Yves Guyot, La morale de la concurrence

Publié Par Aurelien Biteau, le dans Lecture

Dans ce court texte publié en 1896, de portée philosophique, Yves Guyot cherche à prouver que la concurrence est devenue le grand ressort moral des civilisations modernes. Avec l’économie de marché, les hommes sont poussés à agir selon des préceptes que l’on reconnaîtra comme moraux.


Par Aurélien Biteau
Publié en collaboration avec l’Institut Coppet

Journaliste, Yves Guyot signait souvent ses chroniques : « Un vieux petit employé ».

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(merci à l’Institut Coppet pour la diffusion de cet ouvrage)

 

Yves Guyot (1843-1928), économiste et homme politique, fait partie des grandes figures du libéralisme français du XIXe siècle. Si ses textes économiques sont bien moins prestigieux que les œuvres de Say, de Bastiat ou encore de Molinari, sa participation active dans la vie politique de la France sous la IIIe République (il fut plusieurs fois ministre) et ses commentaires pertinents sur l’expansion du socialisme et sa triste comédie à travers le syndicalisme et la SFIO (La Comédie socialiste, 1897 ; Sophismes socialistes, 1908) en font un écrivain incontournable du libéralisme à la française.

Son plus grand apport pour nous, hommes contemporains, est de donner une vision tout à fait inconnue des Français, de la réalité historique du capitalisme en France au XIXe siècle, si loin des caricatures socialistes, et de présenter une image bien moins idyllique du socialisme et de ses figures, telles Jean Jaurès, que celle qui a pu triompher et s’ériger en mythe, et qui a encore cours aujourd’hui.

Mais avec La Morale de la concurrence (1896), c’est à tout autre chose que s’essaye Yves Guyot. Publié en 1896, ce court texte, davantage philosophique, cherche à prouver que la concurrence est devenue le grand ressort moral des civilisations modernes.

Yves Guyot part du constat que nulle religion et nulle œuvre philosophique n’ont pu permettre d’adoucir le comportement des hommes et de les obliger à agir moralement. Les religions et les philosophes ont pu donner à l’humanité des principes moraux, mais ceci ne s’est jamais avéré suffisant. Les récompenses et les punitions promises par les religions se trouvant au-delà de la mort et les philosophes ne garantissant ni les unes ni les autres, les hommes n’ont pu saisir l’intérêt de l’action morale et s’y adonner.

Tout change avec l’avènement des civilisations modernes, fondées sur l’économie de marché et la libre concurrence. En effet, par les avantages et les sanctions immédiates qu’elles offrent, les hommes sont poussés à agir selon des préceptes que l’on reconnaîtra comme moraux.

La concurrence contraint les individus à servir autrui afin de réaliser leurs propres intérêts. Pensez à votre boulanger par exemple : pour gagner sa vie et satisfaire ses intérêts, il n’a d’autres choix que de produire le meilleur pain qui puisse satisfaire. S’il échoue, ses clients se détourneront de lui et iront dans une autre boulangerie. Toutes les industries du capitalisme se doivent de satisfaire le principe d’altruisme : il faut porter attention à autrui, à ses intérêts, à ses besoins, afin de pouvoir l’attirer vers ses produits.

Souvent comparé à la guerre, la concurrence se trouve être fondée sur des principes totalement différents. Les vertus du guerrier s’acquièrent par la destruction de l’autre. Les vertus du commerçant et de l’entrepreneur s’acquièrent par la satisfaction des intérêts d’autrui et donc par son enrichissement.

La concurrence exulte la culture de leurs qualités par les individus. L’acquisition de richesses ne passe plus par la domination et la coercition, mais au contraire par l’inventivité, des qualités de gestion, le développement des connaissances, la domination du risque, l’anticipation, etc.

Mais si la concurrence est un ressort moral, ses adversaires ne peuvent que le bloquer. Et en effet, que réclament les protectionnistes si ce n’est de restreindre et de limiter les qualités de leurs concurrents au profit de leurs propres faiblesses ? Que cherchent les socialistes si ce n’est la restauration des corporations d’Ancien Régime, autre forme de protectionnisme ?

Yves Guyot nous offre ici une démonstration simple mais claire à l’encontre des idées reçues sur la concurrence et sa puissance morale.

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