Les prédateurs publics

Publié Par Michel de Poncins, le dans Non classé

Au moment où toute l’Europe vole au secours de la Grèce, aucun gouvernement ne demande l’abandon massif des privilèges des élus : la solidarité entre prédateurs publics est manifeste.

Un article de Michel de Poncins
Publié en collaboration avec Tocqueville Magazine.

« Prolétaires de tous les pays : unissez-vous ». On se souvient de la célèbre apostrophe. Les évènements économiques tragiques que connaissent les pays occidentaux mettent en lumière une autre maxime : « prédateurs publics de tous les pays : unissez-vous ». Nous allons montrer la réalité de ce principe avec toutes ses conséquences néfastes. L’actualité est brûlante à ce sujet.

Le journal espagnol, « la Razon », nous apprend que Papandréou avant de quitter le pouvoir en Grèce, a commandé 400 chars aux USA pour 1 milliard de dollars. Il est impossible qu’il n’y ait pas de commissions à l’appui. Silence radio dans le monde entier sur ce vrai scandale. Par ailleurs, une députée grecque, Hara Kefalidou, a écrit au journal « Kathimerini » pour appeler ses collègues à renoncer à certains de leurs incroyables avantages, comme les voitures gratuites, les 310 euros accordés pour assister aux commissions et les doubles retraites. Elle s’est faite fortement rabrouer par son parti ; seules des mesurettes ont été adoptées.

Au moment où toute l’Europe vole au secours de la Grèce, aucun gouvernement ne demande l’abandon massif des privilèges des élus : la solidarité entre prédateurs publics est manifeste.

En Italie, les privilèges des politiciens sont tellement immenses que leur groupe est couramment désigné par le terme de « Caste ». Le symbole est si fort que celui qui n’appartient pas à la Caste est considéré comme inexistant. En 10 ans, le budget de la chambre des députés a gonflé de 750 millions à un milliard d’euros, celui du Sénat de 349 millions à 574 millions. Les salaires flambent ; les membres de la Caste disposent de privilèges insensés, comme des voitures, des droits aux voyages gratuits, la nourriture gratuite et la disposition d’un grand nombre de collaborateurs. Il y a 110 provinces qui font double emploi avec 20 régions.

Le tout nouveau premier ministre a-t-il annoncé qu’il porterait le fer rouge dans cette situation inadmissible qui a conduit le pays à perdre pratiquement son indépendance ? Les prétendus experts qui font le voyage de Rome pour lui imposer des mesures draconiennes n’ont pas du tout la mission de réduire d’une façon douloureuse les privilèges de la Caste. Or, pourtant, récupérer cet argent public serait un élément essentiel du programme de redressement du pays.

En France, la situation n’est pas meilleure, les lecteurs habituels de ces flashs connaissent l’étendue des prélèvements abusifs des grands prédateurs publics sur le PIB. L’omerta qui protège la Caste en France est totale. François Hollande a pris l’engagement en cas de succès à l’élection présidentielle de réduire de 30% sa propre rémunération. Fort intéressant ! Il n’a encouru que les moqueries de ses adversaires et n’a pas généralisé la proposition à tous les élus… .

Quant à Bruxelles, les eurocrates sermonnent à qui mieux mieux les pays qui ne font pas les efforts qu’ils demandent. Ils se garderaient bien de renoncer eux aussi à une part importante de leurs propres richesses ce qui serait une argument indispensable de leurs discours. Parmi les gouvernements des États membres, personne ne demande cette mesure évidente et, ceci, par solidarité.

La force fiscale

Comment expliquer à la fois le pillage organisé et la solidarité internationale dans le pillage ?

La force fiscale alimente sans fin le butin public. Apparaissent trois destinations possibles de ce gigantesque amas d’argent:

- L’enrichissement personnel des membres de la Caste.

- La destruction pure et simple de l’argent lui-même : il n’existe plus pour personne.

- Une utilité réelle pour des groupes déterminés ou pour la collectivité.

L’observation montre que la première catégorie tend très vite à gonfler sans limite. La vitesse s’accélère à mesure que les unités s’agrandissent : voir l’Europe et l’empire onusien : les vrais contrôles à ces niveaux de plus en plus élevés sont impossibles. Donnons acte de ce que cet enrichissement est parfaitement légal ; c’est tellement vrai que les bénéficiaires fabriquent eux-mêmes les lois qui les favorisent.

