L’indignation indigente

Publié Par Nils Sinkiewicz, le dans Non classé

Les indignés de la Défense se méprennent sur leurs propres intentions, ils ne veulent pas « humaniser » l’économie. Ce qu’ils veulent, c’est imposer à l’ensemble des acteurs économiques une série de préférences particulières.

Par Nils Sinkiewicz
Article publié en collaboration avec l’Institut Économique Molinari

Suivant les exemples espagnol et américain, des « indignés » français se sont récemment rassemblés sur le parvis de la Défense pour protester contre l’exploitation du peuple par une minorité de spéculateurs – ou quelque chose dans ce genre. Si le mouvement est peu suivi, ses militants ont néanmoins l’intelligence d’exploiter des thèmes récurrents dans le débat politique français, comme l’opportunité d’un retour à la souveraineté monétaire et l’indispensable humanisation d’une économie « devenue folle ».

La souveraineté monétaire

Le thème du retour à la souveraineté monétaire s’appuie sur deux idées-forces. La première est que le diktat des banques a remplacé la volonté des États, qui ne s’endettent que pour enrichir les prêteurs sur le dos des peuples.

En France, le symbole de cette capitulation face au « grand Capital » est la loi du 3 janvier 1973 excluant la possibilité, pour la Banque de France, de prêter au Trésor Public à un taux d’intérêt dérisoire, voire nul, en tout cas inférieur aux taux du marché. Beaucoup sont persuadés que l’État français ne serait pas aussi endetté s’il n’était contraint d’emprunter aux banques privées pour financer son déficit, et que le modèle social français n’ayant pas de prix, l’argent utilisé pour le faire fonctionner ne devrait pas en avoir. On ne saurait plus explicitement reconnaître l’inflation comme une source de financement ordinaire pour l’État.

La deuxième idée-force est que l’adoption de l’euro a été une catastrophe et qu’en y consentant, la France s’est convertie à ce qu’il est devenu banal d’appeler l’« ultralibéralisme ». Mais curieusement les détracteurs de la monnaie unique sont aussi les premiers à dénigrer la théorie non moins « ultralibérale » du free banking, pourtant hostile à la monnaie unique. La logique élémentaire est-elle, elle aussi, « ultralibérale » ?

L’humanisation de l’économie

Au thème de la souveraineté monétaire s’adjoint celui, tout aussi récurrent, de la place de l’humain dans l’économie. Là encore, les indignés de la Défense ne sont pas les seuls à vouloir « humaniser » le capitalisme : reprocher au marché son mépris des individus qui le font vivre est devenu, pour ainsi dire, le Pater Noster de tous ceux qui ont le sentiment que la conjoncture économique ne répond pas à leurs attentes.

Sauf que le marché n’est ni plus ni moins que l’agrégat d’une multitude de choix particuliers. Comme la langue d’un peuple ou la culture d’une communauté, ce que nous appelons le marché n’est l’œuvre de personne en particulier mais de tout le monde en général. C’est ce qui le rend impersonnel, sans l’ombre d’un doute, mais certainement pas inhumain – pas plus que ne sont inhumaines les courbes de la démographie ou l’apparition d’un néologisme.

Les indignés se méprennent sur leurs propres intentions, ils ne veulent pas « humaniser » l’économie. Ce qu’ils veulent, c’est imposer à l’ensemble des acteurs économiques une série de préférences particulières… sur lesquelles ils seraient évidemment incapables de s’entendre s’ils prenaient la peine d’en discuter sérieusement, et non plus seulement dans les grandes lignes. En résumé, la dénonciation du caractère inhumain du marché trahit avant tout la difficulté qu’a l’individu à admettre qu’il n’est pas le centre du monde et qu’il est donc normal, dans ces conditions, d’obéir à des règles que l’on a pas fixées soi-même et de tolérer les préférences d’autres personnes. Le « vivre ensemble » serait-il déjà passé de mode ?

Les médias ont raison de souligner la faiblesse numérique des indignés de la Défense : ils ne devraient pas sous-estimer, en revanche, la force symbolique de ce mouvement, qui exploite l’impatience et le mécontentement de nombreux Français. Les arguments invoqués manquent de sérieux, mais la classe politique ne demande qu’à y remédier. Ce qui, au commencement d’une campagne électorale fortement axée sur les questions économiques, risque bien de se traduire par de nouvelles propositions dangereusement démagogiques.

—-
Sur le web
Texte d’opinion publié originellement le 22 novembre 2011 sur 24hGold

Nils Sinkiewicz est originaire du sud-est de la France. Il est titulaire d’un Master en Hautes Études Internationales. Il a écrit pour diverses revues, notamment pour le Cri du Contribuable.

Laisser un commentaire

  1. Ce n’est pas pour rien si on les appelle les « indignés » plutôt que les « constructifs ». Et quand la contestation se transforme en fête au village, l’élévation du débât est loin d’être garantie.

