L’étalon-or et les Autrichiens

Publié Par Le Minarchiste, le dans Économie générale

Dans un article paru récemment, le journaliste/bloggeur Pierre Duhamel soulevait plusieurs interrogations quant à la recommandation défendue par Maxime Bernier voulant que le Canada retourne à l’étalon-or. Je réponds ici à ces interrogations.

Tout d’abord, voici ce que M. Duhamel mentionne quant à la prescription des économistes autrichiens à l’égard du système monétaire :

« Parce que pour eux c’est précisément la croissance de la masse monétaire qui serait la seule cause de l’inflation et provoquerait les crises économiques. Pour limiter la croissance de la masse monétaire, il faut donc abolir les banques centrales qui en sont responsables, et lier la valeur de la devise à l’or. La quantité de monnaie en circulation dépendrait ainsi uniquement de la quantité d’or détenue. La création de monnaie (et l’inflation) serait modeste, parce qu’elle dépendrait de l’augmentation de la quantité d’or produite. »

La stabilité monétaire et économique ne dépend pas seulement de la présence ou non d’une banque centrale et de l’utilisation ou non de l’or comme monnaie de réserve. En fait, les économistes autrichiens en ont surtout contre le système bancaire à réserves fractionnaires. Dans ce système, les banques se permettent de prêter davantage de monnaie qu’elles n’ont de réserves. Cette façon de faire prévalait aussi avant l’avènement de la Federal Reserve, ce qui explique pourquoi de violentes crises financières sont survenues avant la création de la Fed (incluant les paniques de 1893 et 1907). En fait, le lien entre les cycles économiques et la création de monnaie ex nihilo est flagrant et infaillible…

Suite à la création de la Fed et l’abandon graduel de l’étalon-or, la manière de fonctionner des banques a changé, mais le principe est le même. Les banques prêtent les dépôts à vue, alors que ceux-ci devraient être entièrement couverts par leurs réserves. Cette façon de faire est anti-capitaliste puisqu’elle constitue un viol des droits de propriété des déposants. Lorsque les choses tournent mal, la banque centrale crée la monnaie nécessaire et la prête aux banques. Ce système a permis de réduire la fréquence des crises financières, mais d’augmenter leur intensité. L’autre conséquence importante est l’augmentation constante de l’endettement total, qui atteint maintenant des niveaux insoutenables.

Comment les banques créent de l’argent (1)
Comment les banques créent de l’argent (2)

Cette précision était nécessaire pour mieux comprendre la suite…

(Les questions en gras-italique proviennent de l’article de M. Duhamel.)

1) Si je comprends bien, la richesse d’un pays serait essentiellement définie par l’or qu’il détient et celui qu’il peut extraire. L’Afrique du Sud, la Russie, le Pérou, l’Ouzbékistan et le Ghana, parmi les principaux producteurs mondiaux, deviendraient-ils d’emblée de grandes puissances économiques indépendamment de leur niveau de développement ? Si la croissance de la quantité de monnaie émise dépend des nouvelles quantités d’or produites, fait-on dépendre le progrès économique de la planète de ces pays ?

Non ! La production d’or est présentement très faible relativement au stock d’or existant (voir ceci). Le fait d’être un pays qui en produit beaucoup n’aurait aucun impact. La richesse d’un pays est et a toujours été définie par le capital productif de son économie. Si un pays est en mesure de produire une grande quantité de biens désirables, il pourra échanger ces biens contre de l’or. Ce pays n’a donc pas besoin d’avoir de la production ou des réserves d’or. Finalement, le « progrès économique » ne dépendrait aucunement de la quantité d’or en circulation (seuls les prix en dépendent). Le progrès économique dépend de l’investissement dans le capital productif de l’économie.

2) Parlant toujours du 19e siècle, il me semble que le recours à l’étalon-or se concevait plus facilement quand il n’y avait que cinq ou six pays qui comptaient vraiment. Nous vivons dans un monde beaucoup plus éclaté. Comment s’assurer d’un accord international sur une question aussi fondamentale, car elle réintroduit un taux de change fixe en lieu et place du marché pour déterminer la valeur d’une monnaie ? Cela n’est-il pas utopiste ?

