La droite, sous le charme de l’écologisme

Publié Par Institut Turgot, le dans Politique

Le tropisme de la « droite » pour l’écologisme militant est aussi surprenant que remarquable.

Par Max Falque
Article publié en collaboration avec l’Institut Turgot

La dernière livraison de l’excellente revue Commentaire présente une série de libres propos anticipant sur les résultats des élections de 2012… au cas où « la droite » l’emporterait. J’ai particulièrement retenu la « Lettre d’un Persan » du 18 juin 2012 dans laquelle Bruno Durieux ironise :

Or mon cher Rhedhi, comment ce peuple si vif et ses dirigeants si expérimentés ne voient-ils pas que leur pays souffre… de maux qui paralysent depuis des lunes l’action publique et l’action privée ? L’écologisme élevé ici au rang de religion d’État. La droite se montre plus dévote que la gauche quand celle-ci jouit du soutien massif de son clergé ! Le résultat de ces assauts de bigoterie environnementale est d’un coût collectif considérable mais caché. Des normes innombrables et coûteuses, des règles paralysantes, un état d’esprit recroquevillé, affectent le dynamisme économique, l’esprit d’entreprise, les équipements collectifs et la confiance dans l’avenir ».

En effet, le tropisme de la « droite » pour l’écologisme militant est aussi surprenant que remarquable :

  • la présentation solennelle par Al Gore à l’Assemblée nationale en 2006 de son film-catastrophe sur le réchauffement climatique,
  • les hommages officiels et appuyés aux films larmoyants sinon ridicules des frères ennemis Yann Arthus Bertrand et Nicolas Hulot sortis en 2009,
  • la signature humiliante par le candidat Sarkozy de 2007 du « Pacte écologique » de Nicolas Hulot,
  • la constitutionnalisation du « principe de précaution »,
  • l’organisation du « Grenelle de l’environnement », porteur de promesses impossibles et d’amertume,
  • le financement inconsidéré d’associations militantes.

Les exemples de réglementations, rarement efficaces mais toujours coûteuses, dont la droite est responsable sont multiples. En voici quelques-unes :

  • obligation des lampes à basse consommation,
  • rationnement et pénurie organisée des terrains constructibles,
  • contraintes sur l’assainissement individuel au profit des stations d’épuration,
  • remplacement des canalisations en plomb, y compris dans les régions calcaires,
  • normes d’isolation dans l’habitat et obligation de multiples constats techniques préalables à la location et à la vente d’immeuble,
  • protection d’espèces nuisibles tels le cormoran, le loup, le renard, la martre,
  • assurance obligatoire et indemnisation quasi-automatique des habitations construites en zones inondables,
  • taxation de l’enlèvement des ordures ménagères indépendante des quantités produites,
  • obligation d’additif de biocarburant dans l’essence,
  • statut du fermage, contrôle des structures, intervention des SAFER aboutissant à l’extension des friches… voire de la corruption,
  • multiplication des autorisations pour créer une exploitation aquacole aboutissant à une interdiction de fait
  • recours inconsidéré aux énergies nouvelles coûteuses et polluantes,
  • refus de mettre en place des quotas individuels transférables pour la pêche pour éviter la tragédie du libre accès.

Cette « folie réglementaire », selon l’heureuse expression du sociologue Michel Crozier, a plusieurs causes :

– l’environnement constitue le domaine idéal pour la multiplication des règlements; tout comme la santé, l’environnement, devenu un impératif moral sinon religieux, « n’a pas de prix » ;
– le pouvoir politique, qui trop souvent échange des avantages contre des votes, voit ses marges d’action contraintes par l’impossibilité de dépasser la limite des prélèvements obligatoires et le recours à l’emprunt: la multiplication des réglementations permet ainsi de poursuivre à bon compte les avantages du « marché politique » ;
– les administrations trouvent dans l’élaboration, la mise en œuvre et le contrôle des réglementations une justification à leur croissance et leur pouvoir ;
– les responsables économiques, à savoir les très grandes entreprises, ont compris depuis longtemps que les réglementations, sous réserve d’en contrôler le contenu, étaient le meilleur moyen de limiter la concurrence et de s’assurer un monopole de fait ;
– les associations de protection de l’environnement escomptent un rôle accru dans la mesure où leurs actions pourront être portées devant la justice et qu’éventuellement elles puissent jouer un rôle de médiateur leur assurant une influence, voire des financements de complaisance…

