L’herbe est plus verte ailleurs

Publié Par h16, le dans Édito

Vous êtes salarié, vous vivez en France et vous avez des démarches administratives à faire ? Dommage, l’administration se met en quatre contre vous ! Et si vous croyez que c’est partout pareil, eh bien détrompez-vous : l’herbe est bien plus verte ailleurs.

Oui, je sais, cette introduction est honteusement caricaturale et provocante. La réalité, clamée haut et fort par l’administration elle-même dans des sites au design léché payé rubis sur l’ongle, c’est que les services publics sont irréprochables, aux petits oignons pour leurs administrés, et mélangent souplesse et convivialité dans l’accueil et l’information.

Il n’empêche qu’avec l’avènement d’internet, on a parfois quelques surprises. Ici, je ne veux pas dire que grâce au réseau des réseaux, l’administration française a su dépasser le Minitel et proposer à ses usagers de nouveaux modes d’accès, de nouveaux services et de nouvelles voies pour leur rendre la vie plus facile.

Non.

Je veux dire que grâce à internet, on peut facilement comparer certaines données de base des administrations françaises avec d’autres administrations de pays comparables. J’insiste sur « comparable » parce qu’il y a toujours un troll baveux ou un abruti à lunettes opaques pour m’écrire, dans un commentaire rageur à l’orthographe alternative que « si les adminstrations frnaçaises sont pas bien et bien j’ayka allé voir en somalie grokon » et autres fines analyses sur le même mode.

Par comparable, j’entends donc des pays modernes, qui ont des moyens financiers et technologiques de proposer quelque chose en terme d’administration, et qui pourraient accueillir le Français de base (avec ou sans son orthographe créative) sans qu’il soit complètement dépaysé. Dans les rangs de ces pays, on trouve des pays européens, ou le Canada par exemple.

C’est pratique, ils sont francophones. Et lorsqu’on se rend, par exemple, sur l’administration en charge de l’assurance sociale (ici, parentale), on y découvre leurs horaires. Gasp. Il est écrit qu’ils sont joignables par téléphone

du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h;
le samedi et le dimanche, de 9 h à 16 h.

C’est honteux ! Même le dimanche ! Sûrement, cela est une exception lié à l’égarement d’une certaine catégorie de personnel et l’exploitation éhontée par le grand capital apatride néolibéral qui … enfin … bref, ce ne peut être quelque chose de courant. J’en veux pour preuve les horaires normaux de nos belles administrations, par exemple la Préfecture d’Antony, dont j’ai déjà parlé ici.

Eh bien on apprend, toujours grâce à internet, qu’elle est ouverte pour les gens normaux (c’est-à-dire les bons Français qui n’ont pas un visa à faire renouveler) de 8:45 à 16:00 du lundi au vendredi, et puis c’est tout et que si vous devez faire la queue dès 23:00 la veille pour obtenir vos papiers, c’est normal. Pousser les horaires dans leurs derniers retranchements, de 8:30 à 18:30, par exemple (une horreur absolue, quand on y pense) serait impensable devant l’afflux constaté de personnes désirant se la jouer légal. Impensable. Oubliez.

Oubliez aussi les préfectures qui ferment à 12:45 le vendredi (celle de Rennes par exemple). La semaine est bien remplie, le vendredi se doit de terminer plus tôt, hein. C’est comme l’adaptation des horaires des Pôles Emploi, qui ferment à 16:30 en semaine, sauf le jeudi (où à Midi, C’est Fini), comme par exemple celui de Nancy. Eh oui : le jeudi après-midi, les chômeurs n’ont pas besoin de conseils, de suivi, d’aide ou de services correspondant aux montants qui leur ont été prélevés dans leurs cotisations.

Je passe sur les horaires de La Poste, qui permettent aux personnes âgées de prendre des bains de foule le samedi matin (le reste de la semaine étant réservé aux personnes sans emploi et autres étudiants à l’emploi du temps lacunaire).

De la même sorte, on pourra s’étonner que les impôts locaux, fonciers, les montants que l’Etat distribue généreusement ou pas aux collectivités territoriales diverses, ne permettent pas le moindre aménagement des horaires des mairies qui sont généralement ouvertes dans des plages horaires inférieures aux heures de bureau standard (rien entre midi et deux, ça ouvre après 8:30, et ça ferme avant 17:00). Vous devez passer à la mairie ? Posez une demi-journée, mentez à votre patron, arrivez en retard, démerdez-vous. De toute façon, c’est vous qui payez. Deux fois.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

Décidément, les administrations françaises, les ex-monopoles publics, les services sociaux, question contact avec le client l’usagé l’usager, ce n’est vraiment pas Disneyland (ouvert de 10:00 à 20:00 tous les p£*$£#! de jours). Chaque administration, dans chaque ville, impose les horaires qu’elle veut, de façon unilatérale. Ce n’est quasiment jamais ouvert avant 8H ou après 17h. Parfois, en plein milieu de la semaine, un après-midi est fermé. Parce que.

