Les aventures de Jonathan Gullible, une Odyssée de la Liberté

Publié Par Jacques de Guenin, le dans Lecture

Une recension de l’ouvrage de Ken Schoolland, Les aventures de Jonathan Gullible, Une odyssée de  la liberté, traduit en français par Jacques de Guenin pour les Éditions Tatamis. Une bonne idée de cadeau à l’occasion des fêtes de fin d’année!

Par Jacques de Guenin

Ce livre est l’histoire d’un jeune garçon, Jonathan Gullible, qu’une tempête a fait échouer dans une île où il découvre des mœurs extraordinaires sur le plan politique et économique, mœurs dont on comprend vite qu’elles sont une parodie des nôtres, un peu amplifiées dans un esprit pédagogique. On voit tout de suite la filiation avec les voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, livre passionnant pour les enfants, mais riche d’une philosophie utile pour les adultes.

L’auteur, Ken Schooland est professeur d’économie à l’Université d’Hawaï, mais son expérience du monde est grande. Il a d’abord été employé par l’administration américaine dans le domaine des échanges commerciaux, où il a pu méditer tout à loisir sur les ravages du protectionnisme, puis il a opté pour l’enseignement. Il a enseigné dans différents endroits du monde, dont l’Alaska. Il est marié avec une chinoise, Li. Leur fille Ken-li, à qui le livre est dédié, est aujourd’hui étudiante à la London School of Economics.

Il fréquente depuis une vingtaine d’années l’International Society for Individual Liberty (ISIL), dont il est aujourd’hui l’un des vice-présidents. L’ISIL est une association de gens de toutes origines géographiques et sociales qui font tous plus ou moins du prosélytisme libéral, depuis les conversations avec leurs amis jusqu’aux conférences et publications sur tel ou tel aspect du libéralisme. C’est une des rares sociétés authentiquement mondiales, dans la mesure où son congrès annuel se passe dans les endroits les plus variés du monde, organisé chaque fois par une des associations libérales locales.

Mais toutes les brillantes conférences ou les brillants écrits des membres de l’ISIL n’avaient pas beaucoup d’impact au-delà du petit monde de libéraux convaincus. C’est alors que Ken Schooland a eu l’idée de faire une satire des mœurs ultra interventionnistes de nos sociétés actuelles sous la forme d’un livre pour enfants, en en poussant les conséquences à l’extrême, dans l’esprit des voyages de Gulliver, de Zadig ou de Candide. Et il est certain que Zadig ou Candide ont eu un bien plus grand nombre de lecteurs que le reste de l’œuvre de Voltaire.

La première version du livre suscitât très vite un grand intérêt au sein de l’ISIL Rapidement, il s’est trouvé parmi les membres de l’ISIL un fana pour traduire Les aventures de Jonathan Gullible dans sa propre langue, fut-ce l’Ourdou ou le Coréen, et pour tenter de trouver un éditeur dans son pays. C’est ainsi qu’au fil des années Les aventures de Jonathan Gullible ont été publiées dans une quarantaine de langues. Pour le Français, Louise Zizka, membre de l’ISIL, s’est tout de suite proposée pour la traduction, mais Louise vivait hors de France depuis pas mal d’années et la qualité de sa traduction s’en ressentait. Avec l’accord de Louise, Ken Schooland a alors demandé à Jacques de Guenin de revoir la traduction, ce qu’il a fait. Simultanément, Jacques a cherché un éditeur. Trois ont accueilli le livre avec sympathie, mais leur conseil d’administration a pensé que dans notre pays ultra interventionniste, le livre se vendrait peu. Il a fini par jeter l’éponge. Cela a donc été une divine surprise pour lui d’apprendre qu’un éditeur français s’était manifesté.

Mais qu’est-ce que c’est que le libéralisme? C’est d’abord une morale, ensuite une philosophie des rapports en société qui se déduit de la morale, enfin une application à l’économie de cette morale et de cette philosophie.

La morale libérale est faite de 4 concepts :

  • la liberté individuelle, limitée par le respect de la liberté des autres,
  • la responsabilité, c’est-à-dire le fait d’assumer soi-même les conséquences de ses actes,
  • la recherche du bonheur par l’effort et la raison,
  • la propriété.