Aussi utiles qu’elles puissent être, ou simplement paraître, ces réglementations ont toujours un coût mais, à la différence d’autres politiques telles que les subventions, la fiscalité ou l’embauche de fonctionnaires, elles échappent à tout contrôle budgétaire. Outre leurs coûts, ces réglementions compliquent la vie des citoyens, limitent leur liberté, bloquent l’innovation et entraînent une multiplication des contrôles et de la paperasserie tant il est vrai que « le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier », selon les termes d’Alexis de Tocqueville et que Frédéric Bastiat prolonge : « Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit. »

Quel que soit le résultat des élections, les responsables seront confrontés à une très grave crise économique et devront réviser leur vision angélique : l’environnementalisme n’est pas la solution mais bien au contraire participe à l’aggravation des déficits publics et privés. La droite serait bien inspirée de cesser sa surenchère auprès d’un électorat qui ne votera jamais pour elle et de proposer une politique environnementale fondée sur les droits de propriété et les instruments économiques moins coûteux, plus efficaces et respectueux de la liberté. C’est d’ailleurs la conclusion de la lettre de notre Persan qui conseille au nouveau pouvoir de « lancer une nouvelle politique de l’environnement, positive, constructive, confiante dans le progrès, une politique qui sauve la planète par la connaissance plutôt que par l’ignorance ou le fantasmatique ».

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Article publié sur le site de l’Institut Turgot le 12.10.2011, reproduit avec l’aimable autorisation de l’Institut Turgot. Article publié originellement dans La Tribune en date du 03.09.2011.

(*) Max Falque est délégué général de l’ICREI (International center for research on environmental Issues.

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  1. Article auquel on ne peut que souscrire.
    Religion d’Etat devant laquelle il convient de se prosterner et d’être dévot. NKM est polytechnicienne option biologie : comment peut-elle sans rire prendre la relève d’un Borloo déconsidéré par son Grenelle et qui a jeté l’éponge de la présidentielle uniquement pour ne pas se couvrir de pipi.
    Expérience (je l’ai faite !) : prenez deux sociétés de diagnostic de performance énergétique, leurs logiciels prendront en compte des critères si différents que votre bien immobilier sera en B pour l’un, en F pour l’autre.
    C’est dire le sérieux de la chose…

  2. Je nuancerai l’article. Une grande partie de ces réglementations absurdes nous vient tout droit de Bruxelles, ce prétendu « bastion de l’ultralibéralisme »… La droite n’est que forcée de l’appliquer, bien qu’elle le fasse parfois, il est vrai, de bon cœur.

    1. Personne à Bruxelles n’a obligé la France, pour l’instant en tout cas, à interdire la culture des OGMs (interdiction dénoncée d’ailleurs par l’Europe), à interdire l’exploration (oui, l’exploration !) du gaz de schiste, à interdire l’exploitation du charbon dans la Nièvre (où il suffit de gratter le sol pour en produire), à subventionner grassement le vent et le solaire (alors que même les Allemands, champions prétendus de l’économie verte, ne nous arrivent pas à la cheville en terme de renouvelables/habitant, now), à instaurer une loi du littoral toujours plus pesante et liberticide, à faire le lavage de cerveau dans nos écoles pour l’écologisme et autres conneries durables, etc…

  3. La nature a horreur du vide.
    La communisme est mort,
    Le nazisme est mort:

    VIVE L’ECOLOGISME!
    Les peuples, dit-on, sont épris de Liberté mais aveuglément se laissent mener à la servitude.

  4. Pour prendre un exemple, la réglementation pour l’isolation des habitats est très importante, et heureusement qu’elle a été prise. Ce n’est pas parce que l’on est libéral qu’il faut rejeter toute réglementation, à partir du moment où elle est juste, et peu complexe (simple a appliquer)

    Il manque un cadre fiscal simple et écologique portant sur tout le pays, cela agirait comme une sorte de protectionnisme modéré, à l’instar de certains pays nordiques qui s’en sont très bien sortis avec … (et ont pris de l’avance bien sûr car si l’on attend qu’il y ait unanimité en Europe …)

    1. En quoi est-il juste d’augmenter de force le coût des logements ? (Sans même aborder le fait qu’il n’y a aucune raison valable pour le faire).

    2. Bonjour Guillaume,

      Je pense justement que si personne (ou presque) ne souhaite investir dans l’isolation, c’est parce qu’à l’heure d’aujourd’hui, ce besoin ne se fait pas sentir.
      Cela ne veut pas dire que, dans un marché libre, il n’y aurait pas de normes, mais elles seraient fixées par les entreprises, en gage de qualité (comme les labels).

      Je ne suis donc pas contre l’isolation, mais plutôt contre cette manie des pouvoirs publics de se croire plus malins que les consommateurs.

