L’économie financière sert-elle à quelque chose ?

Publié Par Juan Ramon Rallo, le dans Économie générale, Monnaie et finance

L’économie financière est productive : parce qu’aussi important que de fabriquer des biens ou fournir des services est de fabriquer ces biens et fournir ces services au moindre coût possible.

Par Juan Ramón Rallo, depuis Madrid, Espagne

Quand on se pose la question de savoir qu’est-ce que créer de la richesse, instantanément nous avons tendance à penser à fabriquer des choses, comme couper un arbre et le transformer en une table ou extraire des pierres de la carrière et construire une maison. Et c’est ainsi que cela se passait dans les étapes les plus primitives de la production de biens et de services : quand tout ce que nous avions à faire était de prendre de la nature les matières première nécessaires et nous efforcer de les transformer, créer de la richesse équivalait à transformer l’environnement en marchandises qui satisfaisaient directement nos besoins ou en outils dont nous avions besoin pour les fabriquer de manière plus efficace. C’est pourquoi, en leur temps, les physiocrates et les socialistes pensaient que la valeur provenait directement de la terre et du travail : ce qui paraissait essentiel pour générer de la richesse obtenait de la valeur de manière naturelle.

Mais les choses changent quand le processus de création de richesse devient beaucoup plus complexe en impliquant un nombre infiniment plus grand d’agents et de ressources qui doivent être coordonnées entre eux à des moments différents dans le temps. Dans un tel cas, les décisions sur quoi et comment produire ne sont plus aussi faciles, puisqu’il s’agit d’organiser toutes ces ressources de telle manière qu’elles soient capables de générer la plus grande quantité possible de biens et de services de valeur. C’est alors, au moment où nous cessons de produire pour notre propre consommation et nous le faisons pour d’autres, que les mécanismes de coordination et d’assignation des facteurs de production acquièrent une importance chaque fois plus décisive.

Les entrepreneurs sont un de ces éléments coordinateurs : ils concoctent des plans de négoce achetant ou louant des facteurs de production, les assemblant et vendant les marchandises manufacturées à leurs clients. Cependant, il faut garder à l’esprit que chaque entreprise est une centre de planification isolé du reste : ce que décide un entrepreneur n’a pas besoin d’être en relation avec ce que choisit un autre entrepreneur, de sorte que, au final, nous pourrions tomber dans ce que Marx appelait l’« anarchie productive ».

Les entrepreneurs ont besoin d’un cadre où coordonner leurs activités et ce cadre est le marché : le système de prix sert justement pour que les entrepreneurs puissent élaborer des plans qui soient consistants entre eux et les préférences des consommateurs. Personne (ou presque) ne conteste qu’une partie de ce marché et de ces prix contribuent clairement à produire de la richesse : toutes ces industries dédiées à la production de bien de capital et de bien de consommation. Toutefois, il y a une autre partie dont la relation avec la création de richesse est bien plus diffuse : les marchés financiers et tout le fatras de prix volatils des actifs financiers.

Elles sont nombreuses les personnes qui séparent radicalement l’économie productive de l’économie financière (Main Street vs. Wall Street), comme si cette dernière n’était pas également productive et comme si, de fait, elle retirerait des ressources à la première. Une ségrégation manichéenne qui ne correspond pas à la réalité. Les marchés financiers ont comme rôle de coordonner de manière temporelle les agents économiques : sa tâche est de donner des directives aux entrepreneurs quant au moment où ceux-ci doivent fournir aux consommateurs les biens qu’ils désirent.

