Wisconsin, Égypte, France, même combat

Publié Par Charles Gave, le dans Politique

Le monde entier a les yeux tournés vers le Moyen Orient où de graves événements sont en train de se passer. Du coup, les autres nouvelles passent un peu à la trappe dans la mesure où les grands média semblent ne pouvoir traiter qu’un sujet à la fois. Or, il  en train de se passer dans l’État du Wisconsin aux États-Unis quelque chose qui va peut-être changer la face de nos démocraties et qui devrait attirer l’attention de tous les commentateurs.

Chacun sait qu’un certain nombre d’États aux « États–Unis » sont dans une situation budgétaire très difficile. La Californie par exemple a frôlé la faillite a plusieurs reprises depuis eux ans et est loin d’être tirée d’affaire. Des situations similaires se retrouvent dans nombre d’autres circonscriptions politiques outre Atlantique (comtés, municipalités, États, etc.). Ce que le lecteur sait peut être moins, c’est que lors des dernières élections, les Démocrates ont subi des défaites massives tant aux postes de gouverneurs qu’à tous les autres échelons locaux, assemblées législatives, municipalités (postes de maires ou de contrôleurs financiers etc.)

Lorsque les nouveaux élus Républicains sont arrivés aux commandes, remplaçant des Démocrates, ils ont constaté que ces déficits trouvaient leurs sources presque toujours dans la même pratique : les élus Démocrates avaient acheté les voix qui les avaient élus aux syndicats de la fonction publique. Je m’explique. Aux USA aujourd’hui, il n’y a plus que 7% des salariés du secteur privé qui soient syndiqués. Par contre, dans la fonction publique (enseignement, administrations locales, police, pompiers), les troupes sont massivement syndiquées. La fonction publique aux USA est donc le dernier bastion des syndicats qui se trouvent être également les principaux financiers du parti Démocrate. Comme ces élections locales suscitent rarement l’enthousiasme l’abstention y est très forte. L’arrangement était simple : les syndicats faisaient voter leurs troupes en rangs épais pour les Démocrates, ce qui, compte tenu du faible taux de participation assurait l’élection des partisans du parti de l’âne et une fois au pouvoir, les Démocrates légiféraient la retraite à 50 ans, des soins médicaux gratuits pour les fonctionnaires et toutes autres sortes de privilèges auxquels le commun des mortels n’avaient pas accès. Et ce sont toutes ces gentillesses que les Démocrates ont fait voter au profit de leurs alliés qui sont en train d’arriver à maturité et qui foutent toutes administrations locales en faillite virtuelle, puisque rien n’avait été fait pour en assurer le financement.

Devant un tel désastre il ne peut y avoir que deux attitudes. 1° Ou bien dire qu’il n’est pas question de revenir sur ces « droits acquis » et que la solution est de taxer les populations locales (les fameux riches) pour continuer à servir leurs prébendes à tous ces serviteurs désintéressés de la communauté. C’est en gros l’attitude des Démocrates et de la classe politique française dans son ensemble. 2° Ou bien analyser tous ces versements et faire un peu le ménage, en revenant sur certaines promesses qui n’engagent, comme chacun sait, que ceux qui y ont cru.

Venons-en au Wisconsin. Le gouverneur local, Républicain, et les assemblées locales, devenues républicaines, se sont rapidement rendu compte que les fonctionnaires de l’État ne contribuaient à leurs retraites qu’à hauteur de 20% de ce que faisaient les agents du secteur privé, que ces retraites étaient prises beaucoup plus tôt, et a des taux beaucoup plus élevés par rapport au dernier salaire, toujours manipulé à la hausse pour la dernière année bien entendu. Pour les dépenses médicales, les contributions étaient encore plus faibles et l’utilisation du système beaucoup plus forte, ce qui aggravait les déficits locaux. Comme chacun s’en doute et « parce qu’il n’y a pas de repas gratuit (Milton Friedman) », c’était toujours le contribuable local qui payait la note.

Le Gouverneur, Scott Walker, et les assemblées prirent donc trois décisions. 1° Faire payer aux fonctionnaires le vrai coût des largesses qui leur avaient été accordées au fil des années, ce qui parait bien normal. S’ils refusaient, et compte tenu des contraintes budgétaires, il faudrait en mettre à peu près un cinquième au chômage. À eux de choisir. 2° Amender la constitution locale pour interdire aux politiques de négocier avec les syndicats de fonctionnaires des accords pouvant avoir un impact sur des budgets ultérieurs, du type retraite à 55 ans ou soins médicaux gratuits. 3° Rendre l’inscription aux syndicats purement volontaire et renouvelable chaque année. Plus de carte forcée pour des années. Si vous voulez faire carrière dans la fonction publique ou dans l‘enseignement, il ne sera plus nécessaire d’être syndicalisé.

