Le changement profond des voitures sans conducteurs

Publié Par h16, le dans Édito

Le changement profond des voitures sans conducteurs

La fin de l’année approche, et la fête de Noël est une excellente opportunité pour se laisser rêver. C’est pourquoi je vous propose un petit billet de science-fiction pas mal « science » et de moins en moins « fiction », sur la nature particulièrement disruptive des voitures sans conducteurs…

Afin de situer le contexte, rappelons tout d’abord que les voitures sans conducteurs ne sont plus, de fait, de la science fiction : le prototype existe déjà, et a été popularisé par Google qui en est à l’origine. La combinaison de lidar (des rayons de lumière utilisé pour, notamment, mesurer des distances), de l’intelligence artificielle, de Google Maps et d’un paquet de senseurs divers et variés sur le véhicule permet ainsi à la voiture d’aller d’un point de départ à un point d’arrivée, sélectionné par le conducteur, sans écraser de piétons, sans rentrer en collision avec les autres véhicules ou le décor et sans se perdre.

La technologie existe donc bel et bien. Evidemment, on est encore à quelques années de tests rudes et pointus, et l’acceptation de cette innovation dans la vie de tous les jours n’est évidemment pas encore faite. Mais il n’en reste pas moins que l’ensemble est extrêmement prometteur, comme le démontre cette petite vidéo (issue de TED) :

Mais au-delà de l’aspect gadget et agréable de pouvoir se faire trimbaler par un véhicule sans avoir besoin de regarder la route, il semble assez clair que l’introduction des voitures auto-pilotées, dans un proche avenir, est techniquement possible, mais aussi, comme on va le voir, très souhaitable.

Je passe sur l’aspect évident qui semble acquis : à mesure que les algorithmes de pilotage et les sécurités qui entoureront les voitures seront de plus en plus perfectionnées, les voitures auto-pilotées seront évidemment bien plus sûres que leurs versions actuelles ; finis les accidents causés par des conducteurs imprudents, bourrés, inattentifs ou simplement endormis.

Ce changement à lui seul justifie réellement l’introduction de cette technologie. Cependant, les bienfaits ne s’arrêtent pas là.

En effet, actuellement, une voiture passe plus de 90% de son temps … à l’arrêt, se contentant de rouiller lentement sur sa place de parking ou dans son garage. Si l’on compare à d’autres moyens de transports comme les trains ou les avions, force est de constater que l’usage qui est fait des véhicules personnels est très sous-optimal.

Ainsi, une fois que la voiture vous a emmené du point A au point B, si vous n’en avez plus besoin, le véhicule peut en revanche servir au reste des membres de votre famille (y compris ceux qui n’ont pas le permis). Une fois arrivé au travail, on peut imaginer que votre voiture peut rentrer seule et remplir une autre mission de transport pour vos enfants (les amener à l’école, par exemple).

L’économie est alors évidente : là où une famille a souvent besoin de deux voitures qui seront réparties sur les deux adultes, une seule voiture devient suffisante pour faire les mêmes tâches. Et à terme, on peut même envisager qu’un immeuble d’une demi-douzaine de familles disposera de son pool de trois ou quatre voitures, réparties en fonction des besoins, le prix d’usage de ces véhicules étant par exemple compris dans les charges du loyer.

Notons que la technologie « auto-pilotée » n’est pas invasive et s’introduit bien dans le flot des voitures actuelles, et que les consommateurs de transport et les familles en général trouveront certainement d’autres idées encore plus inventives.

Mais au final, l’idée générale qui consistera à avoir des voitures plus longtemps en opération et moins souvent à l’arrêt, en train d’attendre sa prochaine utilisation, permet de trouver une autre conséquence : l’espace pris par ces voitures lorsqu’elles attendent, notamment en ville, va naturellement diminuer. Les parkings municipaux et autres parcmètres vont sinon disparaître, tout au moins rétrécir.

L’actuelle bataille que se livrent les différents modes de transports au cœur des cités risque bel et bien de tourner à l’avantage de la voiture individuelle, mais dans un mode de consommation complètement différent de celui qu’on connaît actuellement. Il n’est pas exclu que Delanöe et ses Zotolibs n’en prennent ombrage. En effet, puisqu’on aura à faire à des voitures qui s’adapteront assez bien à leur environnement, de façon plus rationnelle que les conducteurs humains traditionnels, et puisqu’il sera même probable que ces voitures seront connectées en permanence à internet, il est aussi fort probable que la gestion des flux de circulation n’aura plus rien à voir avec celle qu’on connaît actuellement : des voitures qui décident, de concert, de la bonne vitesse de croisière, du trajet optimal à emprunter et des alternatives de déroutement en cas de travaux ou d’imprévus, qui se préviennent les unes les autres des péripéties de trajet, … c’est la mort des bouchons (ou, à tout le moins, d’une très grande majorité d’entre eux).

