Les obligations pour les nuls

Publié Par Frédéric Wauters, le dans Monnaie et finance

Une récente étude du Crédoc montrait que les Français se sentent perdus en matière de placement financier. Ainsi, moins d’une personne sur quatre peut donner la définition d’une obligation. Contrepoints vous propose aujourd’hui un cours de rattrapage.

Par Frédéric Wauters, depuis Bruxelles, Belgique

Ces derniers jours, on parle beaucoup dans la presse de l’augmentation des “taux” des obligations belges. Effectivement, les chiffres ont de quoi inquiéter. Encore faut-il savoir de quoi nous parlons exactement…

Pour commencer, il n’est pas tout à fait exact, comme le titre par exemple Le Soir, de parler de “taux” des obligations. Il serait plus exact de parler de rendement. En effet, la plupart des obligations d’État voient leur taux d’intérêt fixé au moment de leur émission, sauf les très justement nommées Floating Rate Notes (obligations à taux flottant).

Pour mieux comprendre, reprenons les choses dès le début.

Une obligation, c’est quoi m’sieur?

Une obligation est une sorte de “reconnaissance de dette”, émise par une entreprise, une institution publique ou un gouvernement. Cette reconnaissance de dette comporte plusieurs caractéristiques:

  • l’identité de l’émetteur: par exemple, l’État belge
  • la date d’émission: par exemple le 4 décembre 2012
  • la date d’échéance: par exemple le 4 décembre 2019
  • le “principal”, “pair” ou “valeur faciale”: le montant emprunté
  • le taux d’intérêt: par exemple 4,20%
  • la périodicité des paiements d’intérêts: par exemple tous les ans

Les investisseurs intéressés peuvent “acheter” ces obligations à deux moments:

  • au moment de leur émission: c’est un “achat sur le marché primaire”
  • après l’émission et avant l’échéance: c’est un achat “sur le marché secondaire”

Le “marché primaire” est représenté par quelques institutions financières qui, en gros, “vendent” ces obligations à leurs clients pour le compte de l’émetteur. Et en achètent un général un gros paquet pour elles-mêmes. Cette vente  a lieu pendant une “période de souscription” qui précède la date d’émission. Par exemple, le nouvel emprunt belge, émis le 4 décembre, peut être souscrit entre le 24 novembre et le 2 décembre.

Vous me suivez jusque là? Super! Buvez un grand verre d’eau fraîche, on continue…
… après une dernière précision: certaines obligations sont émises “sous le pair” ou “au-dessus du pair”, c’est-à-dire qe leur émetteur vous fait payer moins cher ou plus cher que le prix de remboursement à l’échéance. Cela a aussi son importance, mais nous en parlerons plus tard. Tout d’abord, venons-en au plat de résistance.

Taux et rendement

Nos obligations sont donc, au moment de leur émission, caractérisées par un taux. Par exemple, les bons d’État à 8 ans auront un taux de 4,20%.

Mais une fois émises, elles peuvent être achetées et revendues sur le marché secondaire. Leur prix est émis en pourcentage du “pair”. Donc, une obligation de 1.000€ qui se négocie à 98% du pair sera donc vendue 980€ sur le marché secondaire. Si elle se négocie à 102%, elle sera vendue à 1.020€.

Si vous achetez une obligation à un autre prix que le “pair”, vous percevez par contre un intérêt qui reste calculé sur la valeur du “pair”. Et c’est là qu’intervient la notion de rendement.

Si j’ai acheté une obligation à 4,2% avec un pair de 1.000€, je recevrai 42€ d’intérêts le 4 décembre 2012. Si je l’ai payée 980€, mon taux d’intérêt “réel”, que nous appellerons rendement, est différent.

Il sera en réalité de 42 € (l’intérêt perçu) divisé par 980€ (la valeur de mon investissement), soit 4,2857%.

Donc, taux d’intérêt et “rendement” ne sont pas la même chose. Le “rendement” est en fait le taux d’intérêt “réel” que je reçois sur mon investissement si je n’ai pas acheté “au pair”.

Oui, mais qu’est-ce qui détermine le prix?

En fait, le prix d’une obligation sur le marché secondaire va, grosso modo, dépendre de deux choses:

  • Le “risque” de cette obligation. Plus les investisseurs craignent de ne pas être remboursés à l’échéance, plus ils vont exiger une “prime de risque”, un supplément de rendement, pour accepter d’acheter cette obligation. Cet ajustement du rendement se fait par le prix: si j’achète à 80% du pair mon obligation à 4,20%, j’aurai un rendement de 5,25%. C’est ce qui se passe avec la dette grecque: les obligations ont été émises à des taux “raisonnables”, mais leur rendement dépasse aujourd’hui les 20% parce que plus personne ne veut les acheter. Si notre obligation était grecque, elle se négocierait donc à 210€ sur le marché secondaire (parce que 210€ multipliés par 20%, cela donne 42€, le taux d’intérêt payé tous les ans par l’obligation).
  • Le prix des nouvelles émissions. Si une nouvelle émission a lieu a un taux différent, les prix vont évidemment s’ajuster. Si l’État belge émet, dans un an, une obligation à 5%, personne ne voudra acheter 1.000€ mon obligation à 4,2%, puisque pour le même prix – 1.000 € – un investisseur recevra 50€ d’intérêt avec la nouvelle obligation.

