Ce méchant capitalisme qui provoque la misère partout où on n’en veut pas

Publié Par h16, le dans Édito

Le forum de Davos a été ouvert mercredi dernier, par Angela Merkel elle-même, et déjà, la presse française ne peut plus s’empêcher de relayer les tourments qui agitent les grands « capitalistes » du monde : le catipalimse est en train d’échouer, un autre monde est possible, la finance va nous tuer, argh et tout ça…

Et effectivement, tant du point de vue d’une presse toute acquise à cette opinion que de la part d’une frange des participants au forum, le capitalisme tel qu’ils le conçoivent est en train de vivre une passe difficile. Ce n’est plus exactement un océan de bonheur sucré aux profits toujours grossissant sur lesquels ils naviguent, et ils en sont fort marris.

Il est amusant cependant que les vocalisations les plus fortes au sujet du capitalisme qui se meurt sont finalement toujours le fait d’une brochette de personnes qui ont systématiquement évolué dans ce que j’appelle le capitalisme de connivence.

Rares, très rares sont les patrons qui, partis de rien ou à peu près, se sont hissés à un rang suffisamment élevé pour participer à Davos et émettre bruyamment en direction de journalistes aux gros micros mous prêts à bondir que « Le Capitalisme N’A Plus Sa Place Dans Le Monde Qui Nous Entoure ». En effet, les patrons les plus discrets ont généralement dû, pour se faire une place au soleil, batailler âprement contre ces corporations acoquinées depuis des lustres avec des états aussi bouffis que complaisants et corrompus, et pour eux, la notion de capitalisme ne recouvre en rien les notions que manipulent avec tant de verve les dirigeants politiques, les leaders syndicalistes, les journalistes et … les patrons de corporations parvenus à leur poste par leur réseau et leurs manœuvres.

Ainsi donc, le capitalisme n’aurait plus sa place ? Le capitalisme, finalement, ça ne marche pas ?

Pourtant, certains l’ont essayé, s’y sont frottés, et en ont trouvé suffisamment de bénéfice pour l’adopter !

Prenons l’exemple de l’Inde.

Techniquement, c’est un pays dont la constitution spécifie qu’il est socialiste. Et depuis son indépendance jusqu’en 1991, le socialisme y fut bel et bien utilisé pour dicter les politiques économiques sur place. Comme le capitalisme, c’est mal (et n’a pas sa place dans le monde qui nous entoure, selon les frétillants participants de Davos), il n’a pas été tenté dans le sous-continent qui a rapidement abrité plus d’un milliard d’humains.

C’est donc une économie dirigiste, étatique, et une politique de grands travaux cadencée par des plans quinquennaux que ne renierait pas la France d’aujourd’hui (et une Union Soviétique depuis longtemps disparue), que l’Inde a choisis depuis 1947 jusqu’en 1991, période rythmée par des famines (notamment en 1966, 1972, 1980) et une croissance modeste (autour de 3%, avec une population en croissance de plus de 2.5%) – l’expression spécifique de « croissance à l’Indienne » vient d’ailleurs de cette période.

Mais en 1991, suite à une petite crise de rien du tout (où l’Inde fut sur le point de faire défaut de sa dette – aucune similitude avec la situation européenne, hein), l’Inde a choisi de libéraliser assez notoirement son économie.

Ouvrant la voie au capitalisme le plus méchant, celui qui lance des brouettes de renards libres dans des poulaillers libres, les réformes supprimèrent un paquet de monopoles publics, baissèrent les taxes douanières et les taux d’intérêts, et autorisèrent l’investissement étranger dans beaucoup de secteurs. Le train de libéralisation a continué depuis lors, avec une réduction très sensible du contrôle de l’Etat dans l’économie, la finance et dans la vie des Indiens en général.