En réalité, nous n’avons pas besoin d’un accord international pour adopter l’étalon-or ; nous pouvons très bien le faire unilatéralement. Évidemment, cela aurait comme impact de renforcir notre devise, ce qui augmenterait notre pouvoir d’achat international (mauvais pour les exportateurs, mais bon pour tous le reste de la population, ce qui est donc souhaitable).

D’autre part, il faut faire une distinction entre un taux de change fixe « artificiel », comme celui de la Chine par exemple, et un taux de change fixe « métallique » (i.e. qui dépend du poids de métal par unité monétaire, un poids est une quantité fixe), les conséquences ne sont pas les mêmes.

En quoi est-ce utopiste ? Les banques n’accepteront jamais qu’on leur enlève le pouvoir de créer de la monnaie et le gouvernement n’acceptera jamais qu’on lui retire le pouvoir de créer de la monnaie pour financer ses déficits. Le « monde ordinaire » ne fait pas le poids face aux forces politiques en présence.

3) Tous les pays ou ensembles de pays veulent la devise la plus faible qui soit pour être plus compétitifs ?

L’affaiblissement délibéré d’une devise a un effet potentiellement positif à court terme en rendant les exportations de ce pays plus compétitives. Cependant, les choses se rééquilibrent à plus long terme lorsque l’inflation fait augmenter les coûts de production et annule ainsi l’avantage compétitif. J’ai expliqué le phénomène ici.

4) On dit que l’or est rare et stable et qu’il mérite de ce fait d’être considéré comme la meilleure monnaie. En quoi l’or serait-il soustrait aux fluctuations considérables du prix des ressources ?

Qu’est-ce que le prix des ressources vient faire là-dedans ? À partir du moment où l’or deviendrait monnaie, la valeur de l’or équivaudrait à son pouvoir d’achat. Ainsi, la seule chose qui pourrait influencer cette valeur serait A) la découverte d’un immense gisement d’or (le plus gros jamais trouvé, ce qui est très improbable puisque tous les géologues affirment que les plus gros gisements d’or de la terre ont tous été découverts) ou B) une chute dramatique de la quantité de biens disponibles (disons suite à une catastrophe). Même si ces deux scénarios survenaient, le niveau des prix, la demande et la production s’ajusteraient rapidement et tout reviendrait à la normale.

5) Admettons qu’il y ait un accord international et que tous les pays passent à l’étalon-or. Les pays très endettés ne pourraient donc plus racheter une partie de leur dette comme ils le font maintenant. Pour attirer et rassurer les investisseurs privés ne devront-ils pas hausser fortement leurs taux d’intérêts ? Les mécanismes d’ajustement impliqueront peut-être l’ajustement à la baisse des salaires pour maintenir la compétitivité. Cela n’est-il pas une recette assurée pour une très longue récession ? Quelles seraient les conséquences dans la vie des gens d’une telle révolution ?

Dans un système tel qu’envisagé par les économistes de l’École autrichienne, les taux d’intérêt seraient exclusivement déterminés par le marché et non par la banque centrale. L’étalon-or et la fin du système bancaire à réserves fractionnaires occasionneraient probablement une hausse des taux, mais pas tant que ça (puisque ce serait compensé par une hausse de l’épargne réelle et par une baisse des anticipations d’inflation). Les pays endettés ne pourraient effectivement plus monétiser leur dette et devraient donc réduire leurs dépenses de façon à éviter les déficits à répétition.

Les conséquences dans la vie des gens seraient généralement très positives. Tout d’abord, le pouvoir d’achat des individus s’améliorerait. Les gains de productivité feraient graduellement baisser les prix. Les salaires nominaux devraient éventuellement baisser, mais les salaires réels seraient plus élevés car ils cesseraient d’être sans cesse à la traîne de l’inflation. Il n’y a aucune raison pour que cela occasionne une récession, au contraire.

