Forte récession: quelles conséquences sur les comptes publics?

Publié Par Loïc Abadie, le dans Économie

Et si la crise s’aggravait et que nous entrions en récession, quelles en seraient les conséquences sur les comptes de l’État?

Par Loïc Abadie

Nos dirigeants semblent actuellement très occupés depuis quelques semaines à chercher quelques mesurettes ou nouvelles taxes censées réduire nos déficits publics et notre endettement : un abattement sur les plus-values des chevaux de course, une taxe sodas, un impôt sur les « riches », et un pseudo-plan de rigueur à venir qui permettrait de réaliser 6 à 8 milliards d’économies (rappelons que notre dette publique dépasse à présent 1600 milliards d’euros, et que le déficit public 2011 est prévu à 96 milliards d’euros, à moins d’une nouvelle révision à la hausse). Ces mesures sont censées faire face à une douce révision de la croissance de 1,7 à 1% en 2012, le PIB français étant par définition toujours en croissance.

Je vais quand même m’intéresser ici à un autre cas de figure, celui d’une récession forte, conduisant à une chute du PIB de 5% par an pendant deux ans, et à une hausse du taux de chômage associée, qui passerait de 9,9% à 17%.

C’est un scénario qui reste pour moi encore bien modéré dans le contexte actuel, compte tenu de la situation financière et économique de l’Europe et des USA, et nettement plus doux que celui de la crise de 1929. Honnêtement, je m’attends à une crise plus importante, mais je me contenterai pour l’instant de ce scénario dans les calculs qui suivent.

Côté recettes

Nous avons eu, grâce à la récession de 2008-2009 un bon aperçu de la sensibilité des recettes publiques à une récession du PIB :

Le rapport de l’INSEE 2008 mentionne des recettes publiques de 960,8 milliards d’euros, celui de 2009 des recettes de 923,5 milliards.

Entre 2008 et 2009, le PIB français a reculé de 2,5%. Une baisse du PIB de 2,5% coûte donc environ 37 milliards en termes de recettes publiques.

Avec l’hypothèse d’une récession cumulée de 10% sur deux ans, ce sont donc environ 148 milliards d’euros de recettes annuelles qui disparaîtraient en fin de récession.

Coté dépenses

– Les allocations chômage verraient leur coût doubler par rapport à 2008, puisque le taux de chômage doublerait aussi : 34 milliards d’euros de dépenses en plus.

– Il faudra prévoir le renflouement de banques en difficulté. La situation actuelle est la suivante (tableau ci-dessous) : Il manque actuellement à nos banques 356 milliards d’euros de capitaux propres pour arriver à un leverage ratio raisonnable de 10. L’hypothèse d’un coût annuel pour l’État de 80 à 100 milliards d’euros me semble donc raisonnable dans un contexte de forte récession, si celui-ci décidait de les renflouer pour éviter un bank run généralisé.

  total bilan capitaux propres,juin 2011 leverage ratio besoins capitaux, (leverage ratio 10)
BNP 1 926 079 76 128 25,3 116 479,9
ACA 1 593 815 47 101 33,8 112 280,5
GLE 1 158 008 47 558 24,3 68 242,8
BPCE 1 057 218 46 656 22,6 59 065,8
TOTAL 5 735 120 217 443 26,3 356 069

– Bien entendu notre généreuse participation au FESF (déjà 159 milliards d’euros de garanties) serait largement mise à contribution par les défauts en série de pays de l’Europe du Sud.

Comptons donc 50 à 70 milliards d’euros par an.

Nous en sommes ici à des dépenses potentielles supplémentaires de 150 à 200 milliards d’euros par an.

Conclusion :

Recettes en baisse de 148 milliards, dépenses en hausse de 150 milliards = 300 milliards de déficit public supplémentaire.

Notre déficit public passerait alors de 6 à 21,3% du PIB (euh pardon, 20,9% en fait puisque j’avais oublié de prendre en compte les 8 milliards d’économie du grand plan de rigueur de François Fillon), c’est-à-dire une situation bien pire que celle de la Grèce aujourd’hui.

On va me répondre que je n’y connais rien, que je suis un extrémiste inconscient. Je rappellerai quand même que le déficit public français est passé de 51 milliards d’euros en 2007 à 142 milliards en 2009, pour une récession relativement modérée (2,5% du PIB).

Dans le contexte actuel, il est évidemment peu probable que les créanciers de la France acceptent de continuer à lui prêter avec de tels déficits, la rigueur et les réformes adoptées en catastrophe par des dirigeants complètement dépassés par la situation risquent alors d’être très brutales. Mais pour l’instant, tout va bien, et nous attendons simplement le prochain grand débat parlementaire sur la taxation des bouts de gras du jambon fumé, puis des émissions de CO2 des propriétaires de cheminée à la campagne, qui permettront de réduire nos déficits publics de 0,01%, si par malheur les prévisions de croissance venaient à être révisées de 1% à 0,95%.

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  1. On note effectivement une baisse des recettes publiques en cas de récession mais bien souvent, on oublie qu’il y a récession parce qu’au préalable, il y a eu hausse des dépenses. Le récent plan Fillon est une nouvelle preuve que cette étape du raisonnement a beaucoup de mal à se frayer un chemin jusqu’au cervelet de nos hommes politiques.

  2. Tout de même, dans cette hausse incontrôlée des déficits, il n’y a pas que les effets indésirbales de la crise, mais aussi une gestion calamiteuse au quotidien (et c’est surtout cela qui a fait empirer les comptes publics).