Concrètement, les marchés financiers servent pour que les épargnants signalent combien de temps ils sont disposés à attendre et quels risques ils sont prêts d’assumer pour disposer de biens économiques futurs : celui qui investit dans un placement à cinq ans s’engage à renoncer durant un lustre à faire usage de cet argent (à moins qu’arrive un autre épargnant qui le subroge à sa place et rachète le bon) ; celui qui acquiert une dette subordonnée indique qui lui importe peu d’assumer un risque important s’il voit sa rentabilité augmentée ; qui achète des actions transmet le message qu’il désire faire partie des propriétaires de la compagnie, assumant les bénéfices et les pertes de l’affaire ; qui émet un CDS s’engage à assurer un actif, apportant les ressources nécessaires pour couvrir les pertes si elles devaient apparaître, etc.

Tous ces instruments (placements fixes, bons subordonnés, actions, dérivés, etc.) servent à mettre dans les mains des entrepreneurs les ressources qu’ils doivent investir à long terme, c’est-à-dire, ce qui leur permet de produire des quantités élevées de biens de consommation de qualité dans le futur. Le prix de ces instruments, la rémunération que perçoit l’épargnant pour s’abstenir de consommer et le coût que supporte l’investisseur pour employer des ressources externes, sont les taux d’intérêt. Comme cela se passe sur tous les marchés, les offrants et les demandeurs doivent se mettre en contact pour pouvoir conclure la transaction et, pour cela, il est d’une importance énorme que les actifs distincts (les taux d’intérêts) correspondent à la réalité, à savoir, la demande et l’offre finales. Les banques sont les intermédiaires par excellence des marchés financiers et les spéculateurs sont chargés de stabiliser les prix à l’intérieur de marges réalistes.

En définitive, les marchés financiers et leurs divers participants (épargnants, investisseurs, intermédiaires et spéculateurs) rendent un service très important dans une économie : faire coïncider ceux qui épargnent et ceux qui ceux qui investissent avec des paramètres compatibles avec les besoins des consommateurs. De même que les routes qui ne produisent rien non plus par elles-mêmes, les marchés financiers sont utiles à l’heure de distribuer le capital vers les usages de plus grandes valeur. Et c’est pourquoi on peut dire que l’économie financière est productive : parce qu’aussi important que de fabriquer des biens et services est de fabriquer des biens et services au moindre coût possible. S’il s’agissait d’augmenter la production matérielle de n’importe quelle chose, le socialisme pourrait fonctionner. Mais non, il ne le peut pas parce qu’il est incapable d’assigner des priorités en accord avec les préférences temporelles des agents.

Étant donné que les marchés financiers sont une partie essentielle de notre structure productive, il serait logique logique qu’une partie de nos ressources soient destinés à cette industrie : travailleurs, bâtiments, ordinateurs, réseaux, matières premières, etc. Simplement, une partie de nos entreprises doivent se consacrer à fournier de tels services, de même que d’autres se consacrent à l’extraction de pétrole, d’autres au design de nouvelles marchandises, d’autres au marketing, etc.

Une question différente est l’affirmation très répandue selon laquelle les marchés financiers absorberaient toutes les ressources de l’économie, laissant l’économie réelle sans le sou. Bien qu’à court terme il puise avoir une absorption de capitaux de la part des marchés financiers, n’oublions pas que toute dette, toute action ou toute assurance représentent des passifs financiers qui se sont transformés en actifs productifs ; c’est-à-dire que les actifs avec lesquels ont spécule ne sont rien d’autre en fin de compte que des investissements réels dont les droits changent de mains. Il suffit de suivre le circuit de l’argent : celui-ci va parvenir aux vendeurs de passifs financiers, qui l’utiliseront ou pour produire des biens et services ou pour acquérir d’autres passifs financiers, dont les vendeurs seront dans une conjoncture identique jusqu’à ce que finalement tout le capital se voit assigné, d’une manière ou d’une autre, à des projets réels : des projets qui pourraient être utiles… ou non. L’économie financière n’est pas infaillible, pour la simple raison que le futur – et les perspectives de création de richesse des différents plans d’entreprise – est incertain. Des bulles financières peuvent parfaitement apparaître qui donnent lieu à des distorsions au sein de l’économie réelle. Mais ne nous scandalisons pas : les erreurs sont inévitables (et se paient sous forme de pertes) dans le processus d’entreprise et, partant, également elles le sont dans le secteur financier.