Après une telle catastrophe turbo-néo-libérale barbouillée de capitalisme cynique, l’Inde a observé une croissance très forte (7% en moyenne entre 2000 et 2009), une forte augmentation de l’espérance de vie, une amélioration notoire de la scolarisation et du niveau de vie général, la part d’Indiens vivant dans un état de pauvreté « aiguë » tombant de 26,1% en 1999 à 21,8% en 2004, sur une population totale de 1,1 milliard de personnes (soit plus d’une quarantaine de millions de personnes qui s’extraient de la plus grande misère, ce qui n’est pas mince). En 1991, le PIB s’établissait à 1186$ (ajusté en pouvoir d’achat) par habitant. En 2010, il atteignait 2972$ (soit plus de 150% d’augmentation).

Socialisme, capitalisme ...

Bref, l’horreur absolue.

On pourra lire d’ailleurs avec profit les articles Wikipedia consacrés à la question (notamment celui-là).

En définitive, d’un côté, les Capitalistes de connivence chouinent un peu à Davos en pleurant sur leurs difficultés, et refusent de voir à quel point l’État s’est imposé dans la vie de tous les Occidentaux. De l’autre et dans le même temps, l’Inde essaye le capitalisme, précisément en retirant l’État de tous les secteurs où il avait fourré son groin baveux, et trouve ça très chouette.

La conclusion qui s’impose est évidemment qu’il faut que l’État régule tout ça, c’est évident !

Impression largement renforcée lorsqu’on tombe sur un récent article de The Economist et qui fournit l’intéressant graphique suivant :

Real GDP change per person 2007-2012

Comme on peut le constater, s’il y a bien un problème de modèle, ce n’est probablement pas celui du capitalisme qui est en cause ici (la Chine n’a pas observé ce genre de performance lorsqu’elle s’en tenait aussi loin que possible sous le joug maoïste, hein). En revanche semblent moins bien s’en sortir les pays qui dorlotent leur population en les chouchoutant dans une sociale-démocrassie cotonneuse et payée à crédit sur les générations futures.

La conclusion qui s’impose est évidemment là encore qu’il faut que l’État en remette une couche, vite !
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Sur le web

  1. Je ferais juste remarquer puisque vous avez fait appel à The Economist, que l’on peut aussi évoquer leur dernier rapport qui analyse en quoi le « state capitalism » est un facteur de dynamisme et de progrès dans les pays émergents aujourd’hui même si on y retrouve les problèmes habituel des entreprises publiques. Malgré tout le « special report » vaut largement la peine d’être lu et permet de se faire une meilleure idée des mutations économiques dans ces pays et ainsi de nuancer nos points de vue sur ce qu’est le capitalisme dans les pays émergents aujourd’hui.

    1. h16h16 Auteur de l’article

      Le capitalisme dans ces pays n’est certes pas détaché de l’étatisme, loin s’en faut. Mais ce qu’il y a de remarquable, et ce que tente de montrer l’article, c’est que même une libéralisation modeste de l’économie permet des retombées notables. Évidemment, c’est d’autant plus fort que l’économie en est privée.

      1. @H16: Je suis d’accord, je tenais juste à faire remarquer le système politique et économique de ces pays est loin d’être un système libéral.

  2. Toujours aussi incompétent H16, la Chine en bonne élève du libéralisme depuis quand?!! Il n’y a pas de planification chez eux peut être? Je suis d’accord avec Pascal, il y a d’autres modèle que le libéralisme pur pour réussir et là on peut citer la Chine. Bravo aussi pour Votre invention du capitalisme de connivence comme quoi al propriété intellectuelle a peu de valeur pour vous 🙂 Enfin ces photos… C’est de la propagande? Je vous prends en 5 minutes sur le web 4 photos qui montrent le contraire. franchement…

    1. @ crystalclear :
      encore une fois, un socialiste comme vous ne comprend rien : la Chine est encore très largement communiste, mais une petite pincée de capitalisme suffit à la faire décoller.

      D’ailleurs, c’est marrant, mais le socialisme a tjrs partout échoué, et comme explication, c’est qu’il n’a pas été appliqué parfaitement (comme si un système humain pouvait être parfait).

      alors que le libéralisme, même appliqué imparfaitement, cela marche toujours !!! étonnant non ? Allez révisez Aristote : A et A, principe de non contradiction entre la théorie et la réalité …

      enfin, sur le capitalisme de connivence (cad le socialisme des riches), si vous niez son existence, c’est que manifestement vous n’avez pas compris ce que c’est que le capitalisme (propriété privée, respect de la loi, concurrence maximale, économie de marché).

