Voeux de Nicolas Sarkozy, à gauche toute !

Publié Par Contrepoints, le dans Politique

On aurait pu espérer que, quasi assuré de perdre à la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy assume enfin des réformes libérales. Pourtant le président candidat fonce plus vite encore vers le socialisme avec ses vœux aux Français.

Un article de Charles, étudiant à Sciences Po Rennes.

Les partiels passés, l’occasion venait enfin de revenir sur les vœux présidentiels aux Français. Il était temps…

À l’écoute de la ritournelle socialiste, Nicolas Sarkozy serait le président de l’ultra-libéralisme, le pourfendeur du « modèle social Français »… Bref, à en croire un Mélenchon, une Le Pen, et parfois même un Hollande, Sarkozy serait un Reagan Français (avec le même côté va-t-en-guerre), une Thatcher au féminin (heureusement, nous n’avons plus de mines !). Le diable incarné. Un homme inspiré par des Von Mises, des Hayek, bien décidé à ce que les Français « n’attendent de l’État que deux choses : la liberté et la sécurité, et ne sauraient en demander une troisième au risque de les perdre toutes deux  », pour citer du Bastiat. Dès lors, guidé par des idéaux de liberté, le président Sarkozy n’aurait de cesse de réduire le plus possible la taille de l’État, son poids, son intervention, sa présence. Et évidemment, dans un esprit de responsabilité, le président ultra-libéral Sarkozy n’aurait de cesse de chercher l’équilibre budgétaire, pour que les Français soient le moins possible, victimes des errements de leurs gouvernements, à l’avenir.

En ce 31 décembre, j’écoutais donc le président de la République (dans des conditions que la dignité m’interdit de préciser), dans l’attente de l’annonce de nouvelles privatisation, de coupes franches dans nos budgets, de remise à plat d’un prétendu modèle social dont personne ne s’inspire, le tout pour baisser ensuite drastiquement les impôts. Et dire que s’en suivrait un mois de janvier marqué par des annonces multiples, pour sortir de la « voie française vers le socialisme ».

Quelle déception ! À la réflexion, et sans grande surprise, vingt jours plus tard, il semblerait que Sarkozy ait passé pour 2012, l’arme à gauche, tout du moins si l’on considère l’antilibéralisme comme une valeur de gauche (tant il est vrai que l’argument du « président libéral » revient souvent dans le discours de celle-ci). Un virage – qui n’en est pas vraiment un à vrai dire – à gauche qui ne concerne en réalité que le plan économique, le président n’ayant pas décidé de déroger à sa politique conservatrice en matière sociétale, ce qui en soit n’a pas forcément grand-chose de libéral non plus, une politique de régulation des mœurs et des pratiques individuelles allant logiquement à l’encontre des libertés individuelles. Un discours largement économique, donc, comme la totalité des mesures annoncées depuis le début de cette année 2012. Mais quelle orientation économique, au juste ?

Le suspens fut rapide. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes de discours pour se rendre compte que non, Nicolas Sarkozy n’a toujours rien de libéral, n’en déplaise à cette chère gauche, et, soyons justes et équitables (sans intervention du CSA), à Marine Le Pen (quoique, est-elle vraiment de droite elle-aussi, tant son programme apparaît comme interventionniste au point de mordre sur les plates-bandes du Front de Gauche ?). Allons-y donc, point par point, en y ajoutant ce que, depuis 20 jours, nous avons pu apprendre des ambitions du gouvernement pour ces derniers mois de mandat présidentiel.