      1. Bah, tu vois, quand je vois le troupeau de bourricots, je me pose pas vraiment la question s’il sont espagnols ou belges, etc… J’ai l’impression que leurs meuglements sont quasi-intraduisibles lolololol

  2. Plutot que les dénigrés, vous feriez mieux d’aller participer aux AG.. ya de tout chez eux. Du libéral, de l’extreme-gauche, etc…

    Meme les gens d’ici ne sont pas d’accord avec ce qui se passe actuellement. Pour vous, c’est trop d’état. Pour eux, c’est pas assez. Mais sans débat, ça n’avancera pas, et les choses resteront telles quelles.

    Alors si vous pensez avoir la solution contre la crise, ou des idées pour un « monde meilleur », vous feriez bien d’aller en parler avec eux. Ils n’attendent que ça.

    1. Inso: « Alors si vous pensez avoir la solution contre la crise, ou des idées pour un « monde meilleur », vous feriez bien d’aller en parler avec eux. Ils n’attendent que ça. »

      Pas la peine d’aller « leur parler »: ils n’ont qu’à s’ouvrir une connexion internet, c’est moins de 30 euros/mois, ils pourront ainsi lire le pure player Contrepoints.org

      1. Oui enfin, vu l’image qu’a le libéralisme, il faut faire un long chemin avant d’arriver sur contrepoints.org sans se dire « c’est total bullshit ce site ! »

        1. Ce sont les gens de basse culture, qui réfléchissent peu ou ne se posent pas de questions, qui pensent (sincèrement) que le libéralisme est une mauvaise chose.

          1. Mwarf ce mépris.

            Même moi je pensais une telle chose du libéralisme il y a 6-7 mois. Mais tout le monde a une bonne idée de la liberté individuelle. Une mauvaise de la liberté entreprenariale. Pourtant, c’est extrêmement lié. Alors pourquoi ils ne seraient pas capable de le comprendre ?

            Je pense sincèrement que c’est jouable. Après, je peux comprendre que vous préféreriez vous convaincre les libéraux, plutôt que les non-libéraux, que le libéralisme, c’est cool. C’est plus facile et reposant pour l’esprit quoi.

          2. Inso: « Après, je peux comprendre que vous préféreriez vous convaincre les libéraux, plutôt que les non-libéraux, que le libéralisme, c’est cool. C’est plus facile et reposant pour l’esprit quoi. »

            Pas du tout puisque http://www.contrepoints.org est ouvert à tout le monde et pas uniquement aux libéraux.
            Et Contrepoints ne chôme pas (lui).

            Au fait, ils font quoi ces z’indignés dans la vie ? Ils ont du temps pour aller se les geler sur le parvis de la Défense ? Ils ne bossent pas ou ne cherchent pas du boulot ? Ils n’ont pas de vie de famille etc.. ?

          3. @ Inso

            Il ne tient qu’à toi et à d’autres, avant de critiquer qui ou quoi que ce soit, de se renseigner sur ce qu’est, par exemple, le libéralisme, au lieu de rester sur une image péjorative façonnée par des décennies de formatage socialo-communiste.

            Ce site, accessible à tous, permet, par la lecture d’articles de qualité sur des sujets divers de politique et de société, vus du point de vue libéral, de se faire une opinion non formatée sur la liberté individuelle et l’un de ses corollaires, l’entrepreunariat.

            Ceci explique la réaction de Kuing Yamang qui, avant de rire ou de railler les indignés, a fait cette démarche de renseignement. Or l’inverse est rarement vrai, et la plupart des gens critiquent très vertement le libéralisme sans rien y connaitre, et surtout sans même essayer de faire l’effort de le comprendre, donc de lire (par exemple) les articles de contrepoints.

          4. @ Alain

            Mais oui, sauf que…

            Les socialos et communistes, ils hésitent pas à aller expliquer aux gens leur point de vue.

            Les libéraux, non. Ils restent entre libéraux. Et c’est bien là le problème. Jamais vous ne changerez le monde comme ça.

            Ce site a beau être ouvert à tout le monde, je ne suis pas sur qu’il ait beaucoup d’écho, ailleurs que dans le monde libéral.

            Il faut aller à la rencontre de l’autre si vous voulez le convaincre et faire avancer les choses. C’est comme ça que ça a toujours fonctionné dans la société humaine…

          5. @ Inso

            Certes, mais nous pensons globalement que la démarche est plus constructive et plus porteuse quand ce sont les gens qui vont d’eux-mêmes se renseigner plutôt que l’inverse. De fait, et en dépit d’efforts désepérés de démarchage « à domicile », il faut bien reconnaitre que les communistes, par exemple, se cassent la gueule année après année. Idem pour le socialisme, de fait. Il n’y a qu’à voir l’inflation galopante de l’abstentionnisme pour s’en rendre compte.

            A mon avis, et c’est ce que je fais régulièrement, l’un des moyens les plus efficaces de nous faire connaitre est d’un, de disposer d’un site de qualité (c’est le cas), et de deux, d’en parler à notre entourage et d’inviter les gens à visiter ce site.

