Propriétaire à durée limitée et taxabilité infinie

Publié Par h16, le dans Édito

Propriétaire à durée limitée et taxabilité infinie

Voilà enfin une nouvelle qui va réjouir ceux qui humidifient leur pantalon à l’idée d’une action vigoureuse de l’Etat. Pour résoudre l’épineux problème de l’immobilier sur Paris, la fine équipe de Bertrand Delanöe a trouvé une solution du tonnerre de Brest : proposer aux acheteurs de ne plus être propriétaires à vie.

Il faut bien comprendre une chose dans ce pays : si l’on veut réellement avoir une chance d’aboutir à un vrai paradis collectiviste, il faudra procéder doucement, comme pour la cuisson du crabe.

L’important est de retirer les libertés individuelles avec tact et doigté, en criant à chaque fois que sans ça, l’ultralibéralisme sans frein va boulotter de la solidarité, du tissu social, de la fraternité et qu’en conséquence, il faut s’unir, tous ensemble on peut y arriver, et abandonner les facilités bourgeoises d’une vie égoïste.

En fait, à chaque problème provoqué par l’Etat correspondra une solution proposée par l’Etat qui viendra accroître le problème et rendre son intervention toujours plus nécessaire.

Pour cette fois, on va donc établir un constat sanglant : le prix du m² devient délirant, les gens n’arrivent plus à acheter sans un apport personnel, et les conditions d’obtention de crédit sont scandaleusement étriquées. C’est lamentable. C’est inique. C’est discriminant. C’est, pour tout dire, anti-démocratique, anti-républicain, et je soupçonne même que c’est anti-pauvres.

maison en cartonLe constat est posé. On peut attaquer la solution. Et là, on fera tout en douceur. Comme une caresse délicate, un véritable Flanby gobé calmement qui passera direct du pot au gosier sans faire marcher les dents, on présentera l’Idée dans un mouvement de bras ample et souple, comme certains serveurs indiens lorsqu’ils présentent le plateau argenté sur lequel repose la facture à la fin d’un bon repas. C’est très simple : puisque devenir propriétaire semble attirer les convoitises, réduisons la durée du contrat. Au lieu de devenir propriétaire, vous allez devenir locataire de l’Etat, pendant 99 ans.

Vous payerez, bien sûr, les murs. Vous payerez, aussi, cela va de soi, la TVA sur la construction, ou sur la passation des titres de possession (on ne peut plus dire « propriété »). Vous payerez bien évidemment la taxe d’habitation, ainsi que la taxe foncière. Après tout, merde, vous possédez les murs pendant 99 ans ; vous êtes donc un bourgeois privilégié qui dispose d’un toit assuré ! Et enfin, puisque vous n’êtes que locataire, on adjoindra un petit loyer de gnagna milliers d’euros par an. Disons 1500 à 2000, dans un premier temps, mais ce chiffre n’est pas contractuel, la Mairie de Paris se réserve bien sûr le droit de modifier avec ou sans préavis les termes et montants de cet accord, seul le prononcé fait foi et toute ressemblance avec des situations ou des personnages futurs, présents, ou passés dans certains pays soviétiques serait purement fortuite.

Oh. On me souffle dans l’oreillette — que tout libéral reçoit en kit avec les mocassins à gland et ses premiers spare-ribs d’enfants communistes à griller soi-même — que cette idée révolutionnaire a déjà été tentée, notamment en Angleterre.

Et c’est vrai : la couronne conserve la réelle propriété du bien, et les habitants font des contrats de « possession » sur 99 ans. C’est très amusant que ce soit l’adjoint PS au maire chargé du logement, Jean-Yves Mano, qui propose lui-même cet exemple pour étayer son Idée lumineuse.

A bien y réfléchir, on comprend pourquoi le brave adjoint s’appelle Mano et pas Intellectualo. Il faudra lui expliquer, d’une part, que prendre, en France, exemple sur une monarchie, c’est plutôt mal vu. Sacré Mano.

En outre, il me semblait que, tout de même, la perfide Albion était régulièrement dépeinte comme l’enfer ultra-libéral qu’il est de bon ton de moquer et de vilipender. Pour un socialiste, prendre exemple sur un pays turbo-libéral et rédhibitoirement capitaliste, c’est plutôt couillon, hein, mon Mano ?