Les gens seraient moins portés à s’endetter et plus enclins à épargner. Cette épargne financerait des investissements dans le capital productif de l’économie et créeraient des emplois. Ces investissements seraient sains et soutenables étant financé par de l’épargne réelle plutôt que par de la création de monnaie.

Finalement, les cycles économiques deviendraient minimes, ce qui réduirait grandement l’ampleur du chômage conjoncturel (voir ceci). Comme il n’y aurait plus de gros boums générant d’immenses quantités de mauvais investissements, le chômage structurel serait aussi grandement réduit. Par exemple, le dernier boum a créé beaucoup d’emplois dans la construction, attirant beaucoup de main d’oeuvre vers cette activité. Maintenant que ces emplois ne sont plus requis, ces gens sont sur le chômage et n’ont pas les compétences requises par les entreprises qui embauchent présentement.

6) Est-ce raisonnable de croire en démocratie qu’un gouvernement se donne comme mandat d’assommer l’économie pour la prémunir comme une inflation, somme toute très basse historiquement ? Connaissez-vous beaucoup de gouvernements qui se sont fait élire en promettant une baisse des salaires et une hausse des taux d’intérêts ?

Premièrement, il faudrait ajuster votre définition d’inflation. Par exemple, si cette année la productivité s’améliore de 2% et que l’IPC augmente de 3%, quelle est la véritable inflation ? Les économistes diront 3%, moi je vous dit que c’est 5%! Par ailleurs, même à 2% annuellement, la hausse des prix aura réduit le pouvoir d’achat de -43% en 20 ans ; ce n’est pas rien. Lorsque la déflation est causée par une hausse de la productivité, celle-ci est bénéfique pour l’économie, contrairement à lorsqu’elle est causée par le désendettement suite à un boum insoutenable (voir ceci).

Deuxièmement, le but de l’étalon-or et de l’abolissement des réserves bancaires fractionnaires n’est pas tant de se prémunir contre l’inflation, mais plutôt d’éviter les violents cycles économiques dont nous faisons régulièrement les frais.

Troisièmement, je suis d’accord qu’il existe une forte opposition politique à ces mesures. Néanmoins, celle-ci résulte d’un illettrisme économique flagrant, d’où l’importance d’éduquer la population à cet égard.

Voir cette série d’articles :

Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (1)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (2)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (3)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (4)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (5)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (6)

7) Le retour à un taux de change fixe est-il vraiment approprié ? Ne peut-on pas tirer des leçons de la crise qui secoue actuellement l’euro alors que des pays trop disparates économiquement partagent la même monnaie ?

Non ! Le problème avec l’Union européenne est que les gouvernements génèrent d’énormes déficits sans pouvoir les monétiser (voir ceci). On tente donc d’arrimer une politique fiscale irresponsable à une politique monétaire unique. Peu importe le système monétaire, les déficits gouvernements résultant de dépenses irresponsables seront toujours néfastes pour l’économie. La différence est que l’étalon-or impose une certaine limite à la capacité d’endettement des gouvernements, ce qui est une très bonne chose pour les citoyens.

Finalement, pour mieux comprendre l’essence de la théorie autrichienne des cycles économiques, je vous recommande cet article rempli de schémas.

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  1. Merci pour cet article,
    Mais comment interprétez vous les faits que PierreDuhamel écrit :

    «  » »C’est un fait que les années 1850-1875 en particulier ont connu une grande prospérité. Mais est-ce parce que l’or limitait la croissance de la masse monétaire ou bien parce qu’il y avait de plus en plus d’or sur le marché, ce qui a conduit… à une augmentation spectaculaire de la monnaie en circulation ? Eh oui, ces années-à furent celles du fameux Gold Rush, de la ruée vers l’or en Californie et en Australie. On a trouvé entre 1850 et 1860, l’équivalent de la moitié de l’or sorti de terre depuis les 1500 années précédentes. Les nouvelles découvertes ont favorisé la baisse du crédit et un développement économique frénétique.