Dès lors, entre la circulation rendue notoirement plus fluide et la baisse de consommation, les appels de pieds appuyés des autorités à l’emploi des transports en commun risque de virer aigres. On peut s’attendre à des grincements de dents d’indécisions des écolos qui ne voudront pas voir revenir les automobiles terriblement individuelles et qui pourtant consommeront de moins en moins dans un environnement de plus en plus fluide… L’horreur.

D’autre part, on peut tout de suite comprendre qu’une augmentation aussi importante du taux d’utilisation des voitures va naturellement provoquer une baisse sensible des ventes correspondantes. Même en tenant compte que les voitures en question vieilliront plus vite, la quantité totale de roulement (le stock en cours d’usage) s’établira plus bas. Nul doute que les constructeurs devront en conséquence produire beaucoup moins de voitures.

Et là, on imagine sans mal que ce raisonnement sera aussi tenu par les constructeurs automobiles.

Si l’on en juge par la façon dont les industries de l’image et de la musique se sont battues et à quel point elles ont lobbyisé les politiciens lors de l’introduction du numérique, on peut être sûr que les industries automobiles déclencheront une véritable guerre contre les voitures auto-pilotées.

Et au final, seuls les constructeurs qui auront su s’adapter survivront.

Une question mérite alors d’être posée : quelle stratégie choisiront les constructeurs français, d’après vous ?

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Pour l’élaboration de ce billet, je tiens à remercier Rubin Sfadj qui m’a relayé le très intéressant billet de Koushik Dutta sur ce sujet.
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  1. Monsieur H16, j’aurai une question à vous poser qui n’a aucun rapport avec le smilblick (i.e. votre article).

    En lisant l’institut coppet, je les vois assez acharnés sur la théorie de la justice de rawls, en affirmant à tout bout de champ que c’est un hymne à l’égalitarisme.
    Ayant lu ce bouquin et étant viscéralement anti égalitariste, je n’y ai rien retrouvé de tel, pouvez vous m’éclairer ? quels sont les points de Rawls qui posent problème ?

    Désolé de vous le demander comme cela …

    Bien cordialement,

  2. Le problème de ces voitures est le suivant :
    En cas d’accident, qui sera responsable ?

    Pour l’instant la loi ne sait pas. Il faudra donc travailler là dessus… Parce qu’il y a pas mal de problèmes à résoudre.

    1. Déjà, ça dépend de l’accident. Et d’autre part, il y a tout de même quelques lois qui existent déjà qui permettent d’éliminer un gros paquet de cas non délicats. Il restera quelques cas où la question, épineuse, pourra être jugée par un jury populaire, par exemple.

      Rien d’insurmontable, en tout cas.

    2. Il y a fort à parier qu’il y aura une boîte noire dans chaque voiture. Officiellement, pour établir des responsabilités et comprendre les causes des problèmes qui ne manqueront pas d’arriver. Officieusement, pour avoir encore plus d’informations sur les utilisateurs de voitures sans conducteur.

  3. Une voiture ça se conduit, point barre. Déjà qu’il est difficile de trouver une bagnole sans toutes ces assistances qui font perdre le plaisir de la conduite sportive. Autant prendre le train ou se pendre. Beurk !

  4. Oui c’est un plaisir de conduire mais une telle voiture a en plus de nombreux avantages et n’est pas comparable à un transport en commun, elle laisse toute liberté à qui veut ou doit s’en servir. Il arrive par ex. qu’on soit dans l’impossibilité de conduire et là ce serait absolument super d’avoir un moyen pareil !

  5. Mouais, bof. Quand même, pour des gens qui militent contre l’assistanat, ne trouvez-vous pas que la béquille technologique de plus en plus importante dans notre vie de tous les jours est aussi néfaste ? Je ne compte plus les relations qui habituées au GPS sont devenues incapables de s’en sortir avec une simple carte.

  6. Plaisir de conduire, plaisir de conduire, « une voiture ça se conduit point barre »… Vous ne pensez pas qu’il y a des personnes qui n’aiment pas conduire?
    Et l’article montre bien les avantages supposés de la voiture sans conducteur. Si des personnes valorisent ces produits et veulent les acheter, en quoi c’est votre problème? On ne vous impose pas d’en acheter jusqu’à preuve du contraire . . .
    Je ne suis pas ingénieur, mais j’imagine qu’il est techniquement possible, comme pour les avions, d’implémenter les deux modes de conduite.