Ce que nous devrions exiger n’est pas qu’il ne se produise des bulles, mais que ces bulles ne soient pas incitées, protégées et couvertes par le pouvoir politique. C’est ce qui se passe actuellement, avec notre système financier complètement dirigé, avec ,nos banques centrales qui abaissent de manière artificielle les taux d’intérêt, avec notre devise coupée de l’or, avec nos politiciens prédisposés à sauver des débiteurs insolvables et avec nos régulateurs obsédés par l’interdiction des ventes à découvert. C’est-à-dire que ce que nous devrions exiger ce n’est pas que l’économie financière n’existe pas, amis qu’elle cesse d’exister dans sa forme privilégiée actuelle.

Je ne sais pas si, comme disent beaucoup, l’économie financière a acquis une taille disproportionnée par rapport à l’économie réelle. Cela ne me préoccupe pas, puisqu’il existe des motifs raisonnables pour qu’il y ait plus de compagnies financières, plus grandes à mesure que la complexité de notre tissu productif s’élève. Le problème n’est pas celui-là, mais celui de sa taille actuelle – grand ou petit – dépend de l’interventionnisme politique dirigé à promouvoir l’endettement insoutenable de familles, d’entreprises, de banques et gouvernements. Le problème n’est pas l’économie financière, mais l’économie financière ultra-dirigée. En somme, exactement ce qui se passe avec l’économie réelle. Ne dirigeons pas notre colère contre le légitime et utile travail des spéculateurs, banquiers et investisseurs, mais bien contre l’omniprésent interventionnisme économique qui contamine toutes les décisions.

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Article publié par Libre Mercado. Traduit de l’espagnol.

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  1. une petite question:avant d’ecrire un tel article:savez vous quel est le nombre total des cds,swaps warrants et autres produits dérivés?la réponse est bien entendu non.savez vous quelle valeur réelle ils ont?la réponse est zéro.quelle conséquence est ce que cela aura lorsqu’il faudra introduire la décote dans les bilans?la faillite de l’economie entière.donc encore bravo a ceux qui soutiennent la financierisation .un gros tiers de cupidité,un gros tiers de manque de réflection,un gros tiers de malhoneteté et un gros tiers de fierté très mal placée.voila, je compte aussi bien que vous…

    1. J’ai le sentiment que vous n’avez pas lu l’article, ou que vous lisez ou ne comprenez que ce qui vous plait.

      Dans cet article, il explique, certes brièvement, quelles sont les causes qui perturbent la finance mondiale et font que celle-ci est sur-dimensionnée, mal-dimensionnée et génératrice de bulles ; c’est-à-dire les banques centrales, la monnaie fiduciaire et les garanties pourvues par les Etats (in fine le contribuable).

      Mais au vue de vos commentaires vous donnez l’impression de maîtriser le sujet, donc inutile de vous rappeler les dégâts que causent dans une économie le monopole d’émission de la monnaie ou encore les divers privilèges que l’Etat accordent aux banques.

      1. je suis sincère.je pense que la bourse ou les marchés financiers ont pu avoir une utilité a une epoque ou ils etaient plus maitrisés.je ne supporte pas la conclusion de l’article,qui justifie le maintien du systeme financier et des spéculateurs.le système financier actuel est dans sa phase agonisante.seulement toute cette clique qui en vit fait tout pour prolonger l’agonie de peur de perdre son boulot.le resultat on peut deja le donner:ces gens la ont détruit la monnaie papier ou virtuelle et ils ont signé l’arret de mort de l’economie réelle..nous allons tous payer durement leur cupidité et leurs tricheries

        1. Mauvaise analyse, vaine conclusion. C’est l’Etat providence qui agonise (et les quelques branches du système financier les plus impliquées dans son fonctionnement, cf Dexia), pas le système financier qui, dans son ensemble, ne se porte pas si mal.