Enfin, je ne voudrais pas avoir l’air de trop faire mon malin, mon brave bivalve socialoïde, mais il t’aura probablement échappé que malgré ton Idée Lumineuse, les loyers à Londres et dans la banlieue de l’industrieuse City ne sont pas exactement redescendus dernièrement. Eh oui : ton exemple est celui d’un pays où les prix au m² sont plus élevés qu’à Paris. Sacré Mano.

C’est ce qu’on appelle un triple salto arrière carpé avec écrasement facial et perte complète de râtelier.

DominoCette idée est prodigieusement stupide. Elle est basée sur un prédicat remarquablement idiot. Elle est propulsée par un socialiste qui doit s’enorgueillir d’avoir les deux chiffres de son QI qui tiennent sur un domino.

Que tout aura été fait, par les thuriféraires de l’action étatique, pour que la situation soit exactement celle-là ne l’effleure pas. Il ne peut y penser : il n’est pas équipé pour. Le seul canal qui peut convoyer quelque chose dans les êtres frustres qui proposent des idées pareilles est celui qui permet au Flanby de tout à l’heure d’aller d’un orifice à l’autre avec un minimum d’étapes digestives.

Qui aura, précisément, accru la rentabilité de la spéculation avec les lois Scellier, Borloo, De Robien, j’en oublie ?
Qui aura imposé des normes (sécurité, écologie, consommation, etc.) toujours plus pointilleuses qui n’ont jamais pu faire baisser les coûts de construction ?
Qui aura distribué des prêts à taux zéro, endettant ainsi massivement certains Français qui n’auront eu d’autre choix que de spéculer sur la hausse de leur maison en carton pour arriver à s’en sortir ?
Qui aura imposé des plans d’occupation des sols ? Qui décide de l’habitabilité d’une zone ?
Qui ponctionne à chaque étape, de la construction à l’héritage, rendant l’ensemble de l’opération encore plus coûteuse ?
Qui impose toujours plus d’obligation sur les propriétaires, rendant ces derniers à ce points réticents à louer que, les mauvaises expériences aidant, les loueurs augmentent leurs tarifs pour ne récupérer que les plus solvables, les plus … sûrs ?

Mais ce sont les libéraux, bien sûr ! Ce sont les spéculateurs !

Puisque c’est Mano qui vous le dit !
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  1. Il faudra qu’un « expert » (l’immense Benoist Apparu par exemple) nous explique un jour ou l’autre comment les ménages font pour « spéculer » avec leurs résidences principales (ou même secondaires), alors qu’ils supportent des crédits de 18 ans en moyenne et qu’ils placent leurs maigres économies dans des livrets A ou de l’assurance-vie (qui financent grassement ceux qui les accusent de spéculer).

    Pas de doute, ils sont géniaux, ces français ; tandis que certains petits bras s’échinent à spéculer à la seconde, les français sont capables d’anticiper presque 20 ans à l’avance les évolutions économiques pour en tirer un profit indécent ! Il paraîtrait même que certains réussissent à « shorter » leurs résidences principales !

    Ah oui, c’est vrai que tout propriétaire est riche et que pour devenir riche, il faut nécessairement tricher, donc spéculer. Conclusion imparable, tout propriétaire est un spéculateur.

    Avec cette proposition, la gauche, Delanöe et tous les collectivistes tombent le masque (une fois de plus). Au prétexte de taxer les « riches », ils n’ont d’autre but que de rançonner l’essentiel de la population et de mater les vils faquins qui tentent d’échapper à leur sujétion par la propriété.

  2. Argumentation plutôt étrange…. Si ce n’est pas intéressant, les investisseurs bouderont le dispositif. Ci ça l’est ils l’adopteront. La loi du marché, quoi.
    Je ne vois pas tellement en quoi cela limite la liberté de qui que ce soit. L’article tiens vraiment du procès en hérésie.

    1. Oui, oui, bien sûr. On commence par une proposition doucereuse et dix ou vingt ans plus tard on en fait une loi, après un lavage de cerveau en règle orchestré par « l’opinion publique », sur le mode « salauds de riches propriétaires qui exploitent les pauvres locataires ». Le procédé est parfaitement maîtrisé par les collectivistes, qui bavent en réalité sur les 7000 milliards de valeur des biens immobiliers des français, pour rembourser en un clin d’oeil la dette publique.