L’analyse est simple : quand un patron négocie avec un syndicat, il sait que s’il « lâche » trop, son entreprise va faire faillite. Un politique qui négocie avec un syndicat de fonctionnaires des avantages qui devront être payées bien après qu’il ait pris sa retraite, n’a pas cette contrainte et sera prêt à tout abandonner pour être élu ou réélu. D’où l’interdiction de négocier à plus d’un an. Les élus démocrates du Wisconsin ont alors recours à une grosse astuce pour que le projet ne puisse être voté : ils quitterent physiquement le Wisconsin pour aller se cacher dans les États voisins (absence de quorum dans les assemblées et donc pas de vote).

Du coup, cette révolte locale fait la une de tous les journaux, les avantages des fonctionnaires ailleurs qu’au Wisconsin sont révélés et tout le monde trouve que la solution n’est pas aussi idiote qu’il y parait. Ramener les fonctionnaires à un niveau de revenu et d’avantages sociaux équivalent au reste de la population parait d’autant plus raisonnable que nous sommes dans une période difficile. Fureur des fonctionnaires… et de leurs élus qui se retrouvent dans la situation de monsieur Moubarak (qui avait capturé lui aussi l’État a son profit), ne comprenant pas pourquoi le peuple se révolte. On a beau leur expliquer que « tant va la cruche a l’eau qu’elle se casse », ils ne veulent pas y croire…

On voit donc que les mêmes problèmes existent dans tous les pays du monde qu’il s’agisse de l’Égypte, de la France ou du Wisconsin. Une classe de profiteurs s’empare de l’État et trait la vache à lait à son profit exclusif. Grâce à la société d’information parfaite dans laquelle nous sommes aujourd’hui, les propriétaires de la vache, les contribuables/citoyens, prennent soudain connaissance de cet état de fait et se révoltent contre tous ces privilèges abusifs. Ce qui est en train de se passer dans le Wisconsin est donc capital. Tous nos États sont dans des situations budgétaires abominables. À l’origine de ces quasi- faillites des promesses inconsidérées faites il y a vingt ans, trente ans, et qui, bien entendu, ne pourront pas être payées. Il faut donc de toute urgence rétablir la justice sociale si nécessaire au contrat social qui unit les citoyens entre eux. Ce qui veut dire que ceux qui prennent moins de risque dans leurs vies professionnelles et qui sont payés par les impôts doivent être moins payés que ceux qui prennent des risques.

Ce retour à la justice passe donc nécessairement par une remise a plat des avantages indus que se sont octroyés les agents de l’État grâce a leur poids politique. On voit bien qu’il s’agit la d’une révolution dont les lignes de bataille sont tracées aux USA : les forces de la réaction, hostile à tout changement et dont le but essentiel est de protéger les avantages de la classe (au sens marxiste du terme) qui a pris le contrôle de l’État, sous la conduite de monsieur Obama et du parti Démocrate, contre les forces du mouvement qui préféreront toujours la liberté à l’encadrement.

Ces forces du Mouvement sont décentralisées et sans leaders et veulent retourner aux racines de ce qui a fait le succès des États-Unis, le contrôle sans concession par les citoyens de leurs États. Contre ces remises à plat, le parti démocrate et toutes ses troupes qui, pour l’instant, n’ont rien proposé si ce n’est des dépenses nouvelles au profit de leurs troupes. Pour ces remises à plat, le « Tea Party » et une partie du parti républicain, (les Républicains du sud ou de l’ouest) et de plus en plus d’Américains de base tant méprisés par nos élites européennes. La réaction, historiquement, parce qu’elle cherche à protéger des avantages acquis, perd toujours et partout contre le mouvement et les aristos perdent toujours leurs privilèges s’ils ne sont plus mérités. Les bonnes nouvelles s’accumulent donc mais la guerre sera longue et la dernière bataille aura lieu sans aucun doute en France, la matrice intellectuelle de tous les totalitarismes étatiques. Encore une fois, le plus tôt sera le mieux.

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L’état des fonctionnaires.

La fin des privilèges.

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  1. Est-ce à dire que ces même dirigeants vont aussi tailler dans leur propres revenus ?
    Si on est dans du  » faites ce que je dit et pas ce que je fais  » alors ce n’est pas très transparent comme démarche, non ?

