Le chateau de carte du crédit à la consommation

Publié Par David Descôteaux, le dans Non classé

Certains affirment que l’endettement des ménages, ce n’est pas bien grave. Puisque la valeur de leurs actifs, notamment leur maison, augmente aussi. Une baisse notable du prix des maisons, et regardez bien le château de cartes s’écrouler…

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Vous vous demandez d’où vient ce bateau dans l’entrée de votre voisin ? Ou pourquoi votre beau-frère peut se payer deux voyages dans le sud cette année ? Une étude publiée la semaine dernière pourrait vous fournir la réponse.

On entend souvent dire que la dette personnelle des Canadiens a doublé en 10 ans. Elle dépasse aujourd’hui 153% du revenu disponible. Mais ce qu’on ignorait (enfin, sans chiffres à l’appui), c’est que nos concitoyens pigent de plus en plus dans leurs lignes de crédit personnelles garanties — comme les marges de crédit hypothécaires — pour dépenser.

La portion de ces prêts dans le crédit à la consommation est passée de 11% en 1995, à près de 50% aujourd’hui, selon un rapport de la Banque du Canada. Est-ce simplement parce que les gens y transfèrent leur solde de carte de crédit pour profiter de meilleurs taux ? Non. La majorité de ces dettes s’ajoutent au total.

Pas grave, l’endettement ?

Certains affirment que l’endettement des ménages, ce n’est pas bien grave. Puisque la valeur de leurs actifs (notamment leur maison) augmente aussi. J’ai toujours trouvé cet argument faible. D’abord, même si on possède des actifs pour couvrir nos dettes — comme une maison ou des placements —, notre situation demeure risquée. Parce que la bourse ou l’immobilier, ça peut chuter. Votre montagne de dette, elle, va rester.

Mais ce que cette étude ajoute, c’est qu’au lieu de payer leur hypothèque et obtenir, sur papier, une plus-value, de plus en plus de Canadiens utilisent la hausse de valeur de leur maison pour voyager, acheter des meubles ou rénover leurs maisons à crédit. Résultat : le ratio de dettes par rapport à l’équité immobilière augmente, même si le prix des maisons continue de monter.

Conséquence : chaque jour, des milliers de Canadiens se rendent de plus en plus vulnérables à une baisse du prix de leur maison, une récession, une période de chômage prolongée ou une flambée des taux d’intérêt. « Une chute des prix des maisons abaisse la valeur des garanties des ménages ; ceux-ci voient leur bilan se dégrader, ce qui réduit les montants qu’ils peuvent emprunter pour financer leur consommation courante et investir dans leur logement », souligne l’étude. Et si les Canadiens se trouvent incapables de rembourser leurs dettes bancaires, c’est le système financier qui pourrait dérailler… comme aux États-Unis.

Des effets pervers

Ce qui se passe en ce moment montre les effets pervers de la politique monétaire actuelle. Non seulement les taux d’intérêt au plancher mettent en péril les régimes de retraite, mais ils découragent l’épargne, et incitent les consommateurs à s’endetter. Une bulle immobilière se forme qui, à son tour, accentue l’endettement en permettant aux propriétaires d’emprunter sur la valeur excédentaire de leur maison.

Une baisse notable du prix des maisons, et regardez bien le château de cartes s’écrouler…

Ironiquement, la politique monétaire est la responsabilité de… la Banque du Canada. On a voulu protéger le Canada de la crise en poussant les citoyens à dépenser. Du coup, on a semé les graines d’une débâcle encore pire.

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