      Bref, il va vous falloir encore un peu réviser avant de pouvoir intellectuellement avoir le niveau de connaissances pour traiter d’incompétent H16 (que je salue au passage)

    2. « Enfin ces photos… C’est de la propagande? Je vous prends en 5 minutes sur le web 4 photos qui montrent le contraire. franchement… »

      Faites donc, nous vous en prions…

    3. Oui j’aimerai bien voir les 4 photos qui montrent le contraire aussi.

  3. De toute manière, ces salops de pauvres petits ouvriers Tinois font de plus en plus la grève et réclament même des plus grosses part de socialisme (sur les retraites, le chômage, les salaires, etc.) au point de faire râler le patron de Foxconn: « j’en ai mal au crâne de devoir gérer un million d’animaux ». C’est révoltant!

  4. En 1922, dans son livre « Socialism », l’économiste Ludwig Von Mises a prédit la chute de l’état communiste russe, et a expliqué pourquoi tout système de planification centrale doit par nécessité, non pas seulement être moins efficace que le libre-marché, mais éventuellement s’écrouler. L’école économique Autrichienne a confirmé cette analyse , mais en France nous n’avons toujours pas compris. Dans un système libre, c’est-à-dire la démocratie du libre-marché, chacun fait ses choix personnels. Certains en feront certainement meilleurs que d’autres, mais ces choix sont personnels. Nous avons tous des besoins différents. La stupidité en matière économique de nos politiques ne veut pas dire que les français sont des incompétents dans la vie quotidienne. La plupart d’entre nous se débrouillent bien dans les choix que nous faisons en tant que citoyen. C’est pourquoi un système de liberté individuelle ne peut coexister avec notre système centralisé et « énarchisé », où l’incompétence économique et aussi managériale est amplifiée des millions de fois. Il faut que la France se réveille. D’innombrables rapports, analyse, livres etc. font état de délabrement de l’économie française, mais faute de courage politique, rien ne change. En notre maladie et bien plus grave. Le pays et très fortement imprégné par la culture communistes, qui souvent prend d’autres habits, mais les idées sont toujours là avec leur conséquences néfastes.

    Comment éliminer l’inculture économique dont nous souffrons tant? En commençant par la révision des manuels économiques de l’Education National trop imprégnés par le marxisme. En effet, « méfiez-vous du marché ! Celui-ci doit être encadré, surveillé, maîtrisé !!!! » Ceci est souligné d’innombrables fois. Dans les manuels économique de MIT (dont je suis modeste diplômé) l’état français est appelé en français « état gendarme ». La France est un pays riche mais elle est, depuis plusieurs décennies, sur une mauvaise pente. Nos dirigeants refusent de l’admettre – et la plupart des Français refusent de le croire –, s’en remettant sans cesse à notre grandeur et à notre puissance. La France pourrait cependant ne plus être grande et puissante à force de vivre à crédit et de se braquer sur ses acquis; à force de refuser la science et de rater systématiquement les révolutions technologiques et les transformations géopolitiques; à force de « manger le capital »; à force de faire fuir les volontés et d’attirer les assistés; à force de perdre la boussole. C’est pourquoi, avant de réformer l’État, il faudra re-former les esprits. Il faudra dire aux Français que c’est seulement par sa créativité, seulement par son travail et par ses valeurs d’accomplissement qu’il s’est librement donné, que l’homme cherche à s’arracher de son état de nature, augmentant sans cesse son niveau de vie et la qualité de sa vie. Personne ne peut le faire à sa place. Surtout pas l’État; surtout pas le gouvernement.

