La cécité s'accentue
Publié le 4/02/2011
Prévenons tout de suite : si les jeunes démocrates (majoritaires) sont écrasés par les nervis de Moubarak comme cela est en train de s'amorcer au Caire (on verra mieux vendredi 4 février où en est le rapport de forces) alors oui le système militaro-islamiste au pouvoir (les Frères musulmans en sont seulement les concurrents dans une version plus réactionnaire) pourra enfin répondre aux sollicitations occidentales (Israël compris) en remettant de l'ordre ; mais ce en allant de plus en plus dans une islamisation des moeurs et des rouages socio-économiques puisque les courants islamistes d'accord pour collaborer lui serviront comme toujours et de plus en plus de gardes chiourmes de la société civile, en attendant la suite et le reste venant du Liban, de la Syrie et de l'Iran.
Quelle suite et quel reste ? Comme l'islam n'est pas une solution démocratique mais une solution guerrière, la suite ne peut être à terme que la reprise en main violente d'une société civile fatiguée par le déluge de haine anti-occidentale et anti-israélienne incapable en plus de leur apporter le confort et la sécurité ; mais comme l'Occident en redemande la seule solution, après l'écrasement de la jeune révolution démocratique, ne pourra être que la radicalisation militariste puisque la solution de l'ouverture démocratique donc économique aura été fermée dans le sang qui commence à couler en abondance dans l'indifférence "indignée" des bien pensants.
Une solution à la chinoise n'est en effet pas tenable dans une société civile de plus en plus tenue par les nervis du pouvoir et des tendances les plus conservatrices des FM qui en empêchant une libération des moeurs, démocratiques y compris, ne peuvent pas objectivement construire une expansion de la consommation qui a besoin au moins d'une neutralité dans ce domaine : en gros l'islam n'est pas le confucianisme ; d'où l'alliance d'ailleurs en Europe entre altermondialistes prônant la frugalité et islamistes attaquant la société consumériste décadente occidentale avec le soutien implicite des redresseurs de torses (Hulot, Mélenchon, Morin, les divers intégrismes, etc.)
Le reste, l'aventure militaire ne sera pas certes à l'ordre du jour tant que le rapport de forces sera encore en faveur d'Israël, mais cela changera avec la nucléarisation prochaine de l'Iran, le basculement du Pakistan selon ce qui se passera en Égypte, l'enlisement en Afghanistan, montrant ainsi que la route du djhadisme est plus glorieuse au bout du compte (et on peut même utiliser Internet) que la solution démocrate ; voilà ce qui sera agité au sein des sociétés matées, d'une jeunesse brisée prise en étau entre islamistes fondamentalistes dans l'opposition et islamistes nationalistes au pouvoir (on verra aussi comment cela va se passer en Algérie le 12 février préparé dans un silence assourdissant surtout en France). La relance, programmée, de l'intifada en Palestine et l'éclatement à terme d'une bombe sale en Israël doublé d'une attaque du Hezbollah lorsque l'Iran lui donnera le feu vert ne pourra alors pas laisser indifférent le régime militaro-islamiste égyptien renforcé par l'écrasement de la révolte démocratique, et plus ou moins encouragé par la position compassée des "non donneurs de leçons" de l'Occident, Israël compris.
"Vous avez choisi le déshonneur par peur de la guerre, vous aurez et le déshonneur et la guerre" disait Churchill...
Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=12920



Pour comprendre la contestation, il faut analyser les liens entre répression politique et économique...
Une démocratie sans économie libre n'a pas grand avenir...
Le mouvement libéral, grand moteur des événements causant la chute du régime de Moubarak, n’a pas réussi à traduire son message en projet politique...
Dans le monde arabe, la démocratie est prise en tenailles entre un islamisme menaçant et des élites vieillissantes qui s’accrochent au pouvoir...
Avec la montée des courants islamistes, hostiles à la démocratie mais accédant au pouvoir grâce à elle, se pose la question de l’avenir de la démocratie après le printemps arabe en Tunisie et en Égypte...
La rue arabe présente un risque d’embrasement. Mais les islamistes sont réfrénés par toute une série de contraintes....
Les "nouveaux" médias accélèrent la "protestantisation" des musulmans, avec son progrès intellectuel et ses guerres de religion....
Les élus du peuple doivent-ils passer, comme c'est désormais l'usage, sous les fourches caudines des syndicats pour décider du bien du peuple ?...