Le premier point abordé par Nicolas Sarkozy concerne la résistance forte de la France face à la crise, liée selon lui, à la protection sociale ainsi qu’à la réforme des retraites et aux politiques de réduction des dépenses qu’aurait mené le gouvernement Fillon. Oh ! La merveille ! Une réforme vaste des retraites, et une réduction des dépenses ! Le rêve de tout turbo-libéral. En réalité, outre le fait que la crise ne rencontre pas de réelle résistance en France (le chômage y est passé de 7,5% de la population active en février 2008 à 10% aujourd’hui, quand il passait de 5% à 8% au Royaume-Uni, et de 8% à 5,5% en Allemagne), notre système social, et l’absence de réelles réformes pour le réformer et en réduire les coûts, ont probablement aggravé la situation. Non que les dépenses publiques soient en elles-mêmes néfastes à la croissance et à l’emploi, ce sont surtout les prélèvements qui posent problème. Or ils ne peuvent qu’être liés à notre niveau de dépense… Et ni l’un, ni l’autre n’ont baissé depuis 2007 (se retrouvant d’ailleurs aujourd’hui plus élevés que sous Lionel Jospin, avec une dépense publique passant de 51,4% du PIB en 2001 à 56% aujourd’hui… Et augmentant déjà de 2007 à 2008, soit avant la crise), sauf pour certaines catégories, ce qui tient davantage du clientélisme que d’une réelle volonté de faire mieux avec moins. Exit donc, le mythe de la baisse des dépenses publiques. Exit aussi, celui du système social « performant » : ce système, qui maintient un taux de chômage élevé en période de croissance, ne parvient pas à limiter la hausse, en temps de crise. Dès lors, quelle protection un tel système peut-il offrir ? Il n’amortit pas, et empêche les individus de se doter d’une épargne de précaution, en leur bloquant l’accès à l’emploi en période de croissance ? Et pour ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, rien ne leur garantit de le conserver… Un progrès ? Restait le problème des retraites. Ah, la réformette de 2010… Les trois points sont liés. Attaché au mythe du système social protecteur, peu décidé à baisser les dépenses publiques, le gouvernement a réformé à la marge, et sans aucune approche un tant soit peu « libérale » du problème. Un gouvernement libéral aurait introduit ne serait-ce qu’une part de capitalisation, pour libérer l’âge de la retraite, et permettre à chacun de partir quand il le souhaite, selon ses moyens. Au lieu de cela, une simple réforme des modalités de départ en retraite s’est opérée. Au détriment de la baisse de la dépense publique, mais aussi au détriment de l’économie française, puisque cela n’a rien changé au niveau des cotisations, qui pourraient probablement être mieux réinvesties dans l’appareil économique, si elles n’étaient pas d’une certaine manière détournées par l’État. Pas de réduction du poids de l’État, donc. Libéral, dîtes-vous ? Le gouvernement, depuis 2007, a augmenté la dépense publique, n’a pas réformé structurellement, et n’a certainement pas revu ce modèle social, qui nous dessert tant. Le libéralisme repassera, mais pas tout de suite : le président l’annonce, il n’y aura pas de « nouvelle » baisse des dépenses. Le pire est donc évité, la France restera une république socialiste miniature.