    Par contre, quand on ne trouve plus de nouveaux gisements après 1875, c’est la crise. Peu de nouvelle monnaie en circulation, les taux d’intérêts gonflent et il a fallu attendre la course aux armements qui a précédé la Première grande guerre pour que l’économie reprenne de la vigueur. D’autres économistes (Temin et Eichengreen) soutiennent même que le retour de l’étalon-or après la Grande guerre a contribué à la Grande Dépression.

    «  » » »

    Merci par avance,

    1. Je trouve que son lien entre la production d’or et les crises est saugrenu.
      Les crises bancaires de l’époques étaient causées par un système à réserves fractionnaires, et non par l’évolution de la production d’or. Un boum économique résultait de l’expansion du crédit par les banques, puis lorsque les mauvais investissements étaient révélés, la crise bancaire survenait alors que les gens tentaient d’échanger leurs notes contre l’or sous-jacent, qui était en quantité insuffisante dans les voutes des banques.

      Quant au lien entre l’étalon-or et la Grande Dépression, j’ai écrit un article détaillé sur le sujet:

      http://minarchiste.wordpress.com/2010/01/06/letalon-or-et-le-crash-de-1929/

  2. « le but de l’étalon-or et de l’abolissement des réserves bancaires fractionnaires »

    Merci de ne pas passer par pertes et profits F.Hayek et G.Selgin, des Autrichiens parmi les plus éminents sont partisans de la réserve fractionnaire.

    En fait, peu importe le positionnement, la réserve à 100% est simplement impossible du fait de la destruction et de la perte des certificats or. Il en résulterait une accumulation dans les banques supérieure à 100% des certificats REELEMENT en circulation.

    La bonne question est : quand la réserve d’or ne suffit plus a rembourser les dettes de la banque, qui est responsable du reste sur ses biens propres. Actuellement, c’est le client ou le contribuable qui paie. Cela ne devrait il pas être l’actionnaire ?!

    On devrait plutôt parler de monnaie libre ou a contre partie réélle, « étalon-or » évoque déjà une intervention publique excessive et des banques centrales. A toute époque il y a eu des monnaies d’argent et de cuivre, je ne vois pas en quoi ces métaux ne pourraient pas aussi être proposé comme contrepartie.

    1. Oui, l’argent, le cuivre, mais aussi bien : une récolte de blé, une maison, une entreprise qui marche. On voit mal pourquoi l’or ferait une meilleure contrepartie que ces biens dont la valeur n’est pas douteuse (même si elle peut varier par rapport à l’or, selon les prix du marché).

      Tout cela n’a rien d’original, c’est la vieille querelle currency principle Vs banking principle .
      Le premier stipule qu’il n’y a de monnaie qu’assise sur l’or, poids pour poids. Le second admet que tout effet de commerce correctement garanti constitue une valeur admissible. Il n’y a aucune raison de fonctionner avec une seule monnaie, d’ailleurs historiquement, même au temps de la monnaie métallique, les diverses monnaies cohabitait sans problème (à moins de considérer que le marché, avec ses arbitrages et ses spéculations en fonction des variations de prix relatifs, est un problème, ce qui est une vision admissible mais pas vraiment libérale).

      Au fond, n’est-on pas en train de perdre de vue l’essentiel ? une monnaie, ce n’est rien d’autre qu’une reconnaissance de dette, et toute reconnaissance de dette peut servir de monnaie (pourvu qu’elle soit échangeable). monnaie = reconnaissance de dette ; que cette dette porte sur de l’or, un autre métal, une tête de bétail, une maison ou même une quantité physique (mesurable) comme le kiloWatt-heure n’a aucune importance. L’émetteur n’a pas plus d’importance, pourvu qu’il détienne effectivement un actif à hauteur de la monnaie qu’il met en circulation (comme une société anonyme qui émet des actions)

      Celui qui émet la monnaie, c’est celui qui émet la reconnaissance de dette, pas celui qui l’accepte. C’est donc l’emprunteur, et non le préteur. Les banques, les préteurs, ne créent pas de monnaie, pas un sou.