La conséquence inévitable est le carriérisme politique. Gagner sa vie sur un marché libre implique de rendre de vrais services aux autres dans un effort d’adaptation permanent. Avoir accès aux trésors du butin étatique est un autre choix de vie, qui a certes ses exigences, mais ouvre des richesses pratiquement illimitées sans obligation de servir véritablement la communauté.

Pourquoi et comment la ruine

Le pillage et de la solidarité dans le pillage ont un effet « boule de neige » sur la ruine.

Si les membres de la Caste empochaient l’argent et les privilèges sans s’activer, les impôts seraient lourds mais ce serait, paradoxalement, le prix à payer pour la liberté du peuple ! L’amplification de la ruine découle de ce que, pour justifier leur formidable statut, ces privilégiés s’activent et se disent « débordés » : c’est alors le déluge de lois qui nous tétanisent de tous côtés.

Une loi n’est jamais complète avant que sortent ses décrets d’application, ses circulaires, ses interprétations jurisprudentielles. Il existe au moins 61 codes avec 10 millions de mots ! Il est impossible d’exercer n’importe quelle activité sans encourir le risque d’être englouti par ce véritable tsunami. Une loi qui n’a pas reçu ses dépendances est une loi inapplicable, une sorte de loi en suspens : Il est des lois, qui n’auront jamais leurs dépendances : ce sont les lois mortes aussitôt que nées ; les experts comptent que depuis 2007 peut-être 30 % des lois votées sont ainsi des lois mort-nées. D’autres lois sont inapplicables car inintelligibles, la lecture des rapports de la Cour des comptes est édifiante à cet égard. Un grand nombre de lois sont contradictoires avec d’autres, certaines sont rétroactives. Il y a des lois en « coma avancé » : en effet, une foule d’organismes est aux aguets pour détruire les lois après coup, ainsi en est-il du conseil d’État ou du conseil constitutionnel et de l’Europe. Le mal créé aux entreprises par le déluge des lois explique en grande partie la panne de croissance.

Après l’énoncé de ces faits communs, peu ou prou, à beaucoup de pays occidentaux, ne nous étonnons pas que dans ces pays un véritable fossé se creuse entre les prétendues élites politiques et les autres… .

Faisons un rêve

Les perspectives à ce sujet ne sont pas brillantes. Si aucun État européen ne réclame que les eurocrates rendent leur gigantesque butin, c’est bien parce que maints dirigeants espèrent bien un jour se glisser dans la peau bienheureuse d’un de ces eurocrates : c’est l’expression de leur solidarité.

Envolons nous vers l’ONU, centre nerveux du pouvoir totalitaire mondial. Qui peut jamais connaître à la fois le nombre, le nom et les activités de sa galaxie d’agences ? Idem quant à leurs richesses.

Certains pays ont des excédents budgétaires. La Suisse, en particulier, se plaint que ses excédents ne soient pas assez forts. Ils étaient prévus 2,5 milliards de francs pour 2011 et ils reviennent à 1,4 milliards. En cause une diminution des recettes fiscales et des dépenses engagées, peut-être à tort, pour lutter contre la cherté de la monnaie. Rassurons-nous, nos voisins ne sont pas prêts de déposer leur bilan! Nous rappelons que leurs élus sont si peu payés qu’il doivent pour la plupart continuer leur métier afin de boucler leur fin de mois. Le résultat bénéficiaire est double. Moins d’impôts et surtout moins de lois. Quant aux ministres, ils n’ont pas de voitures officielles et seul le président de la Confédération dispose d’une voiture de fonction. Il est vrai que le peuple suisse a une arme redoutable, à savoir le référendum d’initiative populaire.

L’idéal serait que, dans au moins un pays occidental, un politicien crédible et ses amis comprennent qu’en abandonnant une partie importante de leurs privilèges, ils pourraient à la fois rallier les suffrages et libérer le peuple en l’enrichissant. L’exemple ferait tâche d’huile.

Est-ce trop demander ?

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  1. « Est-ce trop demander ? »

    Cela ne fait aucun doute pour les adeptes politico-médiatiques du « politiquement correct ».
    Poser une telle question est vulgaire, démagogique, en un mot : POPULISTE – argument de la-mort-qui-tue (le débat). :-(