Après le bilan, viennent les perspectives. La première concerne le chômage. Comme confirmé depuis (annonce le 18 janvier, que 430 millions d’euros seraient consacrés en plus, en 2012, à la formation des chômeurs, au soutien au chômage partiel, etc… donc en effet, aucune baisse des dépenses publiques en vue !), le gouvernement a décidé de se préoccuper de la formation des chômeurs. Encore une fois, aucune mesure destinée à encourager l’emploi n’a véritablement été adoptée. Ni refonte du système des allocations chômage (dont la dégressivité, sans brutalité, n’encourage pas à retrouver un emploi), ni soutien de fait aux entreprises, pour leur permettre d’embaucher davantage si elles en ont besoin (comme l’expliquait François Bayrou, que l’on accusera difficilement d’ultra-libéralisme malgré le soutien qu’il a pu recevoir de l’obscur Parti Libéral Démocrate, le code du travail et ses 2600 pages sont devenus incompréhensibles et trop rigides, tandis que l’impôt sur les sociétés, lui, reste à un niveau élevé, rognant sur les fonds de nos entreprises et donc sur leur capacité d’investissement et d’embauche). En somme, aucune politique de l’emploi capable de redonner aux entreprises, la force de créer des emplois et de créer de la richesse… Comment retrouver le chemin de l’emploi ou de la croissance, dans ces conditions ? La formation seule ne pourra rien contre les barrières à l’emploi dressées par l’État. Le deuxième sujet abordé par le président Sarkozy concerne alors la TVA sociale. Le président souhaite faire « payer les importations ». Sans vouloir plagier Alain Madelin, il me semble que jamais je n’ai vu la moindre chaussure importée, sortir sa carte bleue à la frontière pour payer son entrée en France… Celui qui paiera sera toujours le consommateur. Est-ce bien raisonnable, encore une fois, de vouloir amputer davantage le pouvoir d’achat et par conséquent, les salaires, dans ce paradis pour inspecteurs des impôts qu’est la France ? Surtout quand dans le même temps, l’UMP s’offusque face à la déferlante annoncée de taxes nouvelles en cas de victoire du PS. C’est probable, certes, mais le gouvernement a la sympathie de préparer le terrain. Qui peut sérieusement croire que la France sortira de la crise, en maintenant la pression fiscale sur les entreprises, et en accentuant celle que subissent les ménages ? Rendre à chacun son argent, la possibilité de l’investir où il le souhaite, comme il le souhaite, plutôt que de l’investir dans un système social à l’efficacité toute relative, semblerait être une meilleure option. Elle est libérale, le gouvernement ne l’a pas choisie. Pas plus qu’il n’a choisi d’abandonner la taxe Tobin, dont l’exemple Suédois de 1984 démontre l’inefficacité (le deuxième enseignement économique de la Suède étant, en 1990, la réduction drastique du niveau de taxation des entreprises, de 50% en moyenne à 25%… Avec des résultats différents, puisque la croissance Suédoise a été entre 1994 et 2007 de 3,5% en moyenne). C’est un fait, les capitaux sont mobiles, et les taxer ici ne les empêchera jamais d’aller ailleurs. Doit-on assécher les places financières Françaises pour développer la City ? Le tout pour « sanctionner » un système financier qui n’est pourtant pas responsable du crédit facile, et qui n’a pourtant pas encouragé l’apparition de bulles depuis les années 1990, au contraire des gouvernements laxistes qui ont pu se succéder ici et ailleurs…  Les responsables de la crise sont les États, le renforcement de l’État en France, prôné par Nicolas Sarkozy serait probablement contreproductif, et encore une fois, n’a rien de libéral, mais tient en revanche bien plus d’un social-conservatisme que ne renieraient pas forcément sous tous les aspects, d’autres partis Étatistes, du PS au FN.

Et dans tout ça, je n’ai même pas pu aborder les 35 heures… Le président non plus… Petit miracle en ce bas-monde (notons que ce serpent de mer resurgit dans le programme de l’UMP pour 2012. Un jour, peut-être, le problème sera enfin pris à bras le corps…). Quoi qu’il en soit, de libertés économiques, le gouvernement n’en donnera pas davantage. Pas plus qu’il ne réduira le poids de l’État, ni l’interventionnisme étatique, qu’un dossier Sea France aura fait resurgir, au point de nous faire regretter Lionel Jospin, qui, lucide, n’oubliait pas, lui, à contre-cœur, de rappeler qu’« il ne faut pas tout attendre de l’État ».

Quand un Jérôme Cahuzac réclame un « choc d’offre », en demandant une baisse forte de l’impôt sur les sociétés, alors que François Baroin annonce la veille vouloir soutenir la consommation (sans d’ailleurs relever la contradiction avec l’adoption de la TVA dite-sociale), on en vient à se demander qui est de gauche, qui est de droite ; qui est interventionniste, qui veut réformer notre pays. Au fond, oui, l’UMP a raison : en 2012, il serait préférable d’éviter de reconduire la gauche au pouvoir. Elle y est déjà et fait montre de son irresponsabilité.

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    1. C’est bien la preuve que notre « modèle » est extrêmement dépensier… Et déjà, 53% que l’on arrive à peine à réduire à 52,6%, c’est faire preuve d’un manque de volonté évident pour réduire le poids de l’Etat ici…