Bové, sors du corps de Sarkozy !

Publié Par Aurélien Véron, le dans Politique

La taxe Tobin est une erreur économique sortie de l’esprit embrumé d’un économiste qui devait avoir trop bu le soir où il a dessiné ce montage sur un coin de table.

Par Aurélien Véron

Le président de la République est vraiment très étonnant. Jugé plutôt libéral en 2007, il termine son mandant avec des mesures inspirées d’Attac et préconisées par son ancien porte-parole moustachu reconverti chez les verts, José Bové. Le communiste Robert Hue l’a aussi défendue en son temps.

Après avoir interdit les OGM au détriment de le recherche dans les biotechnologies, Sarkozy veut donc mettre en œuvre la seconde mesure de l’association altermondialiste. Mais que sait-il de cette idée fumeuse ?

La taxe Tobin est une erreur économique sortie de l’esprit embrumé d’un économiste qui devait avoir trop bu le soir où il a dessiné ce montage sur un coin de table. Tobin a d’ailleurs vite regretté cette invention ubuesque dont il a mesuré, trop tard hélas, le degré de nocivité.

Trop tard en effet, car des esprits malicieux avaient déjà repris à leur compte cette fausse bonne idée. Cette taxe consiste à freiner la circulation et l’allocation des capitaux pour punir les vilains marchés financiers, les vilains épargnants renommés spéculateurs. Les mêmes dont l’Etat attend des sommes considérables pour financer ses besoins excessifs.

Ah si, au fait : Bercy veut exempter de taxation les bons du Trésor, pour ne pas effrayer les spéculateurs (pardon, les investisseurs) qui achètent des OAT. C’est quand même important de pouvoir financer les fêtes de la CGT RATP et de la CFDT SeaFrance… Par contre, pour le capital productif des entreprises privées, on peut y aller, taxons !

On a du mal à suivre. D’un côté, le pays a besoin d’argent pour financer son économie et ses entreprises. De l’autre, il sort le gourdin et menace le premier euro qui met les pieds sur notre territoire d’un coup de massue fiscale. Les 30 ou 50 milliards d’euros de recettes estimées mises en avant pour promouvoir ce cauchemar, c’est autant de moins dans le rendement de l’épargne, ce qui revient à une hausse considérable du coût du capital et des couvertures. Outre les hasards financiers inhérents aux échanges.

Il faudra m’expliquer la logique de ce mécanisme schizophrène. Même la Suède des grandes années socialistes en est revenue devant son inefficacité et les dégâts qu’il a causés. Mais non, en France, c’est tout différent. Ce qui ne marche pas ailleurs n’a aucune raison de ne pas se transformer en succès chez nous.

À croire que nos gouvernants ont un talent pour concentrer toutes les mauvaises idées sur notre territoire. La France devient un laboratoire des erreurs à ne pas commettre. Il faut dire que maintenir un taux de chômage autour de 10% pendant 30 ans, c’est un défi que beaucoup de pays voisins ont raté avec leur maudit plein emploi.

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Publié originellement sur Le Lab Europe 1.

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  1. Ce n’est pas parce qu’on met ironiquement « méchant » que ça devient tout de suite de l’argumentation. La taxe Tobbin n’a aucun objectif punitif. Elle a des effets en creux sur la spéculation, mais celle-ci a des effets positifs et négatifs qui, au mieux, s’annulent (après on peut en discuter, mais ça ne durera sans doute pas longtemps sur ce sujet précis).
    Quant à la Suède elle a tellement trouvé que c’était une mauvaise idée qu’ils veulent la mettre réellement en place à nouveau (en fait ce qui avait été mis en place n’était pas vraiment la taxe tobbin, et elle a été annulée pour des raisons totalement idéologiques).

    En ce qui concerne les discours du gouvernement, nous sommes bien d’accord que c’est juste une volonté d’occupation du territoire médiatique, ça n’a aucune valeur.

  2. « La taxe Tobin est une erreur économique […] trop tard hélas, le degré de nocivité. »

    James Tobin n’a jamais regretté son idée. Par contre il s’est inscrit en faux contre les groupements altermondialistes précisant clairement que « sa taxe » n’avait pour but de contrôler les marchés ni d’aider les « pays pauvres ».

    Cette taxe n’est nullement un taxe sur les transactions boursières, mais une taxes sur les monétaires, i.e. achat et vente de devise.
    Le but étant de limiter les « allées-venues » sur les marchés de devises de gros spéculateurs.

    Plusieurs économistes ont montré que cette taxe était un non-sens car elle entrainerait une augmentation des coûts de transactions et donc déstabiliserait les prix financiers.
    Cette vision est bonne, mais omet un détail d’importance:
    Pour créer une nouvelle taxe, il faut en enlever une ancienne.
    La taxe « Tobin » est valable si en contrepartie on réduit fortement les charges et taxes des entreprises.
    Dans ce cas, les entreprises restent très attractives pour les investisseurs, et le poids de la taxe « Tobin » reste marginal en rapport de la création de richesse et des dividendes des actions.

    1. Le coup de transaction serait mineur, ça augmenterait surtout le degré de viscosité de la spéculation (qui apporte une liquidité utile qu’à très court terme puisque de toutes façons les risques se recontractent à un moment ou à un autre). Sachant qu’avec la rapidité informatique actuelle elle devient déjà de plus en plus importante, si tout le monde avait les mêmes moyens de calcul (notons bien que c’est sensé être la condition de fonctionnement du système) elle serait déjà asphyxiée en fait par la quantité d’informations et le rapport nb transaction*risque/gain. La taxe Tobin ne sert en fait qu’à lisser un peu les puissances de calcul et le raffinement algorithmique.

      Enlever une taxe pour en mettre une nouvelle (quelle est cette loi mystérieuse ?), du genre : enlever 0.01% de taxe sur chaque feuille de salaire émise pour mettre 0.01% de taxe sur chaque transaction ? C’est une idée, mais elle est pas terrible. Aujourd’hui, avec la sortie de la révolution industrielle, c’est l’investissement dans l’innovation sur le service qui compte. D’ailleurs, et je m’abstiens de fournir des exemples par trop évidents, les entreprises qui veulent persister à cette rupture sans le concours des états ont plus besoin d’entrepreneurs que de simples investisseurs.