          6. « Même moi je pensais une telle chose du libéralisme il y a 6-7 mois. Mais tout le monde a une bonne idée de la liberté individuelle. »

            Tout le monde n’est pas aussi ouvert, ou du moins, les idées préconçues sur le libéralisme comme parti des riches, du XIXème siècle, des patrons esclavagistes, des oligarques renards libres dans le poulailler, des banques, de la droite sarkoziste, des krachs financiers, de l’immigrationisme, des délocalisations, de la privatisation des routes, de l’armée, de la police et des pompier, du réchauffement climatique, du soutient aux dictateurs, etc ont la vie dure.
            Le lavage de cerveaux étatique fonctionne à merveille.

            La majorité du temps, les débats tournent mal, on se fait traiter d’adeptes d’une secte friedmanienne, on nous promet la corde, on nous sort tous les clichés, les cas rhétoriques improbables, les sophismes.
            S’ouvrir au libéralisme demande un minimum de culture, lire la littérature libérale, ce qui demande déjà une certaine affinité et du temps.

          7. Petite question à ce propos ph11. Comment vous justifiez ça en général, contre le pouvoir étatique ? J’ai toujours du mal à trouver une réponse convenable… Que le libéralisme, c’est la puissance du riche contre le pauvre. Que libérer les heures de travail et les salaires provoquerait une très forte chute des salaires et des emplois.
            Je suis toujours tenté de répondre que les prix baisseraient proportionnellement, et que c’est un faux problème, mais est-ce si sur ?

          8. « le libéralisme, c’est la puissance du riche contre le pauvre. »
            La puissance ne s’use pas quand on s’en sert. La richesse, si : pour obtenir quelque chose des autres, le riche doit leur céder une partie de sa richesse initiale.

            « libérer les heures de travail et les salaires provoquerait une très forte chute des salaires et des emplois. »
            Les salaires sont déjà libres, le problème c’est qu’il sont méchamment taxés. Même les actuels smicards ont un salaire libre : le patron ne les embauche et garde que dans la mesure où la valeur de leur boulot est supérieure au SMIC. La libéralisation n’a donc aucune raison d’entrainer une baisse de leur salaire. Quant à ceux qui restent, soient ils ne trouvent pas d’offres, soient ils bossent déjà au noir c’est à dire en dessous du SMIC. Si le SMIC disparait, toute une série de boulots qui ne rapportent que moins que le SMIC actuel apparaissent ou sortent du noir. La production augmente ce qui ne peut nuire à personne.
            Pour les heures de boulot, c’est la même chose.

          9. Bien sûr. Mais pourquoi y arriverait-il ? Y’a pas de SMIC en Allemagne, et pourtant les allemands ne sont pas plus mal payés que les français. Il y a des salaires minimaux négociés (et encore pas toujours)

        2. Alain: « A mon avis, et c’est ce que je fais régulièrement, l’un des moyens les plus efficaces de nous faire connaitre est d’un, de disposer d’un site de qualité (c’est le cas), et de deux, d’en parler à notre entourage et d’inviter les gens à visiter ce site. »
          —————

          Oui, mais là le problème est que tu ne touches que les gens qui savent lire, alors qu’avec des vidéos (comme sur CPTV http://www.youtube.com/ContrepointsOrg ), tu touches vraiment tout le monde et donc même les analphabètes. ^^

      2. Heuuuuu… A propos, Kuing, il faudrait leur attribuer une subvention pour la connexion internet, le tout couplé avec la loi HADOPI 13.1.1 limitant l’accès au seul site « Contrepoints » lol

    1. C’est surtout qu’il n’y en a pas dans ma ville.

      Ca ne m’empeche pas de suivre le mouvement, et de trouver intéressant que des citoyens cherchent à comprendre ce qui se passe.
      Alors vous pouvez les laisser tomber dans des dérives communistes, ou tenter de leur montrer que c’est des conneries. A vous de voir.

      1. Ya pas de chiens sur le campement. Plutôt des travailleurs, étudiants, et quelques chômeurs.

        Et je pense sincèrement qu’ils seraient capables d’entendre des explications libérales, et d’en comprendre l’intêret. (enfin faut que ça soit fait pédagogiquement, le mot libéral hérisse le poil).

        Faut pas oublier que leur slogan premier c’était « REELLE DEMOCRATIE ». On peut voir ça comme un pouvoir qui arrête de faire nimp, pense au peuple, et arrête d’intervenir n’importe comment dans l’économie.

    2. « Je suis jamais allé aux AG hein. »

      C’est dommage. T’en as loupé une historique au Mirail en 2006 : les indignés de l’époque avaient voté la déclaration guerre contre G.W Bush (véridique) et la destitution de Sarkozy, lesquels tremblent encore de peur.

      Des petites bites que jvous dis, ces agétistes.