    1. Non seulement c’est surement possible mais comme on le voit, la voiture automatique fonctionne parfaitement dans un environnement routier en partie (voire majoritairement) « humain ». On peut tout à fait imaginer qu’il sera possible de conduire de façon traditionnelle, par exemple sur certains axes peu fréquentés où seule la responsabilité de conducteur est en jeu. Il semble raisonnable de dire que plus la route est encombrée, plus il est sûr de passer le contrôle à la machine, et je ne pense pas qu’on puisse parler de plaisir de conduire sur des grands axes à la fois rapides et encombrés, et donc plutôt dangereux, dans des situations type retour de vacances… Il pourrait être possible de profiter des sinuosités d’un parcours de montagne en solitaire, mais d’avoir à passer en pilotage automatique arrivé sur une nationale.

  7. Fantastique, ça va révolutionner le métier du transport des marchandises. Plus besoin de chauffeur. On charge le camion, on programme la destination et le camion part tout seul. Arrivée à destination un employé sur place décharge.
    Idem pour les courses, les déménagements, etc…
    Que de temps, que d’énergie économisé.
    Là où il fallait 10/20 chauffeurs on aura plus besoin que de 3/4 chargeurs/déchargeurs et d’un contrôleur (via un écran) qui surveillera à distance que les camions n’ont pas de problème.

    => pas de doute que ça ne va pas plaire aux syndicats des transports non plus.

      1. Si on les laissait faire il n’y aurait bientôt plus de lavandières ni de chargeurs de charbon sur les locomotives sans parler des allumeurs de bec de gaz.

        Un enfer concentrationnaire !

        1. Vous pouvez bien vous marrer. Je reconnais bien là le sarcasme libéral, sans finesse et nuance, destiné à clouer le bac au contradicteur en le faisant passer pour un débile rétrograde. J’ai vu des tas d’emplois disparaître et j’avoue que je recherche encore le gain que leur disparition a pu engendrer pour notre quotidien. Les pertes en revanche sont évidentes, le seul problème, c’est qu’elles impactent la vie de tous. Je pense, entre autres, à ces fameux poinçonneurs chantés par Gainsbarre. A l’époque, point de resquilleurs. Je pense aux chefs de station et leurs adjoints dont les bureaux se trouvaient sur les quais des stations de métro. Ils veillaient à la sécurité des usagers et de fait il n’y avait pas de voyoucratie régnant sur le réseau.

          Plus largement, je me demande quel avantage représente ces disparitions si c’est pour jeter des milliers de gens au chomedu. Pousser des individus à vivre aux crochets des autres c’est vraiment le comble du génial. Aux USA ils multiplient les petits emplois dans les supermarchés, chez nous on est en train d’automatiser les caisses.

          Pour avoir connu cette époque, je puis vous affirmer que l’excuse qui consiste à dire que l’automatisation a permis de mettre fin à des métiers peu voire pas gratifiants n’a aucun sens. Les gens avaient un travail, le faisait du mieux possible avec un véritable sens du service et n’hésitaient pas à s’engager en cas de problème.

          1. Les gains de productivité ne font pas disparaître les emplois car ils en créent toujours plus qu’ils n’en détruisent.

            Les emplois disparaissent à cause de l’irrespect de la propriété privée, notamment les taxes sur la production et le vol du capital, par inflation, monétisation ou spoliation légale. Le taux de resquille (de même que la fraude fiscale) comme le taux de chômage sont corrélés au taux de collectivisation de la société.

            Travailler, c’est rendre service à autrui. Un travail devient inutile s’il n’a plus aucune valeur pour autrui et il est bon pour l’intérêt général qu’il disparaisse. Il ne fait pas de doute que les emplois manuels seront progressivement supprimés par la robotisation. C’est une très bonne chose pour toute l’humanité qui pourra se consacrer à des activités bien plus intéressantes.

          2. Les USA bénéficient des nouvelles technologies autant que la France, sinon plus. Ils pourraient aussi installer des caisses automatiques.

            Le fait qu’ils multiplient les petits emplois dans les supermarchés montre que tout ça est une question de choix (dans le cadre d’une réglementation), les nouvelles technologies ne font qu’augmenter le nombre de choix possibles.