  5. « la réglementation pour l’isolation des habitats est très importante »
    ———————-
    Et pourquoi pas une réglementation sur la propreté des cuisines, sur la longueur maximale du gazon ou sur la quantité d’eau permise dans les piscines ????

        1. On n’a pas attendu l’Etat ou l’écologisme pour isoler l’habitat !!!!,
          ça doit bien faire une cinquantaine d’années que l’habitude a été prise de mettre une couche de laine de verre dans les greniers, le double vitrage doit exister depuis une bonne trentaine d’années, les maisons anciennes en pierre ont des murs de 1 m d’épaisseur, l’habitat ancien préférait les petites fenêtres aux larges baies vitrées. Ce n’est que depuis la construction en parpaings accessible à tout le monde que les factures de chauffage se sont envolées.

          Et puis, l’expression « la France est en retard sur… » est très réjouissante. On est sûr que suivra automatiquement la dernière lubie à la mode. Pour la pelouse, c’est en route, l’écologisme est en train d’interdire un des composants, je ne sais plus si c’est la fétuque ou le raygrass, accusés d’envahir au détriment de la bonne vieille mauvaise herbe indigène. Les Grunen allemands y sont déjà parvenus. Fini la pelouse manucurée, vive la friche. La France est « en retard sur… » !

  6. L’écologie est un mouvement conservateur qui trouve très logiquement sa place à droite. Les écologistes sont des néo platoniciens. Ils voient dans la Nature un monde idéal qu’il faut préserver. Cela ressemble furieusement à la théorie des « formes » et des « idées » de Platon.

    Situer l’écologie à gauche est aussi absurde que de placer le libéralisme à droite.

  7. C’est beau la théorie, mais en pratique :

    Bcp trop de bâtiments sont encore mal isolés, la précarité énergétique coûte cher aux propriétaires, mais aussi au pays dans son ensemble.

    En Suède par ex, je pourrais citer bcp d’exemples pratiques innovants et propres qui ont été mis en place par les acteurs privés et publics depuis que la T de CO2 est à ~100€

    Pour moi, l’écologie, c’est comme le libéralisme, elle transcende les positions binaires (donc peuvent très bien se retrouver à dte comme à gauche)

    => pour un système de vote 50% majoritaire 50% proportionnel (on y viendra bien un jour à la fameuse 6me République!)

    1. « La précarité énergétique » : ???
      J’imagine que vous êtes, comme la plupart d’entre nous, dans le coton bien douillet d’un appartement avec chauffage central ou individuel. Que votre rêve est d’habiter une yourte avec poêle à granules et toilettes à sciure ? Eh bien, réalisez votre rêve mais ne l’imposez pas aux autres. Merci.

    2. Guillaume Besset: « Bcp trop de bâtiments sont encore mal isolés, la précarité énergétique coûte cher aux propriétaires, mais aussi au pays dans son ensemble. »

      Au pays dans son ensemble ? C’est le pays qui chauffe les propriétaires énergétiquement précaires ?
      Ou alors le pays est mal isolé aux frontières et on chauffe gratuitement nos voisins européens (qui en profitent un max) ?

    3. L’ironie suprême, c’est que les intégristes verts qui prétendent nous préserver de la précarité énergétique sont les mêmes climato-hystériques qui n’ont jamais caché leur intention de faire exploser le prix de l’énergie avec leurs plans foireux d’énergie renouvelable, de bourse carbone et autres taxation de l’air pour « protéger le climat » (cf leur crédo décroissant du « li pétrole, pas assez cher, mon fils »).

      Mieux encore dans l’ubuesque, ils veulent nous aider à isoler contre le froid pour mieux lutter contre le… réchauffement climatique.

      Pour paraphraser Desproges, il ne faut pas trop s’inquiéter des imbéciles, avec un peu d’entraînement, on peut en faire des écolos.

      1. ça m’a toujours fait rire ça: que des gens soient prêts à payer plus cher pour se chauffer (ou s’isoler du froid ) et ce pour lutter contre un réchauffement.. ^^
        La boucle de la bêtise est bouclée.

  8. Personne à Bruxelles n’a obligé la France, pour l’instant en tout cas, à interdire la culture des OGMs (interdiction dénoncée d’ailleurs par l’Europe), à interdire l’exploration (oui, l’exploration !) du gaz de schiste, à interdire l’exploitation du charbon dans la Nièvre (où il suffit de gratter le sol pour en produire), à subventionner grassement le vent et le solaire (alors que même les Allemands, champions prétendus de l’économie verte, ne nous arrivent pas à la cheville en terme de renouvelables/habitant, now), à instaurer une loi du littoral toujours plus pesante et liberticide, à faire le lavage de cerveau dans nos écoles pour l’écologisme et autres conneries durables, etc…
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