Je suis estomaqué de lire ce genre d'article ici dans un site se revendiquant libéral ! Je me suis cru un moment dans un site de l'extrême droite comme il en fleurisse de nombreux sur la toile.
Il faudrait un jour nous expliquer en quoi les jeunes démocrates dont vous parlez ne sont pas musulmans ou islamistes ou encore en quoi l'islam est foncièrement antidémocratique et antilibéral et en passant nous expliquer comment vous mettez dans un même panier toutes les tendances de l'islam dont certains n'ont strictement aucun rapport avec d'autres, sans parler des ethnies et des nations "musulmanes" qui ont des intérêts souvent contradictoires et des islams tout aussi contradictoires : le Pakistan chiites et soufi, l'Iran chiite (chiisme diffèrent), le monde arabe qui est un mélange de toutes les tendances de l'islam et autre, etc.
Cet article est simplement un appel a la guerre dans les pays arabes, il ne repose pas sur des faits mais sur de la désinformation et la diabolisation de l'islam.
Ce genre "d'opinions", on s'en passerait bien.
"Il faudrait un jour nous expliquer en quoi les jeunes démocrates dont vous parlez ne sont pas musulmans ou islamistes..."
Certes, les démocrates égyptiens peuvent être musulmans, islamistes... ou chrétiens. Par contre, on peut se poser la question de la préoccupation des Frères musulmans pour la démocratie.
Par ailleurs, il est vrai que rien n'empêcherait l'émergence d'un islam "libéral". Mais l'expérience historique n'est guère encourageante. Même s'il ne faut pas perdre espoir.
Peut-être l'auteur de l'article est-il allé un peu à la grosse louche dans sa description, mais il n'en demeure pas moins vrai qu'il faut se garder de tout angélisme face à ce qui se passe en Égypte actuellement et garder à l'esprit que le mouvement de libération peut parfaitement dérailler dans un sens parfaitement anti-libéral.
Surtout dans cet article, toute la classe politique égyptienne est invective (y compris le pouvoir de Moubarak!!!) d'"islamistes", en s'attendrait presque a lire un appel a l'épuration ethnique!!
Pour vous repondre, Lucilio : je ne doute pas pour ma part de l'engagement des Frères musulmans pour la démocratie, leur littérature depuis trente ans (et leur pratique surtout) a cet égard est suffisamment explicite. Et de toute façon, ils ne peuvent ignorer la voix du peuple qui aspire a la democratie et a la liberté, s'il le faisait ils se condamneraient a finir comme les "anciens" régimes, honnis de leurs peuples.
Pour ce qui est de "l'émergence" d'un islam "liberal", je pense que de nombreux facteurs y confluent et qu'il peut difficilement en être autrement aujourd'hui, du moins dans le monde sunnite que je connais le mieux. Sauf a tomber dans la guerre civile et a sombrer dans le chaos auquel poussent certains. La peut être...
Je pense que les valeurs liberal (de ce que j'en sais) sont au cœur de l'islam que ca soit politiquement ou économiquement (ou socialement jusqu'a une certaine mesure), et l'évolution du monde arabe pousse elle aussi au libéralisme, avec l'avancée de l'alphabétisation, la révolution de l'information (mention spécial pour l'action d'Aljazeera). Tous ces facteurs me poussent a dire que l'on se dirige vers une certaine forme de libéralisme adaptée aux société arabes religieuses (qu'elles soient musulmanes ou chrétiennes). Ceci d'autant plus, que les élites de la révolution de différentes sensibilités qu'ils soient islamistes, chrétiens, ou nationalistes sont d'accord sur un grand nombre de principes définissant le projet de société qu'ils veulent,et allant dans le sens de plus de liberté, d'égalité, de democratie, et l'essentiel de la rue arabe est acquise a ces valeurs, les FM y compris.
PS: G. Sormon a parle de fils de Tahtaoui dans un récent article (je connais mal la pensée de Tahtaoui et je n'ai pas encore lu le livre de Sormon) mais les revendication dont il a parle de constitutionnalisme, de séparation de pouvoirs, de liberté, figurent parmi les revendications de beaucoup d'islamistes.
En disant : "Comme l’islam n’est pas une solution démocratique mais une solution guerrière," l'auteur réduit sa lecture de l'islam à celle qu'en font les islamistes qui n'ont pas le monopole de la pratique islamique. Je ne suis pas certain que ce soit la bonne voie.