            Les routiers qui seront au chomdu a cause de la voiture automatique, pourront toujours se reconvertir en poinçonneurs si c’est vraiment utile :)

          3. Le taux de resquille a bondi avec l’apparition des portiques. L’apparition de l’insécurité dans les transports est apparue en même temps que l’on vidait les stations de leur personnel. Avant, dans le métro, les seuls flics que l’on pouvait croiser étaient ceux qui en civil traquaient le pick-pocket. Aujourd’hui, police et GPSR ne suffisent pas pour sécuriser le réseau.

            Il me semble que ces métiers étaient utiles, mais comme ils ne servaient que la clientèle, je gage que l’on pouvait s’en passer. Le problème des nouvelles technologies, c’est que si elles permettent d’augmenter les choix possibles, ceux qui font ces choix le font non en fonction du bien commun, mais en fonction de ce qui arrange leur portefeuille.

            L’argument des soi-disant tâches plus intéressantes c’est ni plus ni moins qu’un argument bidon. Comme si on ne devait plus employer les gens que dans des activités de service bien moins fatigantes, etc. C’est ainsi qu’on désindustrialise un pays, que l’on met des dizaines de milliers de personnes sur le carreau.

          4. « Je reconnais bien là le sarcasme libéral, sans finesse et nuance, destiné à clouer le bac au contradicteur en le faisant passer pour un débile rétrograde.  »

            Il y a des moment ou j’ai du temps à perdre avec des gens qui n’ont pas (encore?) la culture ni le savoir pour appréhender des notions complexes et des moments ou je travaille.

            « C’est ainsi qu’on désindustrialise un pays, que l’on met des dizaines de milliers de personnes sur le carreau. »

            Vous parlez de l’Allemagne sans doute !? Mêmes données, même technologie mais pas de désindustrialisation chez eux… Bizarre hein ?

            Je passe sur le reste de votre prose tout aussi gentillette, pas le temps ni l’envie d’ailleurs.

      1. J’imagine l’ambiance sur une aire de stationnement la nuit sans la présence des chauffeurs. Ah oui, j’oubliais les clôtures de barbelés et les miradors surmontés de caméras…

  8. Ce n’est pas parce que deux événements surviennent au même moment que l’un est la cause de l’autre. Qu’est-ce qui vous permet de dire que c’est à cause de l’automatisation que l’incivilité est apparue? Je connais un autre pays où le personnel est toujours aussi présent dans les moyens de transport public, mais se fait bien plus aggresser maintenant qu’il y a 20 ans. L’évolution est identique mais sans portique.

    C’est bien la dégradation des conditions économiques et sociales qui en sont la cause, ne confondez pas tout. Et cette dégradation vient de l’interventionnisme forcené de l’Etat. Par contre, notre qualité de vie d’aujourd’hui résulte de l’accumulation des gains de productivité réalisés sur toute l’histoire industrielle, y compris et surtout récente puisque ces gains s’accélèrent.

  9. L’automatisation a joué, c’est indéniable. Il est bien plus facile de suater un portillon que de tenter de forcer le passage devant l’employé, surtout lorsque ses collègues sont à côté.

    Ceci dit, vous avez raison, d’autres facteurs sont à prendre en considération. Seulement, je ne pense pas que la dégradation des conditions économiques et sociales y soit pour grand chose. Les lois en vigueur m’empêchent néanmoins d’aller plus avant.

    Votre problème, comme celui de la grande majorité des libéraux, c’est que vous ramenez tout à l’économique. Le gain comme valeur suprême. Pour ma part, si je considère que c’est important cela n’est pas la priorité. En revanche, ce qui concerne la vie de la société, son homogénéité, son harmonie, sa culture, la tradition, tout cela prime.

    1. Non, vous confondez. Ce qui importe aux libéraux c’est la liberté, comme le nom l’indique d’ailleurs. Si je suis libre, je peux choisir d’acheter une voiture à conduite automatique (quand elle se trouvera sur le marché bien sûr), ou d’en achter une à conduite manuelle. Ou une voiture plus écologique, ou encore pas de voiture du tout et faire un don à un association: vous voyez que le libéralisme est parfaitement compatible avec des valeurs non-économiques! Mais cela doit rester un choix personnel.

      Les étatistes veulent imposer leurs valeurs, qui sont évidemment toujours meilleures que celles des autres (« bien commun » etc.), à tous. Si vous souhaitez privilégier les valeurs qui vous semblent importantes, soyez libre de le faire, pourquoi pas avec ceux qui les partagent. Mais laissez ceux qui font d’autres choix les assumer de leur côté, tant que chacun respecte la liberté d’autrui.