La sécurité sociale américaine, un schéma de Ponzi?

Publié Par Michael D. Tanner, le dans Social

Rick Perry, le gouverneur du Texas et espoir républicain pour la présidentielle américaine de 2012, a essuyé récemment des critiques pour avoir décrit la Sécurité sociale comme une « chaîne de Ponzi », lors du débat télévisé des primaires présidentielles de la semaine dernière (un argument qu’il a défendu dans les colonnes de USA Today). Cette comparaison est-elle exagérée?

Par Michael D. Tanner, depuis les États-Unis
Article publié en collaboration avec le Cato Institute

Le gouverneur du Texas Rick Perry est critiqué pour avoir qualifié la Sécurité Sociale de « Schéma de Ponzi ». Même Mitt Romney, selon certaines informations, se prépare à l’attaquer pour avoir défendu une position aussi radicale. Mais si on doit lui reprocher une chose, c’est d’avoir été trop gentil.

Le schéma de Ponzi original est une création de Charles Ponzi. Le pauvre mais entreprenant immigré italien commença, à partir de 1916, à convaincre des gens de le laisser investir leur capital. Toutefois, Ponzi n’effectua jamais aucun investissement. Il prit simplement l’argent donné par les derniers investisseurs et le donna aux premiers, en y ajoutant un profit incroyable pour ces derniers. Il utilisa ensuite ces premiers investisseurs très satisfaits comme publicité pour attirer encore plus d’investisseurs. Malheureusement, pour continuer à payer les premiers investisseurs Ponzi devait en trouver toujours plus. Finalement, il ne put élargir encore le nombre d’investisseurs assez rapidement et la combine s’effondra. Ponzi fût condamné pour fraude, et envoyé en prison.

La Sécurité Sociale, d’un autre côté, force les gens à y investir à travers une taxe obligatoire. Une petite partie de cet argent est utilisée pour acheter des Bons du Trésor que le gouvernement devra finir par racheter, mais la vaste majorité de cet argent que vous payez à la Sécurité Sociale n’est pas investi dans quoi que ce soit. Au lieu de ça, l’argent que vous donnez au système est utilisé pour payer les bénéfices à ces « premiers investisseurs » qui sont aujourd’hui retraités. Quand vous prendrez votre retraite, vous devrez compter sur la génération suivante de travailleurs pour payer les taxes qui financeront vos bénéfices.

Tout comme dans le schéma de Ponzi, c’est un très bon calcul pour ceux entrés tôt. La toute première bénéficiaire de la Sécurité Sociale, Ida Mae Fuller du Vermont, a payé seulement 44 dollars en taxe de Sécurité Sociale, mais a récolté au cours de sa longue vie 20 993 dollars de versements. De tels retours sur investissement étaient possibles parce qu’il y avait beaucoup de travailleurs qui mettaient de l’argent dans le système, et seul peu de retraités en bénéficiaient. En 1950, par exemple, chaque retraité était pris en charge par 16 travailleurs. Aujourd’hui, il n’y en a qu’un peu plus de trois. Autour de 2030, on descendra aux environs de deux.

Tout comme dans le schéma de Ponzi, quand la source de nouveaux contributeurs s’assèche, payer les versements promis devient impossible. Les vieux versements aux montants élevés sont de l’histoire ancienne depuis longtemps. Quand les jeunes travailleurs d’aujourd’hui prendront leur retraite, ils recevront des sommes bien en deçà de ce que les investissements privés auraient pu leur rapporter. Nombre d’entre eux devront s’estimer heureux s’ils rentrent dans leurs frais.

Au final, la pyramide s’écroule.

Bien entendu, la Sécurité Sociale et le schéma de Ponzi ne sont pas parfaitement analogues. Ponzi, après tout, devait compter sur la volonté des gens à consentir à investir avec lui. Lorsqu’il n’a plus réussi à convaincre assez de nouveaux investisseurs de rejoindre son système, il s’écroula. En revanche, la Sécurité Sociale peut se reposer sur le pouvoir du gouvernement à lever des taxes. Au fur et à mesure que le nombre toujours plus petit de travailleurs qui mettent de l’argent dans le système rend le maintien des sommes versées toujours plus difficile, le gouvernement peut simplement forcer la population jeune à payer encore plus.

En fait, les taxes de la Sécurité Sociale ont été augmentées 40 fois depuis le début du programme. La première taxe s’élevait à 2% (divisée entre l’employeur et l’employé), limitée à 3.000 dollars de revenu. Cette taxe s’élevait donc à 60 dollars au maximum. Aujourd’hui, elle s’élève à 12,4%, limitée à 106.000 dollars de revenus (pour un maximum de prélèvement de 13.234 dollars). Même en prenant en compte l’inflation, cela constitue une hausse de plus de 800%.

De plus, au moins jusqu’à l’effondrement de sa pyramide, Ponzi était plus ou moins forcé à payer ce qui avait été promis aux premiers investisseurs. Avec la Sécurité Sociale, en revanche, le Congrès peut toujours modifier ou annuler les versements dans le but de maintenir le système à flots.

La Sécurité Sociale doit faire face à plus de 2000 milliards de dollars de futurs versements non-provisionnés. Augmenter les taxes et réduire les versements suffisamment pour maintenir la Sécurité Sociale signifie évidemment une dégradation sans fin des conditions pour les plus jeunes travailleurs. Ils seront forcés de payer plus, et toucheront moins.

Rick Perry a tout compris.

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Article originellement titré Yes, It Is a Ponzi Scheme et publié sur le site du Cato Institute le 18.09.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du site. Une version de cet article a également été publiée dans la National Review (Online) le 31 aout 2011.
Traduction: eDoK pour Contrepoints.

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  1. le système de retraite français n’est il pas un schéma de ponzi ? »Au fur et à mesure que le nombre toujours plus petit de travailleurs qui mettent de l’argent dans le système rend le maintien des sommes versées toujours plus difficile, le gouvernement peut simplement forcer la population jeune à payer encore plus »:c’est exactement la dernière reforme des retraites en france.

    1. Si bien sûr. Tout système par répartition est une escroquerie, strictement et explicitement interdite (tout régime de retraite DOIT, c’est la loi, disposer de réserves à hauteur des engagements qu’il prétend assumer ; autrement dit la capitalisation est obligatoire ) ; d’où le scandale (étouffé) du CREF.