Jacques de Guenin a montré dans son propre livre Logique du libéralisme que les trois derniers concepts se déduisent du premier par une logique implacable. Ce dernier livre montre que « Le monde est rempli de gens qui n’aspirent qu’à en assujettir d’autres. Mais il est vrai aussi que beaucoup de personnes s’accommodent fort bien, voire volontiers, d’une certaine dépendance. Un État bienveillant ou même une dictature éclairée sont considérés par beaucoup comme acceptables, voire confortables, pour ne pas dire souhaitables. »

Il montre aussi que si l’homme peut acquérir des biens par l’effort et la raison, il peut aussi les acquérir aux dépens des autres, en particulier par la violence. D’où la  nécessité d’un pouvoir qu’on appelle l’État et qui ne devrait avoir pour seul objet que de faire respecter les libertés. Mais cela exige de donner certains pouvoirs à certaines personnes. Et dès qu’on donne un certain quantum de pouvoir à une personne, elle en abuse rapidement : le pouvoir corrompt.

Ces deux idées imprègnent Les aventures de Jonathan Gullible. Les mœurs de l’Ile tels qu’elles se révèlent à la stupéfaction de notre jeune ami chapitre après chapitre portent sur les thèmes suivants :

  • La propagande électorale,
  • La façon dont les citoyens se font gruger par les politiques,
  • Le mauvais usage de la monnaie,
  • Les monopoles d’État, sources de corruption, de gaspillage et de pénurie,
  • Les quasi monopoles, ou fonctions protégées dont l’entrée est limitée,
  • Les distorsions de concurrence,
  • Le monopole de l’enseignement,
  • La nationalisation de la culture,
  • Le contrôle des prix,
  • Le protectionnisme,
  • Les réglementations qui accablent le logement,
  • Le refus du progrès sous prétexte de préserver les emplois,
  • Les méfaits de l’égalitarisme,
  • La retraite par répartition.

Ce livre est aussi passionnant pour les adultes que pour les enfants, mais pas pour les mêmes raisons. Pour les adultes, la façon dont les thèmes sont évoqués forcent leur assimilation. Pour les enfants, les situations sont certes extraordinaires, mais pas plus que celles du petit Poucet, du chat botté, ou du petit chaperon rouge. Donnez-leur le livre, ils n’en tireront pas des enseignements aussi explicites que vous-mêmes, mais ils pourront faire d’utiles rapprochements quand ils découvriront la Société telle qu’elle est.

Les aventures de Jonathan Gullible: une Odyssée de la liberté de Ken Schoolland. Editions Tatamis  www.tatamis.fr , 256 p., 17 €.

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En complément : visionnez la vidéo de la conférence donnée par Jacques de Guenin sur le thème de « La philosophie de la liberté économique » à l’occasion de la sortie pour la première fois en France de Jonathan Gullible : une odyssée de la liberté qu’il a traduit de l’anglais. Source : Enquête&Débat.

 

  1. J’ai eu des retours controversés quant à la qualité de ce livre, des personnes décrivant une très mauvaise qualité stylistique.

    1. Après lecture, je confirme. Je suis un peu resté sur ma faim. En fait, c’est un véritable conte, et s’il y a une « morale de cette histoire », les événements sont difficiles à rattacher au monde réel, sauf si on est déjà libéral : il faut déchiffrer presque toutes les allégories et métaphores pour en comprendre le sens. Et puis il y a le nom de certains personnages faisant référence à des individus historiques qui auraient mérité d’être présentés (Seigneur Ponzi, Docteur Pavlov, etc).

      Bref, comme l’article le dit très bien :

      « Donnez-leur le livre (aux enfants), ils n’en tireront pas des enseignements aussi explicites que vous-mêmes, mais ils pourront faire d’utiles rapprochements quand ils découvriront la Société telle qu’elle est. »

  2. Je l’ai acheté , écriture plate , mécanique , on connaît , à la lecture du chapitre précédent , le contenu du suivant …

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