        2. Comme le font si souvent remarquer les antilibéraux, la bourse ce n’est pas de
          l’économie « réelle ». Ce ne sont pas des biens ou des services directement
          palpables qui y circulent. Ce sont simplement des échanges de titres de
          propriété et des réévalutions permanentes du prix des biens.
          Un euro en bourse, ce n’est jamais qu’un bit dans un ordinateur. Un euro de
          plus qui circule en bourse, c’est un euro de moins en circulation, mais ça ne
          détruit aucune richesse réelle. Donc en sortant du monde « réel », il augmente
          mécaniquement le pouvoir d’achat des euros encore en circulation.
          L’impact du secteur financier sur « l’économie réelle » n’a lieu que quand les
          traders utilisent leur salaire « réel » pour aller faire leurs courses, et obtenir
          des biens et services « réels ». Et si au passage ils ont permis de lisser les
          prix « réels » et d’optimiser le placement de la richesse « réelle », et bien ils auront
          mérité leur salaire.
          Le fait que la valeur NOMINALE des capitalisation boursières représente 100
          fois, 1000 fois, un milliard de fois la « richesse réelle », fondamentalement…
          on s’en fout !

  2. Excellent billet. Ce n’est pas la première fois que son auteur propose une production de grande qualité (mis à part une certaine appétence pour l’or).

    Un paragraphe fondamental : « Tous ces instruments (placements fixes, bons subordonnés, actions, dérivés, etc.) servent à mettre dans les mains des entrepreneurs les ressources qu’ils doivent investir à long terme [...] il est d’une importance énorme que les actifs distincts (les taux d’intérêts) correspondent à la réalité, à savoir, la demande et l’offre finales. Les banques sont les intermédiaires par excellence des marchés financiers et les spéculateurs sont chargés de stabiliser les prix à l’intérieur de marges réalistes. »

    Puis : « Les marchés financiers et leurs divers participants (épargnants, investisseurs, intermédiaires et spéculateurs) rendent un service très important dans une économie : faire coïncider ceux qui épargnent et ceux qui ceux qui investissent avec des paramètres compatibles avec les besoins des consommateurs ».

  3. « Le problème …..dépend de l’interventionnisme politique dirigé à promouvoir l’endettement insoutenable de familles », il ne manque pas de culot pour écrire cela : qui encourage l’endettement sinon les banques ? Vraiment, c’est de la malhonnêteté intellectuelle, des arguments de libéral sans conscience ! Il faut arrêter de prendre les gens pour des billes !

    1. @saxo : Si les banques centrales n’intervenaient pas à tort et à travers pour inonder l’économie de liquidités, si les Etats savaient ce qu’est un aléa moral et qu’ils ne sauvaient pas les banques qui font faillites, si le ‘FDIC’ n’avait pas garanti aux épargnants qu’il pouvait confier leurs argents aux banques sans se préoccuper de ce qu’elles en feraient, si le ‘CRA’ n’avait pas incité certaines banques à prêter sans se soucier de la solvabilité de leurs débiteurs, j’en passe… Peut-être pourrions-nous accuser les banques, en attendant le libéral sans conscience que je suis vous le dit, il semblerait que vous soyez bien une bille (en économie) !

