Noter les agences de notation ?

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Économie internationale

Dans un article sur AgoraVox, monsieur Michel Santi propose de noter et de sanctionner les agences de notation. Voici ma réponse (dans les commentaires) :

(Illustration René Le Honzec)

À propos des agences de notation Michel Santi se demande « en vertu de quelle loi divine ou autre tradition ancestrale des personnages ne disposant d’aucun mandat électif s’arrogeraient-ils autant de pouvoirs sur les dettes souveraines de nos pays ».

La loi divine n’a en effet rien à voir là-dedans. Si les agences de notation ont acquis un tel pouvoir, c’est parce que ce pouvoir leur a été donné par la loi des hommes et – pour être plus précis – par les ratios prudentiels créés en 1988 et imposés par voie légale dans la plupart des pays de l’OCDE à partir de 1992 par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, la réunion des gouverneurs des banques centrales du G10.

Ces ratios – le ratio Cooke dans un premier temps suivi du ratio McDonough et bientôt d’une troisième version – ont donné aux notes des agences un caractère légal et ont ainsi obligé les banques à adapter leurs portefeuilles de crédit en fonction des décisions des agences. Ainsi, quand un État comme le Portugal est dégradé, les banques vendent les obligations d’État portugaises non pas parce qu’elles font confiance aux agences de notation mais parce que la règlementation le leur impose.

C’est cette institutionnalisation des agences qui leur a donné un tel pouvoir déstabilisateur sur les marchés, qui leur a permis de faire payer leurs notes aux émetteurs et qui, enfin, leur permet de réaliser de tels bénéfices.

Plutôt que d’appeler à « noter » les agences (et qui notera celui qui aura cette charge ?) et à les « sanctionner » (sur quelle base ?), monsieur Santi ferait mieux d’appeler à mettre fin à ce partenariat public/privé malsain.

Comment un « ancien responsable de salle de marché » peut-il ignorer ça ?

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  1. Prôné la fin du partenariat Public/Privé ne paye pas politiquement. M Santi, qui doit aussi gérer sa carrière, le sait très bien. C’est pour cela qu’il continue à privilégier le renforcement des moyens de contrôle publics pluitôt que l’auto-contrôle du marché libre (c’est à dire l’auto-contrôle par la concurrence et le libre choix).