      Les banques font un travail de changeur, de compensation, entre les monnaies émises par les divers emprunteurs ; ce qui implique au passage un travail de vérification (la monnaie émise est-elle solide = l’emprunteur est-il solvable ?), et une responsabilité, donc des garanties propres à hauteur de leur responsabilité.

      Les banques convertissent l’actif en monnaie liquide qu’apporte l’emprunteur, actif non liquide. La finance dite « islamique » le montre très bien : l’emprunteur ne reçoit pas d’argent, il apporte un cash flow futur, en échange duquel il acquière progressivement les droits sur le bien objet du contrat (le « prêt » dans une terminologie non islamique) ; ce bien, en attendant, est la propriété de la banque (qui, elle, l’acquière avec du bon argent déjà disponible, puisqu’elle n’accorde aucun crédit financier, seulement un crédit moral). Une opération de finance islamique et une opération de finance classique sont pourtant parfaitement équivalente.

      Un système bancaire à réserve fractionnaire, ça n’existe pas. Il n’y a que des systèmes bancaires qui font correctement leur boulot, et des systèmes bancaires trop généreux. Les premiers n’acceptent que des contreparties solides provenant d’emprunteurs solvables (ou solvabilisés par une caution elle-même solvable, via des assurances adéquates ; la banque pouvant elle-même se porter caution, avec ses fonds propres), ils ont dans leur bilan des biens qui garantissent l’ensemble des crédits qu’ils ont accordés. Les seconds prêtent à qui mieux mieux, et introduisent dans le système économique de la fausse monnaie : la monnaie sans valeur des emprunteurs qui feront défaut. Leurs bilan sont déséquilibrés, ils sont déjà en faillite, même si cela ne se voit qu’au moment de la banqueroute de leurs emprunteurs, de la crise qui n’est que la remise à zéro des compteurs.

      1. Très intéressant comme façon de voir les choses.
        J’aime bien.

        Je suppose donc que vous êtes contre l’existence d’une banque centrale comme prêteur de dernier recours, puisque celle-ci créée de la « fausse monnaie » visant à renflouer de mauvais emprunteurs, qui n’aurait jamais dû avoir accès au crédit.

        1. Je ne suis pas contre les fantômes. Je nie leur existence.

          Il y a généralement une monnaie de référence, une chose qui peut se compter et qui a une valeur pour tout le monde. Dans l’ancien temps c’était généralement un paquet de nourriture (tête de bétail romaine, koku de riz du Japon, …) dont le jeton métallique en or ou argent qui est devenu une « pièce de monnaie » n’était qu’une représentation commode.

          Dans le monde moderne, cette monnaie de référence, c’est le baril de pétrole, étalon de toutes les énergies qui elles mêmes sont le cœur et les muscles des usines et des voies de communications.

          Le monde fonctionne déjà avec une monnaie centrale (mais pas unique): le baril de pétrole. Et cette monnaie centrale n’a pas de banque centrale. C’est inutile. Les marchés, qui quoi qu’on en dise ne fonctionnent pas si mal, assurent toutes les compensations et conversions dont on peut avoir besoin ; ils assurent notamment l’indexation générale de toutes les économies et de toutes les monnaies légales sur cet étalon ultime. Les banques « centrales » sont impuissantes, ce qu’on voient bien en ce moment ; ce sont les fondamentaux économiques qui s’imposent. Les agitations des politiciens et leur rage de ne pouvoir tordre ces fondamentaux sont bien significatifs, aussi.

          Les banques qu’on appelle « centrales » ne le sont pas vraiment. Ce sont justes des banques peu différentes des autres, à peine plus grosses (la BCE par exemple : son capital n’est que de 10 milliards d’euro, et son encours de crédits, matérialisé par les billets qu’elle a émis, est de 850 milliards ; à comparer avec par exemple BNP-Paribas : valorisation boursière 65 milliards, 600 milliards de dépôt et 680 milliards d’encours de crédits). Elles sont bien incapables d’assurer une fonction de prêt « en dernier ressort », tout au plus peuvent-elle assurer un rôle de chef de file dans un pool de prêteurs (et c’est bien ce qu’on a vu tout récemment). Rien de plus que ce qu’avait pu faire JP Morgan en 1907.