  4. Je ne suis pas du même avis. A mon sens, la finance pourrait se satisfaire de quotations quotidiennes, et ne devrait être réservée qu’aux seules banques d’investissement.
    Lorsqu’un titre est émis par une entreprise, elle touche de l’argent, la valeur nominale du titre. Quel argent touche-t-elle lorsque ce titre est revendu ?
    Admettons que les marchés servent à financer les entrepreneurs qui coordonnent les ressources, ou à couvrir les risques éventuels de taux de change qui pourraient créer de l’incertitude. Qui le trading haute fréquence permet-il de financer ?
    Si une banque place les dépôts de madame Michu, gagne de l’argent si elle fait de bons choix ou se fait financer par l’Etat en attendant des jours meilleurs si elle en fait de mauvais, alors cette déformation du marché, cette intervention de l’Etat dans un rôle qui n’est pas le sien, simplement pour aider une institution qui veut remplir un rôle qui n’est pas le sien, est au moins aussi intolérable que le monopole du sucre. Certes, madame Michu ne touchera peut-être plus autant en intérêts, mais si ça l’aide à payer moins d’impôts demain…
    Malheureusement, si les banques entrainent dans leur faillite des épargnants, alors au delà de l’aléa moral, c’est une externalité que la déréglementation crée. Pourquoi ne pas fixer à chaque acteur les limites de son intervention, pour éviter à l’Etat d’avoir à intervenir ensuite pour sauver le pécule de madame Michu ?

    Résumons de façon très simple. Madame Michu prête de l’argent à sa banque, qui l’investit sur les marchés.
    a. La banque gagne de l’argent. Qui gagne ?
    b. La banque perd de l’argent et madame Michu n’a aucune garantie. Qui paie ?
    c. La banque perd de l’argent et madame Michu n’a aucune garantie. L’Etat compense pour éviter une faillite du système. Qui paie ?
    d. La banque perd de l’argent et les dépôts correspondent à ses fonds propres. Qui paie ?
    Les décisions d’une banque doivent être assumées par ses actionnaires, comme pour toute entreprise.

    Certes, les spéculateurs ont bon dos alors qu’ils ne font que corriger les erreurs du marché. Mais si les erreurs représentent des milliers de milliards, et qu’ils font intervenir l’arbitre qu’on aime tant voir immobile, peut-être qu’on pourrait simplement empêcher les banques d’intervenir sur des métiers qui ne sont pas les leurs, de la même façon que je ne voudrais pas qu’un chauffeur de bus pilote mon avion.

  5. @Botiste : Concernant votre première interrogation, il me semble que celui qui gagne l’argent lors de la revente d’un titre c’est son propriétaire ! Une action est un titre de propriété concernant une partie de l’entreprise, si vous vendez votre part il est normal que vous soyez le bénéficiaire de la contrepartie.

    Pour ce qui est du placement de madame Michu, l’aléa moral n’est pas où vous le placez. Madame Michu est une adulte responsable, elle est censée assumer les conséquences des risques qu’elle prend et s’assurer que la banque à qui elle a confié ses avoirs ne les utilise pas pour prendre des risques inconsidérés. Or lorsque vous avez des organismes étatiques ou consulaires par exemple le ‘FDIC’ aux USA ou encore le ‘Fonds de Garantie des Dépôts’ en France pour garantir les dépôts, le message transmis à madame Michu est clair : ‘vous pouvez confier votre argent aux banques sans leur demander de vous rendre des comptes, l’état vous remboursera si elle le perd ! ‘. Et cela c’est un aléa moral.

    Le second aléa moral consiste à sauver une banque qui fait faillite, le message est tout aussi clair : ‘ prenez des risques inconsidérés puisque vos pertes seront à la charge du contribuable…’. Les banques ont un rôle de financement et en dernière instance c’est madame Michu qui est financée. Pourquoi créer un intermédiaire de plus en séparant banques d’investissements et banques de dépôt ?

    Par ailleurs si par « trading haute fréquence» vous entendez scalping je pense que ce dernier participe aussi à l’ajustement des prix sur les marchés.

    Vous dit : « Mais si les erreurs représentent des milliers de milliards, et qu’ils font intervenir l’arbitre qu’on aime tant voir immobile, peut-être qu’on pourrait simplement empêcher les banques d’intervenir sur des métiers qui ne sont pas les leurs ».  Les métiers n’appartiennent à personne, les banques ont le droit de se diversifier et si elles le faisaient mal, elles seraient sanctionnées par le marché… enfin s’il n’y avait pas l’aléa moral expliqué plus haut !