    1. Il ne s’agit même pas d’augmenter les impôts, il s’agit de ne pas les baisser systématiquement. Comme par hasard, tous les pays occidentaux qui ont massivement baissé les impôts ces récentes années ont des déficits énormes maintenant. Mais c’est évidemment toujours la faure des privilèges indécents des fonctionnaires (tous les fonctionnaires, de la Creuse au Wisconsin, étant évidemment d’infâmes vampires suceurs de sang, on se demande même comment certains pensent encore à faire appel à eux pour éduquer leurs enfants ou éteindre leurs incendies, c’est tellement mieux de tout faire par soi-même, comme ça en plus on a la maîtrise des programmes scolaires et on ne pollue par les bons cerveaux républicains avec des choses inutiles comme la théorie de l’évolution).
      Mais Krugman, cet imbécile, explique ça très bien (cf plus bas).

      1. quels baisses d’impôts? Ou ça? En France et dans tous les pays occidentaux les impôts (tout confondus) sont sans cesse en augmentations depuis des décennies. Nous sommes tellement déformé par la rhétorique socialiste omniprésente que Lorsqu’un gouvernement baisse marginalement accidentellement UN impôt cela apparaît comme une grâce qu’il nous accorde… Inouï!! l’impôt c’est du vol, point barre.

  2. Cela dit, Krugman le fait en intro de manière plus intelligente :
    http://www.nytimes.com/2011/02/21/opinion/21krugman.html

    et rappelle les faits suivants :
     »
    In this situation, it makes sense to call for shared sacrifice, including monetary concessions from state workers. And union leaders have signaled that they are, in fact, willing to make such concessions.

    But Mr. Walker isn’t interested in making a deal. Partly that’s because he doesn’t want to share the sacrifice: even as he proclaims that Wisconsin faces a terrible fiscal crisis, he has been pushing through tax cuts that make the deficit worse. Mainly, however, he has made it clear that rather than bargaining with workers, he wants to end workers’ ability to bargain.

    The bill that has inspired the demonstrations would strip away collective bargaining rights for many of the state’s workers, in effect busting public-employee unions. Tellingly, some workers — namely, those who tend to be Republican-leaning — are exempted from the ban; it’s as if Mr. Walker were flaunting the political nature of his actions.  »

    Krugman rappelle à juste titre que la société américaine est de facto oligarchique, et que les syndicats sont avant tout des contre-pouvoirs face aux oligarchies économiques, contre-pouvoirs que Walker veut briser en utilisant des prétextes financiers à l’occasion d’une crise causée, qu’on le veuille ou non, par la dérégulation voulue et obtenue par les oligarchies financières.

  3. Tom Roud : « tous les fonctionnaires, de la Creuse au Wisconsin, étant évidemment d’infâmes vampires suceurs de sang, on se demande même comment certains pensent encore à faire appel à eux pour éduquer leurs enfants ou éteindre leurs incendies »
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    Quelle rhétorique ridicule !
    - D’un, on peut parfaitement s’octroyer des privilèges exagérés, injustes et confiscatoires pour les autres sans pour autant être des vampires (qui pour votre info, sont forcément suceurs de sang).

    - De deux, avec le monopole de l’éducation imposé par les étatistes (qui va jusqu’à la carte scolaire en France, doit on vous le rappeler), les parents ne font pas appel à l’école publique, on leur IMPOSE de fait l’école publique. Donc employer avec aplomb le terme de « faire appel », comme s’il y avait pléthore de choix pour les parents surtout les plus pauvres, c’est au mieux de l’ignorance, au pire de l’escroquerie intellectuelle.

    - De trois, les pompiers n’ont pas besoin d’être fonctionnaires, ils peuvent parfaitement être du privé voire bénévoles tout en faisant très bien leur travail, on en a de multiples exemples dans le monde et même sur plus de 80% de notre territoire. Au passage, quand il s’agit de faire les tâches les plus dangereuses, comme pour nettoyer les centrales nucléaires ou curer les égouts des villes, nos valeureux fonctionnaires aux plans de retraite en or ne manquent jamais d’appeler les sous-traitants privés qui se tapent tout le sale boulot. Bref, avec les fonctionnaires, c’est le double effet kisscool, non seulement ils ne foutent pas une rame en activité mais en plus ils nous coûtent un max à la retraite. Il faut être maso pour en faire l’apologie, il y en a qui sont tordus quand même !