Relever le plafond de la dette, un chèque en blanc!

Publié Par David Descôteaux, le dans Amérique du Nord, Canada

De Montréal, Québec.

Ce qui se passe aux États-Unis, où les politiciens veulent défoncer le plafond de la dette publique pour pouvoir dépenser plus, devrait nous rappeler quelque chose qui s’est passé ici même au Québec, il n’y a pas longtemps.

Nous avons aussi haussé — de manière différente — la limite sur notre carte de crédit collective. C’était il y a deux ans. Mais contrairement aux Américains, nous n’avons pas engagé de débat.

Souvenez-vous. Pour éviter un dérapage des finances publiques, le Québec s’était doté en 1996 d’une loi antidéficit. Cette loi dit au gouvernement : si vous creusez un déficit, vous avez 5 ans pour faire des surplus et revenir à l’équilibre. Et vous devez rembourser 75 % du déficit dans les 4 premières années.

En 2009, le Parti libéral du Québec décidait de suspendre cette loi, par bâillon. Le gouvernement Charest voulait pouvoir dépenser et cumuler des déficits d’une douzaine de milliards pendant 5 ans, sans devoir les rembourser. La génération suivante payera! Et en 2014, on fera quoi? Le gouvernement – et le gouvernement seul – jugera si l’économie est suffisamment « rétablie » pour remettre la loi en vigueur.

Crise? Vraiment?

À l’époque, le ministre Raymond Bachand affirmait – un brin démagogique – qu’on serait fou de maintenir la loi sur l’équilibre budgétaire. Sinon le gouvernement n’aurait d’autre choix, vu la « pire crise économique depuis les années 1930 », que de couper dans la Santé ou l’Éducation…

On peut questionner la sincérité et le sens des priorités du gouvernement quand, par l’entremise des manchettes quotidiennes, on constate que la « pire crise économique depuis les années 1930 » n’a aucunement ralenti le gaspillage, ni les multiples dépenses douteuses dans l’appareil de l’État.

En fait, les politiciens donnent l’impression qu’ils savent seulement faire une chose avec un budget : le défoncer. Au cours des dix dernières années – années de forte croissance économique –, les gouvernements québécois ont non seulement échoué à réduire la dette, mais celle-ci a augmenté.

Quand ça va bien, on s’endette. Quand on se fait grafigner par une crise économique, on panique, on court chez le banquier et on crie : « je veux une autre carte de crédit, vite! » Ce sera quoi lorsqu’une vraie tempête va frapper?

Les caves

En vérité, le gouvernement libéral s’est donné en 2009 un chèque en blanc. Une carte de crédit « Gold », avec fonds illimités. Que nous devrons tous payer. La facture sera moins douloureuse s’il brise la carte en deux et la jette d’ici 3 ans, comme il l’a promis. Mais permettez-moi d’en douter.

Le toujours éloquent Joseph Facal avait bien résumé ma pensée à l’époque : « Depuis des décennies, nous vivons au-dessus de nos moyens. Il n’y a plus de place sur notre carte de crédit collective. Pire, le nombre de travailleurs va bientôt baisser, et le nombre de retraités va augmenter. Les revenus du gouvernement vont donc freiner, et les dépenses vont s’accélérer. Ce n’est pas de la droite, mais des mathématiques […] On continue cependant à nous prendre pour des caves. »

Petit rappel : cette année le gouvernement pigera en moyenne près de 1800 $ dans vos poches de travailleur – l’équivalent de deux paiements hypothécaires – pour payer les intérêts de sa dette (selon son plan budgétaire). Pas la dette. Juste les intérêts.

Bien sûr, les gouvernements ont souvent contourné la loi antidéficit dans le passé. N’empêche, on a enlevé aux contribuables québécois le seul outil qu’ils possédaient pour se prémunir, et prémunir leurs enfants, contre le fardeau d’une dette qui compromettra leurs projets et leurs aspirations.

Et les Américains, à tort ou à raison, s’apprêtent à faire de même. Pour la dixième fois depuis 2001…

Article repris avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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    1. y’a pas que des « méchants » ; il y a aussi des politiciens qui pensent sincèrement qu’il serait mieux d’avoir un budget à l’équilibre, et les circonstances politiques leur sont parfois assez favorables pour qu’ils obtiennent quelques concessions du genre de ces plafonds.

  1. Je pense que pour les articles venant de la belle province il serait utile de préciser que le mot « libéral » n’a pas du tout le même sens là-bas que de ce côté-ci de l’Atlantique. Le lecteur non averti pourrait se fourvoyer.