Vous suivez toujours? Courage, c’est presque fini.

Au nom du pair

Pour être tout à fait complet, je dois encore ajouter qu’il existe un deuxième calcul de rendement.

Nous venons en effet de voir le “current yield”, qui est le rendement que nous venons de voir, basé sur le rapport entre le taux d’intérêt et le prix actuel de l’obligation. En Anglais, on désigne ce rendement sous le doux vocable de “current yield”.

Mais vous vous rappelez sûrement que je vous ai parlé d’obligations émises sous ou au-dessus du pair. Et un peu plus tard, du prix de vente exprimé en pourcentage du pair. Dans un cas précis, cela peut également influencer le rendement: lorsque je décide de garder jusqu’à l’échéance l’obligation que j’ai achetée.

En effet peu importe le prix d’émission ou le prix d’achat, à l’échéance, l’émetteur me remboursera le pair. Ni plus, ni moins (sauf en cas de défaut, comme la Grèce). Si je reprends mon obligation, que j’ai achetée 980€, et que je la garde jusqu’à l’échéance, j’ai donc un supplément de rendement: en effet, l’émetteur me remboursera 1.000€. J’ai donc gagné une “plus-value” de 20€ en plus de mes intérêts. Si je divise cette plus-value par la durée qui me sépare de l’échéance, j’obtiens le “rendement à l’échéance” ou ”yield-to-maturity”.

Mais je sens que je vous perds. Pour les petits curieux, allez voir un exemple chiffré. Pour les autres, prenez une aspirine et réjouissez-vous. Désormais vous pourrez briller en société en expliquant la différence entre “rendement” et “taux”.

Pour terminer, voici un joli aperçu du rendement des obligations belges. On y voit bien le résultat de la crise gouvernementale.

Bon weekend à toutes et tous!

—-
Sur le web

Laisser un commentaire

  1. Petite faute d’orthographe ! Les investisseurs intéress[[er]]és peuvent “acheter” ces obligations à deux moments:

    Mais merci pour cet article, très clair ! :)

    Contrepoints >> Faute corrigée. Merci.

  2. Bon article, il faut quand même rappeler que les obligations restent des titres extrêmement sensibles à la variation des taux du marché pour déterminer leur valeur. Les taux du marché montent, la valeur des obligations existantes diminue et inversement. De plus, l’impact des taux est d’autant plus fort que l’échéance est éloignée.

    Ajoutons aussi que les obligations sont des titres peu risqués. Si une entreprise fait faillite, l’état se sert en premier, puis ceux chez qui l’entreprise a des dettes et les détenteurs d’obligations, puis seulement les actionnaires qui se partagent les miettes.
    Donc on a tendance à considérer les obligations comme de bons placements peu risqués d’autant que leur valeur fluctue peu (juste à cause des taux ou d’un émetteur devenant d’un coup plus ou moins risqué, par la publication de mauvais résultat ou une dégradation de sa note, peu importe).

    Les réglementations sur les banques et les assurances actuelles et futures (Bale II et Solvabilité II notamment) encouragent et continuent à encourager les banques à détenir des obligations en grand nombre car elles sont jugés peu risqués. Celles jugées les moins risquées et les plus à même de prouver la bonne solvabilité de l’institution financière ? Les obligations d’état. C’est à dire la dette souveraine. On accuse les institutions financières de les détenir dans des buts malfaisants mais on les a obligé à en acheter un max… Tout ça pour mieux assureur la protection du contribuable qui a l’argent à la banque, car c’est bien connu, les obligations d’état ne sont pas risquées, un état européen ne fait pas faillite… au pire on vous dit juste que la moitié de vos titres est tout juste bon à être recyclé (si il n’était pas sous format informatique).

    Je m’éloigne un peu du sujet, pour remettre les pieds dans la technique, j’ajouterais deux compléments à cet article:

    Si l’obligation verse un coupon tous les ans (ce qu’on a ici appelé intérêts), elle le fait dans la quasi totalité des cas à la date anniversaire du titre. Ici, le 4 décembre.
    Par conséquent, comme on sait que le 4 décembre, celui qui possède le titre récupère de l’argent, l’obligation aura plus de valeur le 3 (avant paiement) que le 4 (après paiement). Plus on approche du paiement du prochain coupon, plus la valeur augmente.
    Donc si vous voyez une obligation monter de prix lentement dans l’année et baisser d’un coup un peu après l’anniversaire de sa date d’émission, c’est juste mécanique.

    Autre chose importante, le taux actuariel de l’obligation. Son calcul est un peu compliqué, je renvois les matheux à par exemple ce site http://www.cnofrance.org/IMG/pdf/Chap07-Taux%20Actuariel.pdf
    (j’ai jeté un oeil, ça a l’air sérieux mais il y a surement mieux).

    L’idée est en fait de trouver le « taux sans risque du marché » (appelé taux d’actualisation, on a qu’à dire l’euribor par exemple) à partir duquel l’obligation n’est plus rentable. C’est à dire rapporte moins que le taux sans risque. Dans ce cas, une obligation émise n’aurait pas de preneur.