On m’objectera que dans d’autres pays, les horaires des administrations ne sont guère différents. C’est parfois vrai (encore qu’on a la surprise de voir des offices ouverts jusqu’à 20H). Mais ce qui est assez typique, ce sont les temps d’attente aux guichets, la qualité des dispositifs alternatifs (téléphone, mail, internet) disponibles pour éviter d’aller sur place, et l’accueil général de celui qui paye.

Tout comme j’en faisais mention dans un précédent billet pour la création d’entreprise, il y a, là encore, un état d’esprit Administration Française qui la place immanquablement au-dessus, très très au-dessus des considérations de ses administrés. Elle condescend à lui accorder un peu de son temps, du lundi au jeudi de 8:30 à 12:00 et de 14:00 à 17:00 (et le vendredi matin), et qu’il s’estime heureux.

Elle condescend à lui tamponner ses papiers après 11h de queue épuisante. Elle condescend à répondre à ses questions, et encore, pas toutes et de façon cryptique ; tenez, par exemple, lisez cette jolie procédure pour une déclaration d’activité ; l’administré y est considéré, en filigrane, comme une nuisance pénible, auquel il faut rappeler, en rouge, les amendes et peines de prison encourues si cet abruti ne fait pas ce qu’il faut comme il faut. Vouloir entreprendre une activité est déjà, en soi, quelque chose de louche. Demander son aide à l’administration est une véritable déclaration de guerre qui sera donc interprétée comme il se doit, avec mépris. Du reste, même si le listing des pièces à fournir est clair, il est soumis d’emblée à tout l’aléa nécessaire à instiller la peur et la confusion dans l’esprit impressionnable de ce cloporte contribuable qui aurait mieux fait de faire autre chose ce matin puisque, comme il est écrit :

LORS DE L’INSTRUCTION DE CETTE DÉCLARATION, L’ADMINISTRATION SE RÉSERVE LE DROIT DE DEMANDER D’AUTRES PIÈCES QUE CELLES RÉPERTORIÉES CI‐DESSUS, PERMETTANT D’APPRÉCIER LA RÉALITÉ ET LA LÉGALITÉ DE L’ACTIVITÉ DE FORMATION.

Ben oui ; si vous faites cette démarche, c’est que votre esprit vil et fourbe cache en réalité une envie farouche de dealer de la drogue, de détourner de l’argent de l’état, d’enfler les impôts et de pourrir la vie de fonctionnaires gentiment assoupis. Seul le pouce vengeur et rapide de l’administration pourra vous écraser, ce qu’il tentera de faire dès le formulaire.

Horaires pourris, formulaires consternants, services lamentables, accueil disgracieux, files d’attentes, renseignements flous, listes de pièces justificatives variables, arbitraires et infamantes, mépris du contribuable, … Tout ceci concourt donc à ce que celui qui n’est ni un mouton, ni un naïf, finisse par vouloir quitter le pays, enfer de bisous républicains distribués avec un fouet et des Cerfas en triplicata.

Pour cela, il prendra par exemple l’avion, ce qui lui permettra de goûter aux joies de Roissy, l’Aéropot Le Plus Pourri Du Monde, pour rejoindre, comme des milliers d’autres Européens qui fuient la crise, des pays un peu moins égalitaires, un peu moins bisous, un peu moins administrés, mais diablement plus verts.
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  1. Il suffirait d’une simple réforme pour changer l’avenir du pays : requalifier tous les contrats de travail français pour que le salaire versé par l’employeur soit le salaire complet, net + charges salariales et patronales. Charge alors aux salariés de verser à chaque organisme « social » le montant correct des cotisations. Et attention ! si vous avez UN jour de retard, vous serez menacé de saisie mobilière. Et à la fin de l’année, juste après vos achats de noël, une caisse ubuesque pour le droit à la formation des sportif handicapés va vous réclamer 3% de votre salaire annuel, dîme « solidarité ».
    Mais enfin, en lisant ce texte, je me pose une question. h16, vous avez baissé les bras et êtes un émigré ? ou avez-vous encore la foi ?