans un contexte où l’homme peut être lui-même. Or l’homme est aliéné dans des régimes comme le capitalisme, il ne peut plus y être réellement libre.

D’autre part, la liberté individuelle a aussi une dimension sur la liberté des autres. « L’enfer c’est les autres » : limitation de ma liberté par la prise en compte du moi social.

Les disciples de Sartre vont donner à sa philosophie une traduction toute simple : je suis libre de faire n’importe quoi à condition que je fasse la révolution contre la société d’aliénation mise en place par le capitalisme. Pour être libre, il faut être révolutionnaire.

La libération par le collectivisme

La révolution ne se fait pas tout seul. Pour retrouver la liberté individuelle, il faut repartir d’un collectif. Ce sera le grand message de mai 68. Ce n’est que par le groupe, par le rassemblement des révolutionnaires que l’on peut marcher vers la liberté. Sartre est aux côtés des étudiants de la Sorbonne, de Daniel Cohn-Bendit. « Il est interdit d’interdire » : ce slogan est bien celui de l’anarchiste, mais l’individualisme a disparu, parce que l’homme a le devoir de s’engager (comme il l’a fait lui-même) pour libérer l’humanité : « L’existentialisme est un humanisme ».

Sartre a ainsi multiplié les contradictions, mais ses disciples ont certainement compris ce que Sartre voulait dire : le maître ne pouvait se tromper. Mais il aimait bien tromper les autres.

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