    Pour conclure, je reprendrais vos propos : « Les décisions d’une banque doivent être assumées par ses actionnaires, comme pour toute entreprise », et j’ajouterais que pour cela il fraudera bien que les États leur en laissent la possibilité.

  6. Concernant madame Michu, et avec tout le respect que j’ai pour elle, je ne pense pas que la banque à qui elle prête son argent en tant que cliente lui remette un rapport financier comme si elle était actionnaire, rapport dont la limpidité lui aurait sans doute permis de ne pas prendre ce risque.

    Si les métiers n’appartiennent à personne, pourquoi ne pourrais-je pas me déclarer médecin ? Je pourrais être très compétent et autodidacte, mais ce n’est pas certain. Et si les établissements offrant des diplômes étaient eux aussi libres, comment pourrait-on distinguer les bons diplômes des mauvais, et les bons médecins des mauvais ?
    Peut-être la santé ou l’éducation sont-elles trop importantes pour obéir aux mêmes conditions, mais je suis bien en peine de refuser cette importance aux banques. Et faute d’avoir une meilleure idée, je préfère séparer les deux activités des banques plutôt qu’avoir à payer, thésauriser ou passer mon temps à éplucher les rapports de mes potentielles banques avant d’épargner.

    Rendre les banques responsables de l’argent qu’on place chez elle, c’est déresponsabiliser madame Michu et responsabiliser la banque. L’actionnaire doit assumer le risque, non le client ; et les garanties des dépôts ne devraient pas s’accompagner de « sauvetages » déresponsabilisants, là-dessus nous sommes d’accord.

    Certes, il est contraignant de séparer les activités détail/investissement, mais c’est à mon sens la moins pire des solutions.

    1. La séparation des activités ne change rien au risque : toutes les banques sont solidaires à travers la monnaie monopole public imposée par l’Etat. Privatisation et concurrence monétaire !

      En attendant, au lieu de déposer son argent à la banque, Madame Michu devrait le convertir en actions de ladite banque. Elle pourra ainsi se trouver à égalité avec les actionnaires. Ici, vous pouvez comprendre l’utilité des marchés financiers et surtout de la cotation la plus fréquente et liquide possible : dès que Mme Michu a besoin de liquide, elle vend ses actions sans attendre parce qu’elle est sûre de trouver un acheteur à tout instant. Dans un marché opaque, de gré à gré, la vente de Mme Michu va dépendre du bon vouloir des rares acheteurs qu’elle connaît et elle se fera avoir à tout coup.

      Par ailleurs, la cotation à la journée donne un avantage énorme à ceux qui accèdent au carnet d’ordre profond, contre les autres investisseurs. Plus le délai entre deux cotations est important, plus l’information des initiés est importante. Ne touchons pas aux marchés organisés, il n’y a pas mieux pour avoir transparence et liquidité.

  7. Avant toute chose, je vous remercie pour la qualité de l’argumentation.
    Effectivement, la cotation à la journée n’est pas sans problèmes, et une cotation en temps réel est préférable pour madame Michu – mais, si tant est que l’action sur le marché de madame Michu soit inchangée, ne change rien pour le financement des entreprises. J’ai du mal à pousser le pragmatisme jusqu’à considérer le délit d’initiés comme une hypothèse, mais soit.
    Loin de remettre en cause les marchés financiers, je pense que madame Michu est en droit d’attendre que l’argent qu’elle dépose sur un compte – et imagine sans doute immobile sur ledit compte – soit liquide, contrairement aux actions pour lesquelles la liquidité ne peut être garantie. Sinon, j’ai bien peur qu’elle préfère thésauriser, ce qui n’arrange personne.
    Nous sommes effectivement tous solidaires par le biais de la monnaie, que nous partageons. Mais comment a priori madame Michu ferait-elle la différence entre bonne et mauvaise monnaie ? Car elle ne saura que la monnaie était mauvaise qu’une fois le mal fait, à moins de consacrer temps et énergie à la recherche d’informations qu’elle devra ensuite comprendre sur les différents émetteurs de monnaie… A moins que des institutions ne se chargent de garantir la crédibilité de la monnaie, ce qui suppose une réelle indépendance.
    Quant à la transparence, elle gagnerait à être plus répandue, comme le monde gagnerait à compter des madame Michu plus exigeantes et rigoureuses. Mais de l’homo Michus à l’homo oeconomicus, il me semble exister aujourd’hui un fossé…

