Chacun pour soi

Publié Par David Descôteaux, le dans Non classé

Ma chronique de mercredi sur la Régie des rentes a déclenché une guerre entre jeunes et vieux. Sur notre site web, plus de 100 commentaires, pas toujours polis. Comme le dit Daniel, un lecteur, « on a un problème : les plus jeunes ne veulent pas payer, et les plus vieux veulent avoir ce qu’ils ont contribué. On frappe le mur quand ? »

La voilà, ma chronique de fin d’année. Sur LA tendance 2011 et des années à venir : le chacun-pour-soi. Regardez autour de vous : le bateau coule, nos finances empirent à vue d’œil, et chacun tire la couverte de son bord.

Prenez les cols bleus de Sherbrooke. Ils refusent une entente qui comprend des augmentations annuelles de 3% pour les 7 prochaines années. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent, en plus, travailler juste 4 jours semaine ! Que les Sherbrookois viennent d’apprendre que leur compte de taxes va grimper de 3%, que la dette municipale a explosé de 18% l’an dernier, tout ça importe peu. Les cols bleus ont décidé de prendre en otage les enfants pour gagner leur bataille. En fermant la station de ski et les patinoires extérieures, en pleines vacances de Noël.

Solidarité syndicale

On associe souvent les syndicats et le gouvernement aux valeurs de solidarité et de partage. Mais quand ça va mal, les masques tombent.

L’exemple parfait est Chris Mesley, président d’un syndicat de policiers d’Albany, dans l’État de New York. Là-bas, des milliers de gens perdent leur emploi. Le gouverneur doit sabrer le budget des écoles primaires et secondaires. Les enfants doivent utiliser du matériel scolaire désuet.

Mesley s’en fout. Il veut une augmentation de salaire pour lui et ses membres. « Je ne participe pas à un concours de popularité. Si les impôts des citoyens doivent augmenter pour couvrir ma hausse de salaire, so be it », disait-il à un journaliste du New York Post il y a quelques mois. En combinant ses salaires de policier et de chef syndical, Chris Mesley gagne plus de $100. 000. Le contribuable moyen d’Albany, lui, $33.000.

Les syndiqués eux-mêmes se poignardent dans le dos. La ville de Newark, au New Jersey, a offert à ses policiers de réduire leur salaire afin de préserver tous les emplois. Les membres plus âgés, qui contrôlent le syndicat, refusent. Ils préfèrent sacrifier les « nouveaux » pour préserver leurs généreuses conditions.

La nature humaine se révèle

J’espère me tromper, mais une chose est sûre : le party est fini. Les années de forte croissance économique sont derrière nous. L’État doit se serrer la ceinture. Mais avec tous ceux qui en profitent – incluant les politiciens eux-mêmes –, c’est une tâche titanesque.

Ailleurs dans le monde, c’est déjà commencé. Et la nature humaine se révèle dans toute sa splendeur : les fonctionnaires grecs lancent des pierres aux policiers, et brûlent tout sur leur passage. Les étudiants californiens fracassent des fenêtres et se bagarrent avec des policiers antiémeutes. Ça sort dans les rues en Irlande, au Portugal…

Ici, si l’économie continue de piétiner, pensez-vous que les agriculteurs vont accepter qu’on réduise leurs programmes d’aide ? Que les entreprises vont renoncer aux quelque $6 milliards de subventions qu’on leur verse chaque année ? Que les cadres des sociétés d’État vont sacrifier leurs bonis ? Que la bureaucratie syndicale autour des garderies à $7 et autres programmes sociaux va accepter qu’on coupe un sou dans ses privilèges ? Que les restaurateurs de la rue Crescent vont payer eux-mêmes la venue du Grand Prix ? Pensez-vous que les dizaines de ministères et organismes gouvernementaux inutiles vont soudainement dire : « OK, pour le bien commun, abolissez mon poste ! »

Mon souhait pour 2011 : qu’on se serre les coudes un peu plus pour traverser la tempête qui s’annonce. Qu’on cesse la philosophie du « chaque groupe d’intérêt pour lui-même, et tous contre le contribuable ! » On ne passera pas au travers de cette façon.

Demeurons optimistes, et espérons le meilleur de nous-mêmes en 2011. Bonne année!

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  1. Et ce qui est assez piquant c'est que ça montre parfaitement le vrai visage du socialisme même "soft" : la guerre de tous contre tous.

    Les zombies qui obtiennent des faveurs du gouvernement et des contribuables n'offriront de répit à l'économie productive que lorsqu'il deviendra clair qu'ils s'accrochent à un cadavre, et ils gagneront en achevant le système, car le Crony Capitalism pendant sa période faste a tellement zombifié l'ensemble des forces productives qu'il n'existe pratiquement plus d'acteurs économiques qui prospèrent sans se nourrir au moins partiellement de la chair que leur offre l'état, "cette grande fiction par laquelle tout le monde s'efforce de vivre sur le dos de tout le monde", pour paraphraser Bastiat.

    La suite aura au moins le mérite d'offrir un spectacle divertissant pour l'observateur averti qui s'est efforcé de se mettre à l'abri, beaucoup moins pour l'immense majorité de moutons désemparés.