          Mais bien sûr ça reste des banques, qui peuvent faire leur boulot de banque que tout autre banque : bien ou mal. L’adjectif « central » ne sert à rien pour les juger.

          On pourrait, éventuellement, leur reprocher le statut légal particulier que les états leur ont accordé. Seulement ce n’est pas gratuit, et je n’ai jamais entendu un banquier les jalouser, ça me semble bien significatif : les inconvénients aussi pèsent lourds, tandis que la monnaie est déjà de facto privatisée. Et de fait, si par exemple la BCE a fini par accepté les emprunts d’états, je crois qu’elle l’a fait comme un banquier fini par ouvrir ses coffres au braqueur qui menace de tuer les clients présents. C’était ça ou un braquage encore plus violent. C’est dommage pour l’assureur (l’européen qui dépend de sa monnaie pour son activité économique) mais face à un braqueur les choix ne sont pas toujours évident. Si la BCE n’existait pas, les états aurait braquer quelqu’un d’autres, les assureurs par exemple, ou bien quelques grosses banques. La BCE fait paratonnerre.

          Le vice est ailleurs. Dans le comportement des états à l’égard des épargnants (et des contribuables).

  3. Le pétrole , se consomme, brule, est dangereux à stocker et pue, est mal commode à utiliser à la boulangerie du coin. il manque de la plus part des attributs d’une monnaie de base.

    Il n’a donc aucune chance d’être choisi comme tel sur le marché.

    Un certificat sur de la monnaie est une créance, la monnaie de base n’en est pas une.

    1. Un bœuf a bien plus d’inconvénient qu’un baril de pétrole : c’est encombrant, dangereux, ça n’est pas éternel, il faut le garder et il faut le nourrir, on ne peut pas le subdiviser, ça produit des déchets, etc. N’empêche que c’était la monnaie du monde antique, l’unité de compte pour les rançon chez Homère et des amendes à Athènes (au temps de Dracon) et à Sumer, et jusqu’aux romains dont les pièces portaient à l’origine une effigie bovine (d’où par exemple l’expression « avoir un boeuf sur la langue » qui signifie littéralement s’être fait acheter son silence).

      Quant aux monnaies modernes, elles ne puent pas et sont très pratiques, mais elles ont un inconvénient bien pire : elle ne sont pas liées à une matière physique, elles peuvent apparaitre et disparaitre comme par enchantement.

      Certes une monnaie n’est pas toujours une créance (contre exemple : pièce d’or au pair, bœuf), mais toute créance échangeable est une monnaie. Et c’est quasiment le seul genre de monnaie qui a encore cours aujourd’hui : dans nos portefeuille et sur nos comptes bancaires, il n’y a que des créances.

      Le pétrole (au baril) est absolument parfait comme monnaie (parmi d’autres, y compris l’or pourquoi pas), monnaie de base ou monnaie sous-jacente à l’émission de billets. Avec l’avantage d’être universelle, « liquide », et surtout vraiment connecté à l’économie, puisque le pétrole est la mesure de toutes les énergies, qui elle-même mesurent toute l’industrie humaine. Le kWh électrique sera encore mieux quand les réseaux intercontinentaux seront bien connectés, mais ce n’est pas encore le cas.

      1. P,
        Vous êtes bien renseigné sur le sujet, à ce que je vois. Je confirme pour les boeufs, ça a bien été utilisé comme tel. On peut ajouter les briques de thé en chine, les fèves de cacao, le coton, le tabac, les coquillages. Généralement les biens durables ayant une valeur plus ou moins constante. Bien sûr, avec toute cette ribambelle de monnaies différentes, on peut se demander si le taux de change ne poserait pas de problème. Je crois qu’une « marchandise » sur-produite ou sur-utilisée verra son prix baisser par rapport aux autres marchandises du fait de sa valeur revue à la baisse, et elle sera alors moins utilisée comme moyen de paiement.