    1. Lorsque vous évoquez dépôt et thésaurisation, il me semble que vous confondez dépôt et épargne. Un dépôt garanti parfaitement liquide est une forme de thésaurisation car le seul moyen de garder un dépôt parfaitement liquide est de ne pas l’investir. C’est parce que les banques font leur métier que vous avez l’impression que vos dépôts sont liquides mais, en vérité, ils ne sont pas tant que ça. Si le but de Mme Michu est la garantie absolue du stock monétaire, autant qu’elle garde ses napoléons à fond de cave. Quoique, avec 4M de cambriolages par an, par comparaison, le risque de faillite bancaire peut paraître moins angoissant. A chacun son trauma psychosomatique !

      Sous régime monétaire concurrentiel, des marchés monétaires organisés et transparents, avec chambre de compensation, donneront l’information nécessaire en temps réel à Mme Michu et limiteront les manoeuvres dolosives des margoulins. Mais surtout, considérez que Mme Michu pourra avoir plusieurs monnaies en même temps, 2, 5 ou 10 si cela lui chante, ce qui limitera singulièrement le risque qu’elle se trompe sur une seule monnaie. Vous savez, les oeufs, les paniers…

      Avec plusieurs monnaies, Mme Michu pourra peut-être se tromper mais, le plus important, c’est qu’elle ne sera plus contrainte de subir solidairement les erreurs des autres.

  8. J’espère que madame Michu a du temps à consacrer au choix de sa ou ses monnaies, et de sa ou ses banques, en temps réel.
    Est-ce une si bonne idée pour l’économie que les Michus thésaurisent ?
    Pour ma part, je pense que le contrat qui me lie à ma banque devrait plutôt signifier « gardez mon argent au chaud et rendez-le moi si je le veux » que « gardez mon argent au chaud, et rendez-le moi si vous pouvez ». Et que si je souhaite investir, je préfère le faire sciemment, et faire moi-même mes choix, en décidant des risques que je souhaite prendre et en acceptant de les prendre, plutôt que de choisir mon « placement en banque » supposément sans risque alors qu’il ne l’est pas.
    Ce n’est pas pour être liberticide et empêcher les banques d’exister que je préconise une séparation des activités des banques, mais au contraire pour les laisser libres d’agir sans distorsion interventionniste – en ayant la liberté de faire faillite, mais sans compte à rendre qu’à leurs actionnaires.

    1. « J’espère que madame Michu a du temps à consacrer au choix de sa ou ses monnaies ». Ce n’est pas plus compliqué que de choisir une ou plusieurs banques. A n’en pas douter, des services financiers nouveaux comme des contrats de change automatique au mieux des intérêts de Mme Michu apparaîtront sous régime de concurrence monétaire.

      « Est-ce une si bonne idée pour l’économie que les Michus thésaurisent ? » Ce n’est ni votre problème, ni le mien. C’est son choix personnel. A elle de peser les avantages et les inconvénients de la thésaurisation vs épargne vs investissement direct.

      Préconiser la séparation des activités bancaires est sans fondement. Parce qu’il y a monnaie monopole, la « liberté de faire faillite » est une illusion. Tout le monde payera quand même les conséquences de la faillite.