Lettre ouverte aux Marseillais

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Non classé

Chers tous,

Il y a environ 2.600 ans, des grecs venus de Phocée débarquèrent sur les rives du Lacydon est y fondèrent un comptoir commercial. Une cinquantaine d’années plus tard [1], les Phocéens qui fuyaient l’invasion des perses de Cyrus II vinrent se réfugier dans leur colonie et, de simple relais commercial, Marseille devînt une ville.

Marseille c’est la métropole – la cité-mère –d’Agde, d’Antibes, de Hyère, de Nice et d’Aléria, c’est l’alliée de Rome et la concurrente de Carthage, la première ville de France et un des plus importants ports antiques de Méditerranée occidentale. C’est aussi la ville d’Euthymènes qui explora les côtes africaines au-delà des colonnes d’Hercule et celle de Pythéas qui remonta jusqu’au Groenland et s’approcha du cercle polaire. Marseille c’est encore la ville par laquelle la vigne [2], la religion chrétienne et l’écriture sont arrivés en Gaulle ; c’est de cette même ville que Strabon disait qu’« il n’y en a pas dont les lois soient meilleures » [3].

Notre ville c’est des siècles d’histoire, une ville qui est née et a prospéré de son commerce, de son ouverture sur le monde et de l’esprit d’entreprise des marseillais. Elle a survécu à César, aux Wisigoths, aux Ostrogoth, aux Francs, aux Sarrasins, aux Vikings, aux Catalans, à la peste, à Charles Quint et aux nazis. Fière et rebelle, jalouse de son indépendance, rien n’avait jamais réussit à réduire notre ville au silence.

Qu’avons-nous fait de notre ville ?

Là où les cannons du fort Saint-Nicolas [4] ont échoué à nous mater, l’État centralisateur a fini par nous réduire à une dépendance honteuse. Là où, pendant plus de deux millénaires, Marseille fût cet extraordinaire creuset où tout les peuples de la Méditerranée vivaient en bonne intelligence, les grands ensembles des quartiers nord et les « politiques sociales » de l’État ont réussit à nous diviser comme nous ne l’avons jamais été. Là où le gouvernement de notre ville faisait l’admiration de Strabon, nous avons laissé proliférer une classe politique corrompue qui chaque jour nous ridiculise aux yeux de ceux qui savent encore que Marseille existe. Là, enfin, où notre ville est née – le port – nous avons laissé s’installer des organisations mafieuses qui chaque année réduisent un peu plus à néant l’instrument de notre prospérité pendant des siècles. Il est inutile que je vous donne des noms, des chiffres et des faits : vous les connaissez tous, et mieux que la cours des comptes.

Aujourd’hui, on veut nous vendre un « forum mondial de l’eau », « Marseille-Provence capitale européenne de la culture » et – encore ! – du football avec l’Euro 2016. C’est ça Marseille ? Une ville subventionnée ? Une ville qui n’a rien d’autre à espérer de l’avenir que les emplois public des chantiers d’Euromed et des allocations chômage ? Nous en sommes donc là ?

Il y avait, quand j’étais gamin un T-shirt qui proclamait qu’« il y a deux sortes de gens au monde : les Marseillais et ceux qui rêvent de l’être ». J’appartiens à cette première catégorie et j’y appartiendrais toujours. Nom de Dieu ! J’aime cette ville ! J’y suis né, j’y ai grandi et je ne l’ai quitté, la mort dans l’âme, que pour trouver un job décent. J’aime Marseille. J’aime ses quartiers du cours Julien à Endoume en passant par la pointe rouge, j’aime ses calanques, la grande bleue, le mistral, les navettes de Saint-Victor, la Bonne Mère et jusqu’au nouveau « Féri-Bôate » [5] mais surtout et par-dessus tout, j’aime les Marseillais. J’aime les Marseillais parce qu’ils ont en eux cette gentillesse naturelle qui laisse croire aux parisiens qu’ils sont « superficiels ». Je les aime parce malgré leurs grandes gueules et leurs fanfaronnades, les Marseillais s’écartent encore pour laisser passer les poussettes et aident les aveugles à traverser les rues. Et je les aime, enfin, parce que pour peu qu’on laisse faire, ils sont capable de tout et en particulier du meilleur.

Alors je ne sais pas pour vous mais moi, voir notre ville dans cet état, ça me met en rage. Je ne supporte plus les dockers et les grutiers du port, les taxis, les éboueurs, les petits réseaux et cette caste politique qui a érigé la corruption et le clientélisme en art de vivre. Je ne peux plus souffrir de voir nos minos obligés de choisir entre quitter leur ville ou pointer à Pôle Emploi en ne vivant plus qu’au travers de l’OM. Réveillons-nous ! La mondialisation ? C’est nous qui l’avons pratiquement inventé et pour une ville comme Marseille, c’est une bénédiction. Récupérons notre port, débarrassons-nous des politiciens corrompus et reprenons notre destin en main. Marseille n’est rien sans les Marseillais ; sauver notre ville du déclin, c’est à nous de le faire et à personne d’autre.

Notes :

[1] En 546 av. J.-C.
[2] Probablement sur le site de l’actuelle gare St Charles.
[3] Strabon, Géographie, Livre IV, 1, 5.
[4] Construit par Louis XIV, ses cannons sont pointés vers la ville.
[5] Tout de même : la ligne maritime la plus courte du monde !

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  1. On n’a que les politiciens que l’on mérite. Pour que Marseille devienne une ville potable, c’est d’abord les marseillais qui doivent changer, c’est pas gagné.

  2. « c’est d’abord les marseillais qui doivent changer, c’est pas gagné. » Je suis Marseillais (de naissance, et j’ai toujours vécu à Marseille) et je ne peux malheureusement qu’approuver…
    Et l’appel de G. Kaplan à la fin de sa note n’est rien d’autre qu’un appel à se bouger le tafanari.
    Mais la tâche me semble rude, tant la mentalité d’ici est favorable au clientélisme, au règne des petits arrangements qui entérinent les grosses magouilles…
    Je ne suis pas optimiste, et contrairement à M.Kaplan, j’avoue avoir de plus en plus de mal à supporter cette mentalité, et cette fierté qui permet de s’affranchir de tout effort : nous avons décidé une fois pour toute qu’on pouvait être fier d’être Marseillais, et cet axiome nous aveugle et nous dispense d’agir.
    Ceci dit, un bon début serait de commencer par reconquérir le port, puis continuer par la voirie.
    PS : est-ce concerté, ou un hasard, H.Serraf publie un papier de même tonalité cette semaine, sur Atlantico : http://www.atlantico.fr/decryptage/marseillais-me-fendez-coeur-51074.html