    Il faut rappeler des vérités simples mais fondamentales, qui ont fait l’objet d’une véritable persécution intellectuelle. Elles furent brillamment exposées par des économistes français au XIXe siècles comme Frédéric Bastiat ou Gustave De Molinari qui furent tant diabolisés en France car on préfère écouter Marx, Keynes … et José Bové. Sur l’illusion de la troisième voie que se décline le refrain de « l’exception française ». Elle consiste à penser que l’État doit réglementer toutes les activités humaines, de l’agriculture à l’éducation, la santé, la culture, la justice, la recherche, la famille, etc., sans voir que c’est précisément la réglementation qui finit par détruire l’économie car elle appelle le constructivisme. L’économie est basée sur des choix… non sur des décrets! L’histoire du XXe siècle nous rappelle que tous les pays qui ont voulu explorer une alternative à l’économie de libre concurrence ont échoué sans aucune exception. Rappelons encore une contradiction : battu en brèche tous les jours au niveau idéologique, le capitalisme est vigoureusement courtisé au niveau pratique. Aussi bien les pays dits socialistes (Chine, Vietnam) que ceux du tiers monde font appel aux investissements, à l’aide technologique, à la capacité importatrice des pays capitalistes développés dont ils proclament, d’autre part, le système mortellement atteint. Néanmoins, la désinformation continue grâce aux mythologies politiques soigneusement entretenues au profit d’une minorité vivant à l’abri de des crises économiques. Pourtant, à entendre la rue, il existerait un trésor caché, une pierre philosophale, une baguette magique que sais-je, le Père Noël. Non, c’est l’État! Tout le monde se tourne vers l’État: les médecins, les pêcheurs, les routiers les infirmières, les intermittents du spectacle les enseignants, les étudiants, les parents! L’État doit s’occuper de ceci, c’est si important; l’État doit s’occuper de cela, c’est si crucial pour l’avenir. Mais la morale et la science économique exigent de dire exactement le contraire: si c’est si important, si c’est si crucial pour l’avenir, pour votre avenir, alors vous devez vous en occupez vous-même. Au mieux, l’État le fera plus mal que vous. Au pire, l’État ne le fera même pas! Croyez-vous vraiment que la sécurité sociale pourra me payez ma retraite dans 20 ans? Prenons un seul exemple. L’État français a monopolisé la recherche, se présentant comme « l’observateur du long terme ». « Vous comprenez, disent les hommes de l’État, les entreprises sont trop bêtes, elles ne se préoccupent que du profit immédiat ». L’État français était chargé de la prospective technologique et de la science fondamentale. Résultat: nous avons raté toutes les révolutions technologiques et nous perdons pied dans la science!

    On ne peut que constater aujourd’hui le grand décalage qui existe entre l’opinion française et la culture de l’économie de marché. Et l’état en profite, mais cela ne durera pas car la faillite remettra les pendules à l’heure. Elle arrive. Patience.

    Savez-vous qu’il existe en France (le dernier rempart contre le libéralisme) environ 2000 entreprises exonérées de taxe professionnelle, largement dispensées de l’impôt sur les sociétés, dont les actionnaires prennent de 25% à 85% de dividendes, qui ne sont pas taxées par l’impôt sur le revenu. Il s’agit de la Scop (Société Coopérative de Production) est une société commerciale qui vit et se développe dans le secteur concurrentiel avec les mêmes contraintes de gestion et de rentabilité que toute entreprise. Son originalité : les salariés sont associés majoritaires de l’entreprise dont ils détiennent au moins 51% du capital. Tous les salariés ont vocation à devenir associés dans des modalités définies par les associés existants et avec leur accord. Les décisions se prennent sur le principe du vote des salariés « sociétaire » (le terme actionnaire, n’est pas politiquement correcte dans ce milieu) sur la base, un homme, une voix. Un exemple de SCOP: Alternative Economique, le journal donneur de leçons qui s’essaye à l’économie. Curieusement les SCOPs, malgré une bien moindre spoliation fiscale que les autres entreprises, ne sont que 2000 sur 266 000. Il semble que nos révolutionnaires français soient plus intéressés par un job pépère chez l’ennemi capitaliste « exploiteur » ou dans une administration payée par le contribuable exploité.

    Mon cher H16 vous et moi sommes bons pour le goulag français.

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