      1. Une loi sur quoi? Qui va spolier qui? Vous racontez n’importe quoi.
        En fait les baux empythéotiques proposés par des collectivité locales existent depuis longtemps (on les utilise pas pour le logement, mais par exemple c’est très utilisés pour les stades, par exemple) et personne ne les remet en cause. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une forme de transaction dans laquelle les deux parties trouvent leur avantage, soit typiquement quelque chose qui sert le marché. Ca n’a rien de collectiviste, au contraire.

        En fait, vous n’êtes pas vraiment libéral (mais comme beaucoup de gens qui prétendent l’être en fait).

        1. h16h16 Auteur de l’article

          Quel raisonnement génial. De loin, ça tient presque debout.
          Le fait que ce magnifique montage soit proposé par des socialistes et régulé par l’état et que ce soit pour résoudre un problème lié à un trop grand interventionnisme ne semble pas vous défriser. Les socialistes qui proposent une mesure libérale, c’est normal, après tout.

          Bon, revenons au fond : si ça n’a pas marché à Londres, pourquoi ça devrait marcher à Paris ?

          1. Les socialistes qui proposent une mesure libérale, c’est normal, après tout.

            Tu m’étonnes! C’est vrai qu’un socialiste qui privatise une entreprise publique, on ne voit jamais ça…
            A Londres, ca n’a évidemment pas fait baisser les prix de l’immobilier (mais là-bas c’est la règle et non l’exception, les terrains appartiennent quasiment tous à la reine et à je ne sais plus quel Lord), ça n’a pas non plus tué le marché de l’immobilier ni ruiné qui que ce soit. Je ne vois donc pas de quoi on se plaint.

      2. Mouais, je ne pense pas qu’ici ça aie quoique ce soit à voir avec la dette. Simplement, il y a un gros problème e bulle spéculative immobilière sur Paris, et chacun cherche des solutions. Les socialistes trouvent, eux, des idées… socialistes. Rien de particulièrement extraordinaire.

        Ceci dit, j’aurais aimé que l’article détaille un peu plus la chose. J’ai regardé vite fait les articles de quelques tenants, mais je n’ai pas vraiment vu de grosse conséquence, le projet reste très léger (et hypothétique, apparemment).

        D’ailleurs il y aurait sûrement matière à faire en comparaison avec l’Allemagne, qui utilise aussi un gros contrôle étatique notamment sur le prix des logements. Le logement se porte très bien chez eux, certainement plutôt grâce à l’offre bien plus fournie. Mais en comparaison avec la bulle parisienne, il y a peut-être 2-3 choses à en déduire, vu que là aussi l’offre est supérieure à la demande.

  3. L’article commence par « Et si les règles de la propriété changeaient?  » et se termine par l’indispensable « Le débat est lancé. »

    Un grand classique parmi les classiques, quoi : « le débat est lancé » précède la vaseline, d’habitude.

    Pas vraiment libéral ? Touché au coeur ! Vite, il me faut un formulaire de plainte pour discrimination ! Et puis, Grand P va sûrement venir ventre à terre pour me consoler : j’ai besoin d’une explication circonstanciée à la sauce anarcho-austro-Péenne « chimiquement pure ».

    1. Ba je me méfie toujours des argumentations des libéraux où, dès qu’on qu’on creuse un petit peu, on s’aperçoit que les libéralisme, c’est bien uniquement quand on joue selon leurs règles à eux. En l’occurrence, votre argumentation consiste vouloir protéger un certains nombre d’avantages acquis à un petit nombre de gens grâce à la forme monolithique et exclusive de la propriété privé. Sur le fond, vous ne raisonnez pas différemment du syndicaliste de SUD-rail de base.

  4. En passant l’exemple des chefs de village africains est pas mal quand on sait les pouvoirs qu’ils ont justement via ce genre de mécanismes… çà en fait de vrais petits despotes !

    Par contre je pensais qu’une mesure appliquée à Londres serait forcément libérale non ? ;-)

    Enfin en matière de logement je ne comprends toujours pas pourquoi le neuf se vend mal alors que les prix sont élevés..à cause justement d’une pénurie de logements !