        1. @M.H.
          P n’a pas répondu à votre commentaire. En peu de mots, vous posez quelques questions essentielles du fonctionnement du freebanking. La multiplicité des monnaies est un avantage puisqu’elle permet d’augmenter la masse monétaire, donc le crédit à faible cout, et sans inflation des prix.

          Il y a aussi des inconvénients et des limites. Le coût de cette multiplicité des monnaies est la prime de risque entre deux commodities différentes garantissant deux monnaies différentes. C’est ce cout du risque qui limite l’émission monétaire en freebanking. En freebanking, la liquidité est cette commodity, ou la promesse de livraison de cette commodity.

          Comme le dit justement P, tout autre bien qu’une commodity peut servir à garantir une monnaie. J’ajoute qu’en pratique un tel bien sera un bien coté sur un marché organisé.

  4. @ P

    Le problème avec la banque centrale, c’est que lorsqu’elle est « braquée » (et elle l’est à chaque fois qu’elle émet de la monnaie sans réserve), ce sont comme toutes les banques, tous ses clients qui en payent les frais.

    Or, les clients de la banque centrale sont tous ceux qui possèdent de sa monnaie… Cela touche donc beaucoup plus de personnes que si les politiciens n’avaient braqués qu’une grosse banque quelconque ou n’importe quelle entreprise. En braquant la banque centrale, même les pauvres qui n’ont pas les moyens d’avoir un compte dans une banque se font léser…

  5. Le seul problème, c’est le braqueur. Il a de toute façon les moyens de braquer le peuple sans avoir recours à la banque centrale, c’est juste que ça ferait beaucoup plus de dégâts

  6. « Un bœuf a bien plus d’inconvénient qu’un baril de pétrole »

    c’est indéniable.

    « N’empêche que c’était la monnaie du monde antique, l’unité de compte pour les rançon chez Homère et des amendes à Athènes  »

    La seul chose que j’ai pu lire à ce sujet est qu’une vache aurait valu 2 « onces » d’or il y a 3500 ans en Égypte, ça n’était donc certainement pas la seule unité d’échange, « monnaie » est abusif, bien des gens n’avaient pas d’animaux.

    « dans nos portefeuille et sur nos comptes bancaires, il n’y a que des créances.  »

    Le contenu de votre compte est une créance sur votre banque dont la contre partie sont les billets BC qui eux n’en sont pas une.

    1. Vous faites erreur quand vous faites un lien entre ma créance sur la banque et la créance de la banque sur la BCE. Ce serait d’ailleurs impossible, puisque le total des créances sur les banques est 10 ou 20 fois plus grosse que la totalité de la monnaie BCE. La différence, ce qui fait que les banque ne sont pas en faillite, ce sont les créances des banques sur les emprunteurs (et pas sur la BCE !)

  7. @P
    Je suis d’accord avec vos commentaires de cet article, sauf certains points que j’aurai exprimés autrement. Une commodity peut être utilisée pour garantir une monnaie. Ce seront des promesses de livraison de cette commodity qui circuleront et non pas des sacs de blé ou de riz. Les caractéristiques physiques de la commodity donc importent peu.

    Si la promesse d’un bien peut être cotée sur un marché organisé, elle est alors un bon candidat à garantir la valeur d’une monnaie, et surtout sa liquidité.

    Tous ces biens, utilisés comme monnaie, augmentent les masses monétaires. Mais sans induire de variation des prix. Si un Etat autorise le paiement en sac de blé, la masse monétaire augmente soudain de la masse énorme du blé à vendre sur Terre. Mais il est évident qu’aucune variation des prix s’en suivra dans le pays.

    La thèse de croire que la masse monétaire serait, en elle-même, une cause d’inflation des prix est donc inexacte. Ce n’est pas parce que j’aurai soudain le droit de payer en sacs de blé que mon pouvoir d’achat en sera modifié.